L’Europe c’est qui ?

Alors que les matchs de football – de Coupe d’Europe en Coupe de France – alimentent la dramaturgie d’une télécratie et d’une société décidément en mal de suspens sur fond de David débordant Goliath rebaptisé aux noms d’un Barcelone “miraculé” ou d’un Guingamp donnant raison à la “composition française” de l’historienne Mona Ozouf déclinant sa Bretagne natale aux couleurs de la fraternité républicaine – en mal de reconnaissance malgré les efforts d’un Régis Debray dans le “Moment fraternité”, la visite du Pape en Israël, les démarrages de la campagne européenne par “l’appel” de Nîmes du Président de la République, la situation universitaire où les diplômes sont soit dévalorisés, soit impossibles à attribuer (sur fond de Présidents et de Doyens contestés et chahutés, loin du respect des temps du Moyen Âge qui voyait se multiplier les Universités de Montpellier à Toulouse, de la Sorbonne à Cujas) et le monde bancaire à deux vitesses, structurent pour la semaine à venir l’actualité.
Benoît XVI en Israël. Pour Claude Lanzmann «Benoît XVI perçoit un antisémitisme latent dans le monde ; ce pape allemand devrait reconnaître l’immensité du crime ; l’entente entre juifs et catholiques a toujours été problématique ; les chrétiens se considèrent au fond comme le vrai Israël ; l’existence et la vitalité du judaïsme ne cessent pas de leur poser problème». Pour le Président du CRIF «le pape doit visiter le mémorial Yad Vashem en entier», pour Antoine Sfeir, le directeur des Cahiers d’Orient «les chrétiens d’Orient attendent beaucoup du Pape en espérant qu’il dénonce le négationnisme et l’islamophobie». En clair, pour les uns comme pour les autres un espoir : cesser de faire des juifs comme des chrétiens d’Orient des «boucs émissaires rêvés». À chacun déjà de méditer sur l’une des premières phrases papales dès son arrivée en Jordanie, s’élevant contre «la manipulation idéologique de la religion». Vaste programme et louable ambition !
L’Europe et ses élections : une “Europe à la carte” est devenue la règle au détriment d’un “menu européen commun” ; l’Europe à plusieurs vitesses est-elle déjà une réalité ? Le Parlement européen peut-il se satisfaire d’une abstention le délégitimant fortement ? Comment mobiliser un électorat en recul ?

 
Nicolas Sarkozy a tracé le cadre des réponses dans le discours de Nîmes du 6 mai dernier : «le besoin d’État, la demande de protection sociale, l’exigence d’une régulation de la finance globale et de la mondialisation, la nécessité de construire un nouvel ordre économique et mo- nétaire mondial, l’exigence de justice, tout cela ramène les idées, les valeurs de l’Europe au premier plan». Et de conclure sur son mode volontariste habituel dans le secret espoir d’insuffler du caractère et de la conviction aux têtes de liste UMP régionales : «L’Europe ce n’est pas “eux”. L’Europe c’est nous.»
Quant à l’Université, on a le sentiment que la tradition remontant au Moyen Âge et selon laquelle l’Université devrait se consacrer exclusivement à la création et à la transmission du savoir est devenue obsolète, une seule solution s’impose pour sauver le semestre et son image : reprendre les cours en prolongeant les enseignements jusqu’à début juillet et reporter les examens au mois de septembre. Mais l’exercice de l’autonomie est encore un peu… difficile et le sens du service public a encore quelques progrès à accomplir.
S’agissant des banques, on voit naître un monde bancaire à deux vitesses : la BNP a engrangé de janvier à mars 2009 la jolie somme de 1,56 milliard d’euros de résultat net, un retour à bonne fortune rassurant pour l’économie mais aussi le signe d’une certaine prudence dans les prêts accordés ; l’aide de l’État selon le patron de la BNP Paribas, de 5,1 milliards d’euros ayant vocation à être remboursée une fois la crise passée. Ainsi la crise creuse un fossé entre établissements qui tiennent le haut du pavé au niveau mondial et les autres qui demeurent englués dans leurs difficultés. À la Banque de France le ton est serein. Les banques françaises auraient ainsi toutes passé avec succès les récents tests de résistance à des scénarii de crise économique extrême. Toutes seraient, selon la Banque Centrale, suffisamment capitalisées. Constat optimiste au moment même où selon les experts surgissent de nouvelles tensions dans l’activité économique : multiplication des défaillances d’entreprises, surendettement des ménages à faible revenu, pas de sortie de crise prévue avant 2011… La sérénité n’est à l’ordre du jour sur aucun des fronts chauds du moment. La parole et l’action sont donc une nouvelle fois et fort logiquement au… Politique.

Stéphane Baumont


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