L’hôpital au bistouri

Nicolas Sarkozy a présenté le 17 avril dernier sa réforme de l’hôpital dans le cadre d’un plan global étalé jusqu’en 2012. Petit tour d’horizon des mesures tracées et des répercussions en région. [img align=left]http://www.premiere-reponse.com/JT/uploads/img4810424fbb794.jpg[/img]

1 Une nouvelle carte hospitalière ? Après le grand débat de la carte judiciaire, la polémique enfle autour de ce que Nicolas Sarkozy ne veut pas nommer la nouvelle «carte hospitalière». Et pourtant, la réforme évoque effectivement une restructuration géographique des établissements en «communautés hospitalières de territoire». Ainsi, la plus grosse structure de soins de la région concentrerait les services nécessitant un plateau technique lourd comme la chirurgie tandis que les petits établissements de soins se réorienteraient vers la médecine et la prise en charge des personnes âgées. Un dispositif qui existe déjà en Midi-Pyrénées mais qui inquiète sérieusement les personnels hospitaliers : « Nous ne sommes pas contre les maisons de santé mais le maillage du territoire doit rester une priorité. Il faut que la santé soit à la disposition du malade et non que le malade se déplace vers la santé. D’autre part, nous craignons que des déserts sanitaires voient le jour, avec des hôpitaux locaux transformés en dortoirs pour personnes âgées et une fuite des médecins généralistes », explique Didier Bergé, adjoint administratif au CHU de Toulouse et secrétaire de la CGT. Pour inciter les petites structures à se regrouper au profit de l’hôpital le plus important, Nicolas Sarkozy a promis des compensations financières : « En gros, il faut accepter de jouer le jeu, sinon on devra se débrouiller seul », poursuit Didier Bergé. De son côté, Martin Malvy, président du Conseil Régional et de l’Association des Petites Villes de France, accepte la réforme mais non sans conditions : « L’Association des Petites Villes de France a toujours dit qu’elle était favorable à la coopération hospitalière et qu’elle estimait nécessaires des réformes raisonnables tenant compte de la démographie médicale et du poids des investissements. Mais le projet que le Président de la République a présenté aujourd’hui (17 avril, ndlr) à Neufchâteau est celui d’une réforme à très hauts risques pour tous nos concitoyens qui habitent à plus de 30 ou 35 minutes d’un CHU ou d’un hôpital départemental. A plus forte raison s’ils habitent à 50 km ou plus d’un établissement de centralité. Si le Président de la République n’affirme pas comme préalable la notion de proximité comme composante de la qualité et de la sécurité de l’offre de soins, il prendra la responsabilité de créer des déserts de santé, dont s’éloigneront également les médecins généralistes, avec des conséquences et des oppositions infiniment plus graves et passionnées que celles qui ont suivi la réforme de la Justice par Mme Rachida Dati. » 2 Ma petite entreprise… … ne connaît pas la crise ? Pour les personnels hospitaliers, la colère gronde concernant l’élargissement des pouvoirs des directeurs d’établissements. « En renforçant le pouvoir du directeur, on le transforme en patron et l’hôpital devient une entreprise. Les Conseils d’Administrations sont déjà muselés depuis longtemps. Nous craignons que les contrats soient révisés et que les statuts soient modifiés », précise Didier Bergé. Autre mesure polémique, l’extension de contrats de service public pour les cliniques. Cette décision doit permettre aux patients d’accéder à des soins aux tarifs de la Sécurité Sociale, même dans des zones où l’on ne trouve que des cliniques. Pour les syndicats, c’est l’arbre qui cache la forêt : « Les patrons des cliniques privées veulent se positionner comme des garants de la mission de service public. Mais le but est avant tout de récupérer de l’activité car, derrière les cliniques, se cachent de grands groupes financiers qui sont loin d’être philanthropes ! » [img align=right]http://www.premiere-reponse.com/JT/uploads/img481042bc7e54f.jpg[/img] 3 Urgence en région Depuis plusieurs années, l’offre de soins en Midi-Pyrénées diminue sérieusement avec une concentration des services sur les gros établissements. Pour des raisons à la fois territoriales et financières, nombre d’hôpitaux sont menacés (voir carte) de restructurations voire de fermetures, même si le Président de la République a promis de ne pas en arriver là. En Ariège, par exemple, l’installation d’une unité de soins intensifs en cardiologie, prévue par le Schéma Régional d’Organisation Sanitaire, pourrait ne jamais voir le jour. Alors que ce service répond à un réel besoin de la population locale, les patients devant être transférés au CHU ou dans les cliniques toulousaines. Autres situations alarmantes, Lavaur et Albi avec la suppression des services de chirurgie sur des critères économiques. Dans le premier cas, des pistes de collaboration avec le CHU ont été envisagées mais elles ne seraient que provisoires. A Millau, hôpital et clinique ont fusionné mais les soins les plus coûteux comme la dialyse restent du ressort du service public. 4 Montée de fièvre au CHU «Le CHU va être touché par des restructurations et ne sortira pas indemne d’un nouveau maillage du territoire», prévient, alarmiste, Didier Bergé. Il est vrai que le CHU de Toulouse enregistre déjà un déficit de 20 millions d’euros et prévoit la suppression de 120 à 130 postes dans les trois années à venir. La concurrence du secteur privé n’arrange pas les choses avec la présence, notamment, d’un service d’urgences à la clinique de l’Union. « Sur Toulouse, nous manquons de proximité ou de lits pour les personnes âgées. A aucun moment Nicolas Sarkozy n’a évoqué les questions de formation, de besoins, de manques de personnels. Ses mesures s’inscrivent dans une révision globale des politiques publiques. » Image 5 Mauvaise pilule pour les patients ? La fermeture des petits blocs opératoires, pour des raisons économiques mais aussi de sécurité des patients, est une préconisation récurrente des différents rapports publiés ces dernières années. Mais les personnels médicaux revendiquent avant tout l’hôpital comme élément indispensable de l’aménagement du territoire et comme nécessité quand on parle de proximité. Les restructurations et la fermeture de certains établissements risquent de créer une distance entre le malade et l’offre de soins. C’est déjà le cas pour les maternités dans la région, à l’image de celle de Lannemezan qui vient de fermer. « La population se sent de plus en plus menacée et va sûrement déserter les zones où l’offre de soins n’est pas développée. D’autre part, le patient est mis à contribution avec les déremboursements, la franchise… et il va devoir payer pour se faire soigner en clinique car il sera trop loin de l’hôpital », prévient Didier Bergé avant de conclure : « Il y a un vrai défi à relever car la population vieillit et la médecine progresse. Si nous continuons sur cette voie, la santé va devenir une entreprise privée. » [img align=right]http://www.premiere-reponse.com/JT/uploads/img481043d92e523.jpg[/img]
 
Sophie Orus


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