LGV : un projet à grande vitesse ?

Evoquée depuis 2002, la Ligne à Grande Vitesse Bordeaux/Toulouse affiche deux objectifs : devenir un maillon de la future liaison grand sud permettant de relier l’Atlantique à la Méditerranée et assurer la desserte rapide de Toulouse à Paris en deux heure trente. Dix ans après les premières palabres, la LGV semble pourtant bloquée au kilomètre zéro. Enquête.

Pour les uns, elle est justifiée voire indispensable au développement toulousain. Pour d’autres, elle n’est qu’un caprice urbain favorisant la métropole au détriment des territoires traversés. C’est en tout cas un dossier épineux que semblent se renvoyer les élus depuis plusieurs années. Car s’il avait été validé par l’ancien gouvernement, les récentes déclarations du Ministre délégué au budget, Jérôme Cahuzac sèment le doute quant à la faisabilité du projet.

«Le projet LGV est un bon dossier gaulois»

«Il ne faut pas se le cacher, le coût du tronçon Bordeaux-Toulouse pose un vrai problème», explique Christophe Delahaye (PRG), conseiller régional à la commission sport et vie associative, «de plus si les premières enquêtes ont été menées en 2002, de nouvelles études tentent d’affiner le tracé, qui évolue en permanence.» Car le trajet entre Bordeaux et Toulouse a quasiment été rallongé de 45 kilomètres. Et c’est sans compter l’augmentation du prix au kilomètre, qui est passé de «5 à 20 millions d’euros», comme l’explique François Simon (Europe Ecologie Les Verts), vice-président de la Région en charge des solidarités. «Faire passer une ligne LGV est bien plus compliqué que prévu et certaines dépenses ont été littéralement oubliées. Il faut notamment prendre en compte les empreintes environnementales avec les nouvelles lois sur la biodiversité et d’autre part le taux d’usure des lignes à grande vitesse est plus important que sur les lignes traditionnelles, ce qui entache la rentabilité du projet. Le projet LGV est un bon dossier gaulois : on pense qu’on a la meilleure technicité, mais il faut faire face à la réalité.» Le financement reste à ce jour le frein majeur, «et c’est en partie dû à ce pari fou d’un partenariat public/privé, en voulant faire participer les collectivités locales à égalité avec l’Etat…» termine François Simon.

«Plutôt des trains à l’heure qu’un TGV !»

Concrètement plusieurs passages du tracé ont été modifiés, notamment dans le Tarn-et-Garonne et le Lot-et-Garonne. Charles D’Huyvetter, meneur de la coordination 47, collectif d’associations anti LGV raconte : «Ce projet est une aberration. Aujourd’hui les usagers veulent des trains à l’heure et des billets pas chers, car c’est la crise ! Gagner deux heures sur un trajet Toulouse-Paris c’est dérisoire, il vaut mieux moderniser ce qui existe déjà.» La coordination entend déposer un recours au tribunal administratif d’ici la fin du mois avec l’intention de dénoncer le fait que le délai maximum légal de cinq années entre le débat public (2005) et l’enquête publique (prévue pour 2013) a été dépassé : «ensuite nous aurons d’autres cartes à jouer, l’idée est avant tout de gagner du temps, afin de mettre à mal ce projet et de le faire tomber. Cela ne se fera jamais : les élus vont laisser traîner le dossier afin de refiler la patate chaude à un autre gouvernement.»

«On va finir par construire cette ligne pour nos enfants !»

A ce jour RFF (Réseau Ferré de France) termine l’ensemble des études afin de lancer l’enquête publique en 2013 pour une déclaration d’utilité publique en 2014. Les 417 kilomètres en font le plus grand projet linéaire que la RFF et la SNCF aient conduit à ce jour en France et l’enquête publique la plus lourde jamais lancée. Si le projet décolle, le premier tronçon Tours-Bordeaux devrait être terminé en 2017. Une partie que la Région finance par ailleurs à hauteur de 102 millions d’euros sous condition que la déclaration d’utilité publique pour le tronçon Bordeaux-Toulouse soit bien actée en 2014. «Ce dossier traîne depuis des années», ajoute Bertrand Serp (UMP), ancien adjoint à la mairie de Toulouse, «je suis surpris que le gouvernement socialiste remette en cause une fois de plus son financement car il avait été validé par le gouvernement Fillon. Plus le retard s’accumule, moins la LGV a de chance de voir le jour. Et c’est un manque à gagner pour le développement de Midi-Pyrénées. On va finir par construire une ligne à grande vitesse pour nos enfants !» termine-t-il.

 

2002 Etudes préalables sur la faisabilité du projet

2005 Débat publique

Mars 2012 : Validation par le ministère des transports de la future ligne à grande vitesse

Juillet 2012 : Le ministre délégué au budget remet en doute le financement du projet



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