L’illusion

Actuellement, la saison aidant, toute femme se doit de porter des bottes. Celles-ci fleurissent dans les vitrines des chausseurs où, “en bottes serrées” elles attendent, posées sur leur tige, un prochain pied à enfermer et un mollet à séquestrer. Hautes, basses, montantes, avec ou sans lacet, telle l’écume sans cesse renouvelée, une vague déverse dans nos rues des bottillons, des bottines, brodequins, voire même des cuissardes. A la sortie d’une bouche de métro, en remontant un escalier, en baissant votre regard, vous apercevez tel un long ruban noir, une horde gainée, dont seuls des bouts pointus ou quelques boucles perdues tentent de créer une différence dans l’uniforme. Elles s’adaptent à toutes les  tenues, jeans, jupes, voire même en soirée. Et, pour “faire très tendance”, elles se portent avec des shorts ou des “pantacourts”. Il faut dire, comme me l’a signalé ma voisine, que «vu le prix que j‘y ai mis, il faut absolument qu’on les voie !». Le phénomène est symptomatique. La mode ne peut être seule en cause. Et, s’il s’agissait d’un symbole ? Ce n’est là qu’une suggestion “un coup de pied à la lune” proposé bien sûr, au débotté.

 
« Plein les bottes »

Pour les besoins de la cause, il conviendra de chausser “des bottes de sept lieues” celles-là même qui permettent de traverser l’histoire à grandes enjambées en partant des Romains qui ne connaissaient pas ce type de chaussure – telle que nous le voyons aujourd’hui – pour nous retrouver sur les champs d’honneur, à l’endroit même où “y laisser ses bottes” voulait dire – à la fin du XVlème siècle – “y être tué”. Tout comme un siècle plus tard, l’expression “graisser ses bottes” visait à se préparer à partir ou à mourir. C’est finalement au vocabulaire du manège que nous devons le fameux “serrer la botte” ou “aller à la botte” qui dériva rapidement vers la formule triviale qui, au figuré, consiste à “lécher les bottes” d’un tiers. Une position qui, quelque part, place l’intervenant “sous la botte ou à la botte” du dominateur. On comprend très bien que l’oppressé ait jugé rapidement la situation intenable et qu’il en ait eu rapidement “plein les bottes”. Il n’est pas question de fermer ce petit glossaire sans évoquer “la botte secrète”du duelliste, attaque imparable qui laisse à terre l’adversaire pris au dépourvu par une manière particulière de porter un coup d’épée. Militaire, cavalier, bretteur ou ferrailleur, ce chaussant était avant tout l’apanage de l’homme, qui devait par principe et par éducation “se tenir droit dans ses bottes”.

« L’habit ne fait pas le moine »

Depuis quelques décennies – et plus spécialement cette année – les femmes se sont emparées de l’accessoire laissant tomber “le chapeau melon pour les bottes de cuir” ! Femmes conquérantes ? Sans doute et tant mieux. Quels hommes se plaindraient de nos jours – en nos contrées surtout – de ce partage des tâches, des plus subalternes ou plus hautes fonctions, entre les hommes et les femmes ? Non, la question n’est pas là. Elle se résume dans l’illusion que peut donner une apparence. L’illusion tient de la fausse croyance, d’une opinion erronée. C’est elle qui abuse l’esprit par son caractère séduisant. Les chimères, les mirages et les visions sont attachés à l’illusion. Ce ne sont pas les bottes qui permettent aux femmes de se comporter comme des hommes.
Ce ne sont pas les promesses désabusées, les mots inutiles, les formules banales ou standardisées qui déterminent les qualités d’un individu ou qui lui donnent le droit d’être pris en considération. L’illusion se confond avec l’art de la prestidigitation qui navigue de conserve avec les artifices et les trucages. La compétence, l’aptitude, la connaissance d’une matière ne relèvent pas du sexe. Ainsi, celle qui s’égare sur des chemins de traverses illusoires pour le pays, ne doit pas être mieux appréciée sous le simple prétexte de son appartenance à la gente féminine. «L’habit ne fait pas le moine», disaient avec sagesse, les anciens qui ne s’attachaient pas plus aux chausses qu’aux corsages sauf à “proposer la botte” à une coquette. Mais cela est une autre histoire qui se conjugue aujourd’hui par un simple “elle me botte bien”. Un sujet bien éloigné de la politique, n’est-ce pas ?                                               

Gérard Gorrias


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