L’espalier de 2012

Ce n’est pas un hasard si l’hypermédiatisation du tremblement de terre d’Haïti déclenche au plus haut niveau international une forme de légitimité post-coloniale dans l’occupation d’un territoire – d’autant moins État mais d’autant plus patrie et peut-être même encore nation – mal vécue par la France, historiquement liée à Haïti ; pleinement assumée par les États-Unis actualisant ainsi la bonne vieille doctrine Wilson au nom d’un Ordre international public où le droit en acte donne décidément du fil à retordre – n’est-ce pas Mr Ban-Ki-Moon ! – au droit en puissance réservé aux thésards sur l’ONU et à ceux qui rêvent à un droit cosmopolitique où Kant – et Carl Schimitt ? – auraient à redire à la longue théorie des dictateurs d’une île où, aujourd’hui seule l’occupation de facto – après la destruction des symboles de la Présidence de la République et de la cathédrale mais aussi de l’ONU – de l’armée américaine donne l’illusion bienvenue d’une reconstruction de la ville et du pays, de l’État et du corps politique.

 
Haïti dépérissement de l’État sans l’aide de la doctrine marxiste-léniniste ! Ou quand la théorie des climats, chère à Montesquieu, cède la place à la pratique des séismes frappant en son épicentre, l’épicentre d’un régime politique ! Haïti, exemplaire et pathétique destruction entraînant tout sur son passage et déclenchant, moins que le tsunami des dons de 2004, une belle mobilisation qui laisse pendante la question du contrôle de l’utilisation desdits dons : «qui custodes custodet ?» Le temps semble de relire Voltaire sur Lisbonne, les écrivains haïtiens contemporains sur leur propre pays, peut-être même le “Timée” de Platon parce que malgré le développement durable (offert à toutes les sauces et notamment celle de la Mairie de Toulouse qui nous souhaite «une année chaleureuse et durable»… mais oui !) le temps des Atlantides, moyennant réchauffement climatique, semble revenu ! Avec lui René Char : «De quoi souffres-tu, de l’irréel intact dans le réel dévasté».
Ce n’est pas un hasard non plus si le Président de la République innove en matière communicationnelle pour s’adresser au Français moyen, pour adresser ses meilleurs vœux à la “France d’en bas” selon le mot de Raffarin après avoir tancé le nouveau PDG d’EDF, Henri Proglio qui souhaitait cumuler jusqu’à deux millions d’euros par an en pleine crise, en pleine interrogation sur la stratégie énergétique, en plein contentieux avec la patronne d’Areva, en pleine insouciance quant à l’image qu’il donnait à une majorité de Français scandalisée par des chiffres d’une telle ampleur par rapport avec leur rémunération mensuelle (de plus Henri Proglio n’est ni François Pinault, ni Thierry Henry, ni Johnny Halliday des “professionnels”, des “institutionnels” de la haute rémunération). Et chacun d’attendre de “l’hyper-président” (appellation plus médiatique que constitutionnelle), après une longue succession de couacs, un discours de la méthode “new-look” et une pratique peut-être moins égophorique pour enfin reprendre la main avant que la campagne des prochaines présidentielles ne lance – en tout cas à gauche – une “guerre de succession” dont nous avons le secret. Le Président pourra-t-il enfin régler la question qu’il n’a jamais résolue, c’est-à-dire selon le politologue Stéphane Rozès «le déphasage complet entre ce qu’il dit et ce qu’il fait». Pour les Français ajoute-t-il «son action politique est illisible». Le mot nous semble un peu fort ; c’est en effet plutôt sa surexposition médiatique qui empêche le message de passer ; c’est la volonté d’être absolument réactif à tout qui en le rendant trop présent le désacralise en laissant la figure du candidat emporter celle du Président alors même que des réformes fondamentales sont passées et que nous vivons depuis la révision du 23 juillet 2008 dans une “nouvelle Vème République”. Mais la crise est là. Elle est défi sur les autres défis. La treille de l’émission de lundi poursuivra-t-elle sa poussée sur l’espalier de 2012 ? C’est l’un des enjeux de la réélection !

Stéphane Baumont


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