Les UV du point de vue d’une esthéticienne; Oui aux contrôles et à la formation

Face à cette nouvelle polémique sur la nocivité des cabines UV, Roselyne Bachelot se prononce non pas en faveur de leur interdiction mais pour davantage de prévention et de formation du personnel. Le ministre de la Santé a par ailleurs annoncé la mise en place d’une campagne d’information prochaine sur “les dangers du bronzage artificiel”. Pour Nathalie Authier, esthéticienne dans la banlieue toulousaine, il faut aussi renforcer les contrôles.

 
Les cabines UV sont une fois encore montrées du doigt par les dermatologues. Quelle est votre réaction ?
Je dirais qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil ! Nous, esthéticiennes, avons l’habitude de cette guerre que nous livrent régulièrement les dermatologues. Même si pendant longtemps ceux qui ne possédaient pas de cabine, nous ont envoyé des clientes qui faisaient des érythèmes. Il y avait une confiance entre eux et nous. Maintenant ils ne le font plus. Cela vient peut-être de l’apparition des centres de bronzage. Mais pour en revenir à cette polémique, ils ont quand même raison car dans ce domaine, les choses se font n’importe comment.

Le ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, veut faire une campagne d’information sur les dangers du bronzage artificiel…
C’est très bien, qu’elle le fasse. Mais ce serait bien de se mettre, dermatologues, ministère de la Santé et esthéticiennes, tous ensemble autour d’une table et d’en sortir des mesures concrètes.

Comme ?
Ca peut être un questionnaire que la cliente qui vient faire des UV pour la première fois, sera obligée de remplir. Cela ne veut pas dire qu’elle ne va pas nous mentir mais au moins, l’esthéticienne sera couverte. Ce serait aussi un moyen de responsabiliser la cliente et de l’informer : si par exemple elle me cache d’avoir pris des antibiotiques la semaine passée, c’est elle qui risque d’avoir des taches, malheureusement indélébiles.

Comment se passe votre formation sur les UV ?
A l’heure actuelle, nous suivons un stage tous les cinq ans. On nous y montre des maladies de peau. La plupart des filles présentes, n’écoutent qu’à moitié parce qu’elles ont entendu la même chose cinq ans auparavant et cela ne les intéresse pas… Il faudrait un stage obligatoire et digne de ce nom tous les deux ans.

« Aucun contrôle humain »

Parlez-nous des contrôles dont vous faites l’objet…
Tous les deux ans, les appareils sont effectivement contrôlés. Mais encore une fois c’est insuffisant : cela consiste tout simplement à vérifier les tubes UV, et à s’assurer finalement que l’on ne vole pas la cliente. C’est totalement ridicule ! Est vérifiée également la vétusté de l’appareil, qu’il y a bien une ventilation, que l’on a bien notre attestation de suivi du stage dont je parlais précédemment et affiché le panneau qui présente les différents types de peau avec les temps limites d’exposition. Il y est indiqué 25 minutes. Mon appareil étant puissant, si je laisse la cliente autant de temps, elle va brûler ! Donc ces affiches ne sont pas adaptées non plus parce la puissance d’un appareil varie de l’un à l’autre.

C’est vous qui devez faire la demande de ce contrôle ?
Oui, c’est obligatoire et payant : 150 euros pour être “dans la norme”. Là aussi c’est un commerce. J’ai rempli mon dossier en mars dernier pour être contrôlée entre le 1er et le 15 août et j’attends toujours… Au 10 août, je serai dans l’illégalité totale. Tout ça est une énorme mesquinerie, une énorme mascarade, c’est du n’importe quoi ! Et puis surtout, on n’a aucun contrôle “humain”, pour voir si on est professionnel ou pas, si on se sert correctement ou pas de l’appareil. Que ce soit nous mais les dermatologues également ! Car il m’est déjà arrivé de voir des clientes qui ont fait des UV chez leur dermatologue et en sortir avec des coups de soleil !

 

L’attrait de la caisse enregistreuse

Quel genre de questions posez-vous à une cliente qui veut faire des UV ?
A celle qui va venir au mois de mars faire des UV pour la première fois, il faut impérativement demander si elle prend des médicaments car certains sont photosensibilisants, ce qui peut provoquer des taches. Si elle ne fait pas d’érythème solaire, si elle a déjà fait des UV, si elle s’est passée un produit sur le corps, ce qui est interdit. S’assurer qu’elle soit démaquillée parce que le maquillage aussi est photosensibilisant. Etre strict au niveau du temps de pose et s’exposer progressivement : le bronzage est une préparation au soleil quand il est programmé et sécurisé dans le temps. On commence par 3 minutes et on augmente au fur et à mesure pour arriver, en tout cas dans mon institut, à 15 minutes maximum. Une cliente qui va vouloir rester plus longtemps sous les UV ne viendra pas chez moi. En revanche, elle ira où on acceptera de la laisser s’exposer plus longtemps et là aussi c’est un problème.

Les dermatologues disent au contraire que les cabines UV ne préparent pas au soleil…
C’est une préparation puisque l’on arrive à gérer le temps que va rester la cliente ! A savoir 3 minutes, alors qu’elle va par exemple rester 8h en plein soleil à un vide-grenier au mois de mai, pour la première fois de l’année, et qui plus est, sans se protéger forcément !

Touche-t-on avec cette nouvelle campagne anti cabines UV au gagne-pain des esthéticiennes ?
Pas à celui des esthéticiennes parce que cela représente vraiment une partie assez minime de notre chiffre d’affaires. Pour les bronzarium en revanche qui n’ont que cette activité, c’est en effet leur gagne-pain. Et là, je dirais que c’est l’attrait de la caisse enregistreuse qui prime et pas forcément le bien-être des clients.

Propos recueillis
par Claire Manaud


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