L’occitan se fait entendre

La Place de l’Europe, le boulevard Lascrosses et la place du Capitole étaient placés sous le signe de l’occitan ce samedi 31 mars. Une grande journée de soutien à la langue occitane a été organisée par le comité Anem Òc pour une législation donnant un statut aux multiples langues régionales françaises.

«Notre revendication, c’est une place pour les langues régionales dans la vie publique», explique Philippe Martel, Président de la Fédération des Enseignants de langue et culture d‘Oc dans l’enseignement public.

Cette demande de législation pour un statut des langues régionales a réuni près de 30 000 personnes à Toulouse samedi dernier. Si dans la ville rose l’occitan a défilé, dans le reste de la France, d’autres manifestations comme celle-ci avait lieu pour soutenir d’autres langues régionales comme le breton ou encore le corse.

Pour l’occasion, dès 10h30, un village occitan était organisé Place de l’Europe. De multiples activités étaient présentées aux visiteurs : ventes de produits du terroir, orchestres, expositions, rencontres avec des associations ou écoles. Ensuite, à 14h, la manifestation «Anem Òc ! Per la lenga occitana !» a démarré depuis l’emplacement du village. Elle a traversé le Boulevard Lacrosses pour arriver sur la Place du Capitole où un concert était prévu à partir de 18h. Lo Còr de la Plana et NADAU, musiciens occitans, ont fait vivre la musique en langue d’Òc pour clôturer de manière festive cette journée.

Médias, création, enseignement, tous les secteurs se sont donnés rendez-vous pour se faire entendre. Pour obtenir une réelle place dans la vie publique, le mouvement porté par le comité Anem Òc, donne sa liste de revendications. D’une signalisation bilingue à des médias occitans : une meilleure visibilité de la langue et de la culture occitanes.

L’enseignement occitan lutte

Cette visibilité revendiquée par les associations pourrait en partie s’acquérir par l’enseignement. Un domaine qui peine à négocier des créations de postes, que ce soit dans l’enseignement public de l’Education Nationale ou dans les Calandrettes, écoles privées sous contrat avec l’Etat.

Depuis 2003, la majorité des enseignants d’occitan de l’Education Nationale partant à la retraite ne sont pas remplacés. Malgré cette diminution de postes, les associations d’enseignants constatent une demande d’initiation à la culture occitane et à la langue d’Òc. Philippe Martel témoigne de son inquiétude  de voir cette demande se dissoudre et affirme la nécessité de créer une législation encadrant l’enseignement de l’occitan. «S’il n’y a pas de loi avec des décrets d’application, tout reste soumis au bon vouloir des chefs d’établissements ou tel ou tel décideur local.» explique-t-il.

Autre revendication : l’instauration dans les programmes scolaires nationaux d’une information sur la réalité de ce que sont les langues et les cultures de France. Cela, car pour ce professeur, cette situation est le résultat d’une certaine ignorance culturelle française : «En France, on n’a jamais eu une connaissance de la diversité interne du pays qui fait que les nouvelles diversités qui sont venues s’ajouter à la société française n’ont pas pu être comprises et acceptées.»

Pour les Calandrettes, une autre bataille s’ajoute au problème d’obtention de nouveaux postes, celle d’ouvrir des lycées et d’être présents dans l’enseignement secondaire : «Nous avons des écoles, nous commençons à avoir des collèges. Il nous manque encore le lycée. Quand on regarde nos collègues bretons, basques ou même catalans, collèges, lycées sont déjà des acquis. Pour nous c’est encore une bataille.» explique Christophe Lebègles, Vice-Président de la Confédération des Ecoles Calandrettes.

Une langue affective

Comme l’ont souligné Philippe Martel et Christophe Lebègles, la demande de l’enseignement en occitan existe. Mais elle ne vient pas que des élèves ou des parents. Il y a aussi une envie des futurs enseignants de se diriger vers l’enseignement bilingue en occitan.

Florian, 22 ans, est étudiant à l’IUFM de Montauban et se destine à cette forme d’enseignement. Il a découvert l’occitan grâce à sa famille et l’a tout d’abord étudié à l’Université du Mirail Toulouse II en option. Il a ensuite décidé de transmettre la langue et la culture occitane : «Je pense qu’une école bilingue est toujours plus riche qu’une école monolingue. Et comme l’Occitanie représente quelque chose pour moi et pour cette région, voilà où j’en suis.»

L’occitan est donc bien souvent une histoire de famille. «C’est le cœur, le plaisir, le retour aux sources.» affirme Monique, membre bénévole de l’organisation de l’événement. Transmise par les parents ou les grands-parents, cette langue séduit toujours et même de plus en plus. Les nombreuses associations le constatent. En 2007 et 2009, les mêmes opérations et manifestations avaient eu lieu, réunissant à chaque fois un nombre croissant de participants.

Allison Pujol



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