L’Expert-Comptable ; Un professionnel qui compte

Le nouveau Président de l’Ordre des Experts-comptables de Midi-Pyrénées est une femme. Nicole Calvinhac vient d’être élue pour deux ans, représentante d’une profession qui rassemble 758 experts-comptables dans notre région. Née en Tunisie, de mère toulousaine et de père alsacien, elle va d’abord travailler quinze ans dans la mode avant de diriger aujourd’hui deux cabinets d’expertise-comptable à Toulouse et Mazamet. La philanthropie est au cœur de l’engagement de cette passionnée qui veut à tout prix mettre en avant toutes les potentialités de la profession notamment auprès des jeunes. Mais Nicole Calvinhac évoque également d’autres sujets qui font l’actualité : la place des femmes experts-comptables, la relation entre professionnels du droit et du chiffre, ou encore l’arrivée de l’EIRL. Interview.

 
Nicole Calvinhac, vous venez d’être élue Présidente de l’Ordre des Experts-Comptables de Midi-Pyrénées. Quelle est votre réaction à cette nomination ?
Je voudrais remercier mes confrères parce que ce sont vraiment eux qui m’ont portée à ce poste. Nous exerçons une profession que les gens pensent machiste ; preuve que cela n’est pas vrai ! (Rires)

Quel a été en quelques mots votre parcours ?
Il a été très atypique ! Après être sortie Major de Sup de Co Toulouse, j’ai d’abord travaillé dans les relations publiques puis dans la mode et notamment pour la filature Pierre de Loye. Je faisais du style, du marketing, du développement… La mode est l’une de mes passions avec les chiffres. Je suis restée quinze ans dans le secteur du fil à tricoter qui a fini par tomber en désuétude, et être remplacé par le fil industriel. Cela devenait moins intéressant. A 43 ans, j’ai eu envie de reprendre mes études pour devenir expert-comptable. J’y ai été incitée par l’un de mes anciens professeurs à Sup de Co qui lui-même avait été expert-comptable et président de l’Ordre. Le fait de reprendre des études très pratiques m’a ouvert des horizons extraordinaires ! En plus, j’ai pu profiter de tout mon background de professionnel. C’était certes difficile mais passionnant. Je suis de toute manière incapable de faire quelque chose qui ne me passionne pas !

Une formation excessivement recherchée et valorisée

Quels sont les chantiers qui vont occuper votre mandat ?
L’information des jeunes. Je considère que, malgré tout l’investissement de mes prédécesseurs en la matière, les jeunes connaissent encore mal notre profession, qui rassemble une dizaine de métiers. Nous pouvons prendre des orientations de spécialisation qui vont de la gestion du patrimonial à l’accompagnement des grandes ou moyennes entreprises en passant par la mise en place de contrôles de gestion, le conseil fiscal, l’externalisation de certaines fonctions dans l’entreprise… C’est excessivement varié. Il n’y a pas deux experts-comptables qui font le même métier et de plus, nous nous adressons à des clients qui sont différents. Autre information que je voudrais faire passer auprès des étudiants : 40 % des diplômés d’expertise-comptable partent en entreprises. Cette formation est excessivement recherchée et valorisée dans les grandes entreprises pour des postes de très hauts niveaux : que ce soit par exemple directeur comptable, directeur financier, ou directeur du contrôle de gestion.

La promotion de votre profession auprès des chefs d’entreprises eux-mêmes est tout aussi importante à vos yeux ?
Nous sommes connus et appréciés des PME, ce qui n’est pas forcément le cas des TPE qui représentent, je vous le rappelle, 80 % de la population française des entreprises. Toutes ont un expert-comptable qu’elles considèrent comme un comptable. Elles ne connaissent pas suffisamment le rôle de conseil de l’expert-comptable et malheureusement, regardent d’a bord le coût de la prestation avant la valeur ajoutée.

Nos règles de déontologie fondent notre exercice professionnel

Parmi les actualités de la profession, on remarque que l’expert-comptable peut désormais venir en aide aux particuliers…
Effectivement, la réforme récente de notre profession nous a conféré la reconnaissance pour l’assistance que nous prêtons aux personnes physiques dans le cadre de leurs déclarations fiscales. Cette possibilité nous donne désormais accès à toutes les assurances complémentaires liées à un risque civil très important.

Vous faisiez référence à votre code de déontologie. Les experts-comptables exercent une profession règlementée. Vous voulez également le faire savoir…
En effet, notre code de déontologie régit le comportement et les relations entre confrères et avec les clients. Pour moi c’est très important. On le sait peu, mais au même titre que les médecins, les experts-comptables doivent prêter serment au bout de huit années d’études et de stage ! Nous avons une chambre de discipline, et régulièrement des contrôles qualité sont effectués dans tous les cabinets pour bien vérifier que nos normes de travail sont correctement appliquées. C’est une information que je veux également faire passer et la rappeler à mes confrères, même si en Midi-Pyrénées, nous sommes très privilégiés.

C’est-à-dire ?
Nous formons une grande famille et il y a un certain respect réciproque. Les litiges qui peuvent surgir soit entre confrères, soit entre clients et confrères sont d’abord traités par le conseil de l’Ordre et ils sont, en général, résolus à l’amiable.

Pour l’interprofessionnalité

Le comportement, l’éthique, sont pour vous des notions essentielles…
Oui. J’ai été contrôleur du stage pendant huit ans (le stage a une durée de trois ans après l’obtention du Diplôme Supérieur de Comptabilité et de Gestion et précède l’examen final, qui comporte un mémoire avec soutenance et une épreuve écrite). Le message que j’ai fait passer en permanence aux stagiaires, était le comportement, l’éthique et le respect de l’autre. L’humain est primordial à mes yeux.

L’expert-comptable et l’avocat conseil se retrouvent sur le même créneau à savoir le conseil aux entreprises. Ce qui crée entre les deux professions une certaine tension. Quelle est votre position sur ce sujet ?
J’en ai un peu assez de cette bagarre, malgré tout compréhensible. C’est vrai qu’il existe un problème financier entre nos deux professions. Les avocats ont la sensation que nous leur prenons leur travail mais il faudra bien que nous arrivions à un niveau d’entente. C’est la raison pour laquelle nous sommes allés il y a quelques années à la rencontre des Jeunes Avocats. Le chemin sera long mais je crois à la interprofessionnalité. C’est l’avenir. Nous avons à travailler de pair avec les notaires, les avocats, les huissiers. Lorsqu’un médecin généraliste détecte un problème chez un de ces patients, qu’il ne peut résoudre seul, il l’envoie chez un spécialiste. Nous devons faire la même chose.

L’EIRL : oui, mais…

Sur les 19 000 experts-comptables français, on ne compte que 4 000 femmes. Cela vous interpelle-t-il ?
Il est vrai que la population expert-comptable est essentiellement masculine mais elle se féminise de plus en plus. Aujourd’hui 40 % des femmes experts-comptables ont moins de 35 ans et plus de 50 % des stagiaires sont des femmes. De même au niveau des collaborateurs en cabinet, elles sont une majorité. Par conséquent, l’accès des femmes à notre profession n’est pas fermé mais il faut arriver à prendre en compte leur particularité quand elles sont par exemple mères de famille, et favoriser le télétravail. Nous avons aujourd’hui l’obligation de travailler sur la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences et comme je fais partie de la délégation patronale à la négociation collective depuis plus de 5 ans, je m’emploie à faire en sorte que les choses avancent.

Une nouvelle forme de société vient de faire son apparition : l’EIRL (Entreprise Individuelle à Responsabilité Limitée). Allez-vous en faire la promotion ?
C’est une mesure de simplification que j’approuve sur le principe mais il ne faut pas croire non plus que ce sera la panacée. Etant très liés à Bercy au niveau du conseil supérieur de l’Ordre des Experts-Comptables, nous avons émis des avis sur des problèmes fiscaux qui risquent de surgir. L’entrepreneur individuel sera sûr de pouvoir préserver ses biens personnels mais il demeure quelques problématiques de plus-value, de déclarations concernant ses biens, de caution personnelle que la banque va quand même lui demander… Je pense qu’il faut attendre. Mais il faudra conseiller l’EIRL qui présente un formalisme juridique beaucoup moins lourd que l’EURL.

Le 100 % dématérialisé est-il bientôt une réalité pour les experts-comptables ?
Je pense que nous allons y arriver. L’entreprise consacre un certain budget à son expert-comptable. Il faut faire en sorte de lui donner le plus de produits à bonne valeur ajoutée, à savoir, réserver du temps pour faire de l’écoute, du conseil et de l’accompagnement.

Propos recueillis
par Claire Manaud


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