Livre ; Le dernier round du Général Bigeard

A 93 ans, il n’a rien perdu de son franc-parler. Le “vieux Bigeard” comme il se nomme lui-même, sort “Mon dernier round” (éditions du Rocher). Un livre testament, qu’il considère comme son combat final. Mais que l’on ne s’y trompe pas, les coups de poing pleuvent. Depuis 2006, en observateur avisé de l’actualité française et internationale, Marcel Bigeard suit avec acuité et vigilance tous les événements de ce monde, en particulier les terres de conflits : Afghanistan, Iran, Irak, Somalie, Pakistan, Israël, Palestine… Sans concession, il passe en revue l’armée et la politique françaises, la mutation de notre société, les dangers de “l’internationale islamiste”, les banlieues et délivre un message, espérant qu’au-delà de lui, les lecteurs le prolongeront…

 
Mon Général, comment allez-vous ?
Ca va comme un vieux bonhomme de 93 ans. Enfin… Le crâne lui, tourne à 3 000 tours ! Mais la vieille machine est quand même usée, elle en a beaucoup vu, quoi !

Ce livre, vous le dédiez à vos lecteurs et particulièrement à la jeunesse ?
Oui d’ailleurs, on y retrouve mes états de service : une banque dans laquelle j’ai longtemps travaillé jusqu’à mes vingt ans. J’y suis noté par tous les directeurs d’une façon formidable : «Le jeune Bigeard travaille d’arrache-pied, est toujours disponible, ne prend pas de vacances…» Ca prouve à un jeune d’aujourd’hui qui n’a pas grand chose entre les mains qu’il peut quand même faire surface. Mais je m’adresse aussi aux vieux (rires) en leur faisant comprendre que cette vieillesse-là, faut la contre-attaquer, faut pas se laisser bouffer par elle.

La majeure partie de votre livre est consacrée aux conflits mondiaux actuels dont vous faites une analyse très pointue…
Oui je suis ces parties du monde de très près parce qu’il y a des années que je dis que c’est une poudrière. J’avais des officiers de renseignement, des lieutenants à l’époque, qui ont progressé dans la hiérarchie. Aujourd’hui ils sont haut placés dans les services de renseignement et ils me disent : «Vous aviez raison mon Général, voilà où on en est».
L’Afghanistan, par exemple, c’est une guerre dans laquelle il faut justement tout axer sur le renseignement et agir en fonction. Ainsi on peut frapper là où il faut. C’est une guerre très compliquée qui demande courage, abnégation. Or face à des volontaires de la mort, a-t-on des types capables d’aller très loin ? En tout cas, je dis Bravo à Obama qui a décidé d’envoyer 30.000 hommes supplémentaires, il a du courage en tant qu’homme politique car cela pourrait lui faire perdre des voix ! Si le Président américain se sent vraiment investi dans sa mission en tant que premier homme du monde libre, il fera des choses formidables. Je le lui souhaite.

Redonner confiance

Quelle image avez-vous de la France ?
Il y a dix ans, si on m’avait dit : «Bigeard, on te met Président de la République», j’aurais répondu «Non, pas dans la France telle qu’elle est, parce qu’on ne peut pas la commander».
Je n’ai jamais eu autant de lettres après un bouquin. Ceux qui réfléchissent, me disent : «Mon Général, vous êtes notre guide, on ne sait plus très bien où on va. La France patine, elle tourne en rond». Voyez-vous, les grandes valeurs ont disparu. Il faut redonner confiance, reprendre les Français en main, remettre de la pureté en politique. Je ne dis pas d’être patriote à fond, prêt à en mourir mais la France doit retrouver sa grandeur, sa fierté.

Et de la politique française, vous qui avez été député, secrétaire d’Etat ?
“Sarko” fait ce qu’il peut mais même dans son propre mouvement, ils se tirent dans les pattes ! Alors gauche, droite, n’en parlons pas ! Il faut remettre de l’ordre dans tout ça, recréer un esprit. Avant, on respectait un Président de la république. Un avocat, c’était quelqu’un. On admirait ces gens. Maintenant c’est fini, on s’en fout, il n’y a plus de respect.
Quant au militaire et à la politique, ils n’ont rien à voir. Le militaire répond présent, il se fait casser la gueule, si c’est un vrai pur, quoi ! Tandis que la politique, c’est un jeu de poker qui consiste à se demander comment on va être réélu, comment gober un tel qui est dangereux. C’est un jeu terrible. Faut avoir le courage de le faire. La France mérite des gens sérieux à sa tête qui ne vivent que pour elle, quitte à se casser la gueule au point de vue politique.

A 18 ans, vous étiez antimilitariste. Vous le regrettez ?
Non pas du tout ! J’ai commencé à travailler à 14 ans. J’ai 20 ans sur la ligne Maginot. On faisait deux ans de service à l’époque. Après ça ne s’est plus arrêté. J’ai dit “Vive l’armée !” (rires) Si j’étais antimilitariste, c’était par-ce qu’il fallait briquer les boutons, à cause aussi de  l’instruction militaire : repos, garde à vous, repos… L’arme sur l’épaule… On me l’a fait combien de fois ! Je ne me trouvais pas à l’aise là-dedans !

 

La France avant tout

Le ministre de l’immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, Eric Besson, a instauré un débat sur l’identité nationale. Qu’en pensez-vous ?
C’est un sujet qui mérite de grandes discussions. L’identité nationale concerne le type qui a la tripe nationale, qui a des raisons d’être français. Ca peut remonter à X générations, à des gens qui ont été courageux vis-à-vis de nous, qui nous ont défendus, comme les Harkis auxquels je rends hommage dans ce livre. Mais on ne peut pas ouvrir nos portes à tout le monde. Si les gens viennent en France, c’est parce que c’est un beau pays, agréable, où on ne meurt pas de faim… Mais dans ma jeunesse, il fallait vraiment se débrouiller pour bouffer.

Lorsque lors des cérémonies commémoratives, l’on voit Angela Merkel et Nicolas Sarkozy main dans la main, quel sentiment éprouvez-vous ?
Celui qui a fait la guerre, n’aime pas ces choses-là. Les cérémonies, c’est bien pour ceux qui sont morts ! Mais le problème n’est pas là. Le passé et Dieu sait si j’en ai un, je ne vis pas avec ! Ce qui compte à mon âge, c’est demain !

Vous avez su garder votre franc-parler ?
Je dis ce que je pense parce que quand je revois tous ces morts… tous ces blessés qui vous supplient de ne pas les abandonner alors que soi-même, on ne tient plus debout… Quand on a vécu ça, on voit la vie différemment !

Que voudriez-vous que l’on retienne de vous ?
Mon amour pour la France avant tout. Une conduite correcte. Vous savez, si j’étais au pouvoir, je serais très dur avec les voyous des banlieues. Et je leur dirais ceci : «Un jour vous comprendrez et vous me direz “merci”».

Propos recueillis
par Claire Manaud

«Mon dernier round»
(éditions du Rocher), 19€



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