Livre; Un grand coup de pied dans les partis !

A quinze jours de Noël, Philippe David a décidé de ne pas faire de cadeaux aux politiques. Né à Cahors, ce directeur commercial dans une PME travaillant à l’international, sort à 42 ans son deuxième livre «Journal intime d’une année de rupture» aux éditions de l’Ixcéa.  Adepte des Grandes Gueules sur RMC (voir encadré) et des formules choc, polyglotte (sept langues à son actif !) mais réfractaire à la langue de bois, homme de droite (mais attention, la droite “jambon-beurre”…), Philippe David secoue le cocotier national depuis le sacre de Nicolas Sarkozy jusqu’à aujourd’hui. Un vrai régal…

 
PJustifierhilippe David, “Journal intime d’une année de rupture”, est un véritable coup de gueule contre une France, je vous cite, «au caractère toujours monarchique». Mais était-ce votre intention au départ ? Car lorsque vous écrivez en mai 2007 «la France est de retour», on s’attend davantage à lire un manifeste de l’UMP…
Ce livre est tout simplement le constat fait par une majorité de nos concitoyens qui est que la France est un pays aux comportements monarchiques couplés à des méthodes de république bananière, ce qui n’est pas compatible. Cela ne date pas d’aujourd’hui mais j’espérais, au nom de la rupture que tous les candidats nous promettaient, qu’on allait en finir avec cela, ce qui explique mon enthousiasme du printemps 2007, enthousiasme très rapidement déçu…

Vous vous revendiquez de droite bien que, vous le précisez, vous n’adhériez à aucun parti politique. C’est ce qui vous permet cette liberté de ton ?

Bien sûr ! Les militants comme les hommes politiques récitent le “catéchisme” de leur parti dès qu’on leur tend un micro et peuvent, yeux dans la caméra, soutenir mordicus le contraire de ce qu’ils disaient la veille. Si je parle 7 langues, il y en a une à laquelle je suis complètement réfractaire, c’est la langue de bois et mon livre est là pour le prouver.

Vous constatez, au fur et à mesure que cette année 2007 s’écoule, que les promesses de rupture faites par le président Sarkozy ne sont pas au rendez-vous. Vous vous dites alors “cocufié”, “déçu mais pas surpris”. Vos convictions ont-elles été ébranlées ? La rupture avec la droite est-elle consommée ? En clair, êtes-vous toujours de droite et à quelle droite appartenez-vous ?

Il est certain que les résultats ne sont pas à la hauteur des promesses. On n’a eu que des demi réformes de forme et aucune réforme de fond. La réforme de l’Etat ? Rien en vue. La réforme des collectivités locales ? L’enterrement de la suppression des départements préconisée par le rapport Attali nous prouve qu’on ne fera rien non plus dans ce domaine. La réforme des institutions ? Une bouillie destinée à faire entrer la Turquie dans l’Europe sans référendum noyée dans quelques aménagements votés à 1 voix de majorité en juillet dernier à Versailles. Proposez une réforme et toutes les personnes concernées montent au créneau car tout le monde veut la rupture mais pour les autres ! Quant au reste, j’ai du mal à croire que le Président Sarkozy qui prône d’envoyer plus de troupes en Afghanistan pour mener la guerre contre le terrorisme, soit la même personne qui accorde l’impunité à une terroriste italienne dénommée Marina Petrella. Enfin, je suis toujours de droite et la droite à laquelle j’appartiens est la droite “jambon-beurre” : une droite dont les idées et les comportements sont aux antipodes des idées et des comportements de la “gauche-caviar”.

Vous fustigez les institutions, le Sénat notamment, la gauche, la droite, le centre, et dans une certaine mesure les extrêmes. A propos d’élus condamnés dans des affaires politico-financières, vous écrivez par exemple : «Il serait grand temps que les commissions d’investiture des partis politiques pratiquent le tri sélectif et arrêtent le recyclage des ordures». Si la classe politique tout entière est pourrie, que reste-t-il ? L’anarchisme ? Une révolution ?
Toute la classe politique n’est pas pourrie, heureusement ! Mais, voir des gens condamnés pour avoir confondu les verbes “servir” et “se servir”, obtenir des investitures de leur parti comme si de rien n’était, dégoûte l’ensemble de nos concitoyens à qui l’on demande d’être irréprochables. Un salarié ou un fonctionnaire qui commet des malversations est licencié ou révoqué sans ménagement, un fonctionnaire étant dans ce cas définitivement exclu de la Fonction Publique. Il serait donc, par souci d’équité, totalement normal que des politiques ayant piqué dans la caisse ne soient jamais remis en contact avec l’argent des contribuables. La France est d’ailleurs le seul pays où cela n’est pas la règle. Quant au Sénat, il est un mélange de suffrage censitaire du XIXème siècle et de parachute doré de la politique pour ceux qui ne sont jamais arrivés à gagner ou qui ne gagnent plus au suffrage universel direct. Enfin, ni l’anarchie ni la révolution ne sont la réponse. La Révolution française a vu des hectolitres de sang couler et les privilèges n’ont pas été abolis malgré la nuit du 4 août, ils ont simplement changé de mains.

Si nos politiques s’avèrent impuissants face à la crise financière actuelle dont on prédit qu’elle va durer, pensez-vous qu’elle puisse être l’élément déclencheur d’une crise civique ?
La crise va être longue et dure. Nous payons aujourd’hui le fait que les Américains aient vécu à crédit depuis des années mais, l’économie étant désormais mondialisée, les conséquences se ressentent partout. Les déficits vont exploser alors que la France est, pour citer François Fillon, en faillite et que l’absence de réformes depuis des années a profondément fragilisé notre pays. La dette que nous avons accumulée depuis 1981 est dramatique quand on sait que l’impôt sur le revenu ne sert qu’à rembourser les intérêts de cette dette. Si la situation perdure la France pourra se retrouver dans la situation de l’Argentine en décembre 2001, ce que personne ne souhaite mais qui pourrait déclencher une grave crise civique et civile.

Lorsque vous vous interrogez en même temps que le lecteur («Qui peut croire qu’il n’y a aucune connivence entre l’Etat, les entreprises d’armement et par ricochet les médias ?»), que vous faites état de tous ces scandales avérés, mais vite oubliés, comment expliquer que la République soit encore debout ?
C’est la preuve de la véracité du “théorème de la grenouille”. Si vous jetez une grenouille dans une casserole d’eau bouillante, elle saute pour sortir de la casserole et se sauve par la même occasion. Si vous mettez cette même grenouille dans de l’eau froide et que vous amenez l’eau à ébullition, la grenouille reste dans la casserole car elle s’habitue à l’augmentation de la chaleur et finit par mourir. Les Français se sont malheureusement habitués, malgré eux, à l’oubli ou à l’enterrement des affaires qui touchent des “puissants” comme ELF ou les frégates de Taïwan. Enfin, comment parler de démocratie quand le quatrième pouvoir, la presse, est détenu à 80% par des marchands d’armes pour la presse nationale et qu’elle est souvent un monopole pour la presse quotidienne régionale comme c’est le cas ici avec La Dépêche du Midi.

Vous critiquez le cumul des mandats, que vous qualifiez de «triste exception française», les «golden retraites» de nos politiques, vous regrettez que la France soit «le seul pays où la politique est un métier», mais quelles seraient vos solutions dans ce domaine ?

La solution est l’interdiction pure et simple du cumul des mandats et la limitation à deux mandats consécutifs. Il est quand même amusant de voir des gens signer des pétitions pour la diversité en politique alors qu’ils sont élus depuis 30 ans et que, pour faire bonne mesure, ils laissent les investitures gagnées d’avance à leur femme ou leurs enfants ! Difficile dans ces conditions de faire de la diversité ! Je suis, de plus, partisan du système britannique qui fait qu’un fonctionnaire se présentant aux élections, doit auparavant démissionner de la Fonction Publique. Cela permettrait de sortir de “la république des fonctionnaires” qui votent des lois inapplicables pour les entreprises alors qu’ils ne connaissent rien à ces mêmes entreprises pour la bonne et simple raison qu’ils n’y ont jamais mis les pieds sauf pour aller à l’inauguration d’une usine dans leur commune ou leur circonscription ! En ce qui concerne les retraites il est scandaleux, alors que les retraites de nos compatriotes tant du privé que du public ne sont pas garanties, de voir nos politiques cumuler des retraites y compris pour des postes qu’ils n’ont jamais occupés et qui atteignent des montants se situant parfois à près de 20000 € par mois ! Une fois de plus, nos “élites” prônent l’effort mais pour les autres. Enfin, concernant la profession de politique, je laisserai le mot de la fin à Jean Gabin dans le film Le Président dans lequel, sur un dialogue de Michel Audiard, il déclare : «La Politique, messieurs, devrait être une vocation. Je suis sûr qu’elle l’est pour certain d’entre vous. Mais pour le plus grand nombre, elle est un métier.» Ce film date de 1961, preuve que cet état de fait ne date pas d’aujourd’hui.

Cette «syndicratie» à laquelle vous faites référence, sonne comme un gros mot. Vous prôneriez la disparition pure et simple des syndicats ?

Le mot “syndicratie” est tiré du titre d’un livre de François de Closets publié en 1987, livre dans lequel il dénonce sa dérive. Les syndicats ont la mainmise sur les ports français ? Aujourd’hui le Havre et Marseille, les deux plus grands ports de containers français, font moins de transit de containers qu’Anvers ou Rotterdam seuls alors que la population de la France représente deux fois et demie la population des Pays-Bas et de la Belgique réunis ! La presse française est la plus malade d’Europe ? Logique quand on voit les conditions de travail obtenues par le syndicat du livre. Les exemples sont nombreux de sociétés coulées par les syndicats alors qu’elles étaient promises à un grand avenir. Les syndicats ne sont pas faits pour diriger des entreprises mais pour défendre les salariés ce qui n’est plus le cas quand on sait que seuls 8% des salariés de France sont syndiqués dont une immense majorité de fonctionnaires et de salariés des entreprises publiques. Je suis pour un syndicalisme fort, comme c’est le cas en Allemagne, mais pour cela il faudra impérativement abroger le monopole syndical qui réserve la représentativité à 5 syndicats qui ne représentent rien mais qui, se partageant le gâteau, ne veulent pas entendre parler de la suppression de ce monopole. Rappelons que ce monopole est gravé dans le marbre par l’article L133-2 du code du travail qui spécifie que, pour être représentatif, un syndicat “doit avoir fait preuve d’une attitude patriotique pendant l’Occupation”. Ainsi, aucun nouveau syndicat ne peut se créer pour le plus grand bonheur des 5 centrales syndicales se partageant le gâteau et la boucle est bouclée.

Vous soutenez que la France a bel et bien des racines chrétiennes. Dans un pays devenu multiethnique et multicultuel, n’avez-vous pas l’impression de prêcher dans le vide, de tenir un discours passéiste ?

Pas du tout et je suis un partisan farouche de la laïcité. Il n’est pas dans mes habitudes de parler de mes convictions religieuses mais la question que vous posez mérite une réponse. Je suis un agnostique élevé dans la religion catholique et attiré par le bouddhisme. En fait je crois beaucoup plus en la religion de Dieu qu’en celle des hommes surtout depuis que j’ai été dans un pays européen frappé par une guerre de religion sanglante, l’Irlande du Nord. Cependant, il me semble évident que l’Europe en général et la France en particulier ont des racines chrétiennes tout comme l’Arabie Saoudite est un pays de culture musulmane sunnite, l’Iran un pays de culture musulmane chiite et la Thaïlande un pays de culture bouddhiste theravada. Je ne prêche donc pas dans le vide, je me contente de constater une évidence et peu importe l’évolution de la population française qui fait changer la France au présent mais qui ne change rien au passé. Si les feuilles de l’arbre changent, les racines restent les mêmes et, incontestablement, les racines de la France sont chrétiennes.

Parlons médailles. Vous consacrez un billet au vitriol à Ingrid Bétancourt parce que l’ex-otage des FARC a reçu la Légion d’Honneur. Mais est-ce vraiment à elle, comme à toux ceux qui sont distingués peut-être malgré eux, qu’il faut s’en prendre ?
Ce n’est pas à Ingrid Bétancourt que je m’en prends, c’est au système des nominations au copinage. Je signale dans le même chapitre que, dans la dernière promotion du 14 juillet, se trouve la juge qui a divorcé en toute rapidité et en toute discrétion Nicolas et Cecilia Sarkozy. Pourtant, la Légion d’Honneur a été créée pour récompenser «les mérites éminents civils ou militaires rendus à la nation». Quels mérites imminents ont rendu ces deux personnes à la nation ? Avoir été candidate à la présidentielle colombienne ? Avoir accéléré un divorce ? Quand on voit le nombre de tombes de nos soldats dans les cimetières militaires de France et d’ailleurs qui n’ont jamais reçu cette distinction, on a mal au cœur pour eux car eux l’auraient largement plus méritée. Comme dirait mon ami Patrick Crasnier, bien connu des lecteurs du Journal Toulousain : «La Légion d’Honneur est un pin’s rouge».

Votre culture historico-politique est étonnante. D’où la tenez-vous ?

J’adore lire des livres d’histoire, d’économie, de politique ainsi que de géopolitique, géo-économie et géostratégie. Mon grand père qui avait été policier au bord des terrains de la coupe du monde 1938 pouvait près de 50 ans après vous dire les matches auxquels il avait assisté avec le score et les buteurs, ce qui épatait mes copains quand j’étais adolescent. J’ai hérité de lui une grande mémoire visuelle et auditive.

Avez-vous déjà pensé à créer un parti politique ?

Oui mais le besoin majeur est l’argent qu’il faut en quantité industrielle. De plus comment faire connaître un nouveau parti dans des médias soigneusement verrouillés par les partis en place et qui ne verraient pas d’un bon oeil en débarquer d’autres qui les obligeraient “à partager le gâteau”. Allez, si je gagne à l’Euro Millions je fonderai mon parti mais comme je ne joue pas…

Si vous étiez un élu demain, quelle serait votre première réforme ? A quoi ressemblerait votre propre rupture ?

J’avais écrit un premier livre en 2002 qui expliquait le pourquoi du 21 avril 2002 avec les réformes vitales pour ramener les Français aux urnes (l’abstention avait été le facteur majeur de l’arrivée de Le Pen au second tour) et redresser le pays. Ce livre n’a pas trouvé d’éditeur mais a pourtant été retenu dans l’émission «La politique dans les livres»que présentait Jean-Michel Aphatie, alors sur France-Inter. Quand mon éditeur, André Gallego, l’a lu il m’a dit : «Ton livre est toujours d’actualité, on le réédite avec ton second livre car il mérite d’être lu». Son titre est “Il va falloir tout reconstruire” et il sera disponible dans les tous prochains jours aux éditions de l’Ixcéa.

Propos recueillis par Claire Manaud


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