Ligne G ; Une association en colère

Utile pour les uns, qualifiée de «gadget» par les autres, la ligne G du tramway et ses 3.5 km font débat à Toulouse. Au lendemain des réserves émises par la commission d’enquête publique et du lancement des travaux il y a une dizaine de jours, des voix s’élèvent pour dénoncer «l’illégalité» de la procédure. L’Association Pour un Autre Tracé (APAT) vient en effet de déposer un référé en suspension auprès du Tribunal administratif de Toulouse au motif entre autres, que la ligne G ne prend pas en compte l’intérêt des Toulousains. Frédéric Brasilès est le Président de l’APAT. Interview.

 
Frédéric Brasilès, dans quelles conditions l’Association Pour un Autre Tracé a-t-elle été créée ?
Nous l’avons créée quand ont commencé les fameuses réunions de concertation organisée par Tisséo. Il n’y avait qu’un seul projet et nous avons de suite compris que la volonté était de le faire passer en force. Une réunion de concertation doit en principe servir à entendre tous les avis afin d’avancer sur une idée commune. Là, ce n’était pas du tout le cas. Qui plus est, les gens n’ont pas été suffisamment prévenus de l’existence de ces réunions.

Que reprochez-vous au tracé ?
Un transport en commun doit capter le flux entrant des voitures. Or là, les gens ne peuvent se garer ni aux Arènes parce que le parking est saturé, ni sur les allées Jules Guesde parce que le parking va disparaître. Les quatre entrées principales de Toulouse, la Cépière, le Mirail, Empalot, le Busca étant déjà engorgées matins et soirs et les voies de circulation devant être réduites à cause de la ligne G, les reports de flux de voitures vont se faire automatiquement sur la rocade ouest. Par conséquent, la ville va se retrouver bloquée en permanence et la rocade encore plus. On voit bien que l’intérêt général n’est pas du tout pris en compte. Ce tracé est néfaste pour les Toulousains, comme pour d’ailleurs la fiscalité locale qui va devenir très lourde.

Illégalité de la procédure

Mercredi dernier, vous avez déposé un référé au tribunal administratif de Toulouse pour obtenir la suspension des travaux ?
En effet comme cela a été le cas à Nîmes le 30 mars dernier. Nous espérons que le tribunal administratif va reconnaître l’illégalité de la procédure.

Sur quoi vous basez-vous ?
Sur les résultats de l’enquête publique. Malgré un avis favorable au projet, celle-ci a émis trois réserves. La première : l’arrêt de la ligne à Palais de Justice. Nous avons des doutes car il y a volonté de réaliser malgré tout, l’esplanade sur les allées Jules Guesde. La deuxième concerne le passage sur Déodat de Séverac. Il ne fallait plus de croisement entre l’urbain et le ferroviaire mais la voie ferrée traversera toujours le boulevard. Troisièmement, les travaux ne devaient pas commencer avant six mois ; le temps de vérifier les chiffres de fréquentation de la ligne T1. Pourtant ils ont bel et bien commencé alors que la ligne T1 n’a démarré qu’il y a trois mois. Quant aux 30 000 usagers annoncés, je voudrais bien savoir d’où sort ce nombre. Et lorsque Monsieur Carreiras (président de la SMAT, société pour la mobilité dans l’agglomération toulousaine, ndlr) se demande dans la presse «Pourquoi attendre ?» pour démarrer les travaux, nous lui répondons que c’est parce que c’est la loi !

 

La mort du centre-ville et de ses commerces

Que proposeriez-vous à la place de ce tracé, voire de cette ligne ?
Nous estimons, entre l’enquête publique qui avance dix millions d’euros de perte de chiffres d’affaires sur la première année, huit millions d’euros sur trente ans, ajoutés aux 120 millions que nécessite la construction, plus une trentaine de millions de dépassement des coûts des travaux, que cette ligne G va coûter à la collectivité environ 400 millions d’euros. Avec une partie de cette somme, on pourrait essayer, pour répondre aux besoins de cette zone, de faire un maillage de bus en site propre ou même de navettes, sachant que celle-ci est classée en risque de prévention incendie et bâtiment de France. Puis avec le reste, prolonger le métro jusqu’à Labège et le tramway jusqu’à l’aéroport.

Votre action doit-elle être considérée comme une fronde à l’encontre des occupants actuels du Capitole ?
Absolument pas. A aucun moment l’association n’a pris de position politique. Elle regroupe des Toulousains de tous bords. Nous sommes contre ce projet mais ne voulons pas être politiquement récupérés. Nous ne sommes là que pour défendre le point de vue des Toulousains et des usagers. Par ailleurs, les organisations professionnelles des métiers de bouche, la CGAD et des métiers de services, la CNAMS, soutiennent notre action car elles vont être impactées et des emplois seront menacés.

C’est-à-dire ?
Cette ligne G va entraîner la mort du centre-ville et de ses commerces de proximité qui font le confort des Toulousains. On va pousser les gens à aller s’approvisionner en grandes surfaces et les artisans par exemple, souffriront toujours plus. Prenez les artisans plombiers : ils ont besoin de venir en ville pour travailler. Mais déjà qu’ils ne peuvent plus s’y garer, si en plus, ils doivent rester deux heures coincés sur la rocade, c’est une perte de chiffres d’affaire assurée. Et de fait, il sera encore plus difficile pour les Toulousains qui habitent le centre-ville de se faire dépanner. On nous manipule encore une fois, mais Tisséo et la SMAT ne sont pas au-dessus des lois.

Propos recueillis
par Claire Manaud


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