[DOSSIER] L’incroyable oreille des épileptiques

Apaisante, rythmante, la musique peut venir en aide aux épileptiques. Jusqu’à prévenir leurs crises.

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Lorsqu’il fait écouter la sonate pour deux pianos en ré majeur de Mozart à ses patients épileptiques, Gaspard Duard est souvent étonné du résultat : « Cette musique les calme, leur donne la régularité rythmique qu’ils n’ont pas, et leurs crises se font plus rares », constate ce chargé de cours au DU Musicothérapie de l’université Toulouse II Jean-Jaurès.

L”’effet Mozart” a été démontré en 1993 par deux chercheurs en médecine anglais, Frances Rauscher et Katherine Kyse. « Une fois qu’il s’est manifesté, on peut appliquer une méthode comportementaliste : inciter le patient à se rappeler cette musique, pour qu’au moment où il la sent venir, il puisse contrôler sa crise. » Et comme Mozart ne convient pas à tous les cas, le praticien établit systématiquement un bilan de musicothérapie réceptive complet, afin d’identifier quel sera le morceau idéal.

« On accompagne, on ne soigne pas »

De même, il invite le patient et ses proches à multiplier les expériences musicales, avant, pendant ou après chaque nouvel épisode. « Il faut faire très attention, car certains sons peuvent avoir l’effet inverse et provoquer des crises d’épilepsie. » Une autre étude, datée de 2015 et réalisée par une équipe de chercheurs du centre médical Wexner de l’université d’État d’Ohio, explique cette hypersensibilité à la musique : la majorité des cas d’épilepsie étant dus à un dysfonctionnement au niveau du lobe temporal qui est aussi le siège du cortex auditif.

« C’est fascinant ! L’imagerie cérébrale montre parfaitement que les épileptiques sont davantage réceptifs à la musique, qu’ils perçoivent mieux les rythmes et les harmonies », commente Gaspard Duard. C’est ainsi que la musique fait désormais partie de l’arsenal utilisé contre cette maladie neurologique, qui touche 1% de la population. Bien sûr, il ne s’agit que d’une prise en charge complémentaire : « On accompagne, on ne soigne pas. Le traitement médicamenteux demeure indispensable », prévient le spécialiste.

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