Les usines de la peur ; « En toute transparence »

Fabien Masson est ingénieur à la Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement), division “risques accidentels”. Il fait le point sur le travail de contrôle des usines Seveso de l’agglomération.

 
Comment s’organise votre travail autour des sites Seveso de Toulouse ?
Disons que notre action est composée de deux branches. L’une consiste en de la prévention et de la maîtrise des risques. L’industriel doit nous remettre dans ce cadre une étude de danger tous les ans. Nous en faisons une analyse critique et incitons les directeurs d’usines à renforcer la sécurité, à diminuer la production de certains produits… L’autre branche comprend les inspections directes sur les sites Seveso seuil haut une fois par an. Nous prévenons l’industriel de notre visite 15 jours avant, sans rentrer dans le détail de nos inspections car nous sommes libres de questionner et de visiter les lieux que nous voulons. Par ailleurs, nous faisons aussi des contrôles inopinés dans l’année.

En termes de prévention et de contrôles, y a-t-il eu un avant et un après AZF ?
C’est compliqué… Avant la catastrophe d’AZF, il y avait une attention soutenue pour mieux maîtriser les risques. D’ailleurs, les directives Seveso et Seveso II de 1982 et 1996 étaient l’occasion d’en remettre une couche. AZF a juste eu un effet amplificateur de cette attention vis-à-vis des sites à risques.

La catastrophe a également donné lieu à la loi Bachelot sur les risques industriels en 2003, visant à imposer des Plan de Prévention des Risques Industriels (PPRT) aux différents sites. Où en sont ces PPRT dans l’agglomération toulousaine ?
Les PPRT sont un outil pour réglementer l’urbanisme et revenir sur certaines installations. Sur les 11 sites de Haute-Garonne, 6 ont engagé leur PPRT et 1 est en phase finale. Selon la loi, tous les PPRT auraient dû être approuvés au 30 juillet 2008 et seulement 5 ont rempli leur contrat en France. Donc, oui, nous sommes en retard. Mais avec ce nouveau cadre réglementaire, le ministère est passé d’une approche déterministe à une approche probabiliste. Le retard est donc estimé à environ deux ans et la France a pour objectif de finaliser 80 à 90 % des PPRT d’ici 2010.

 

La France pionnière

Vous évoquiez l’urbanisation. Comment lutter contre ce phénomène inéluctable ?
C’est le principal constat d’AZF : les risques engendrés par une urbanisation galopante. A la fin des années 80, nous n’avions aucun outil juridique pour la limiter mais à partir des années 90, nous avons trouvé des freins à l’urbanisation. Mais cela reste des propositions d’autolimitation que nous adressons aux maires. Les outils juridiques ne sont pas très forts et arrivent tardivement. Le cas français n’est pas isolé et les PPRT n’ont pas d’équivalent en Europe. Nous sommes un peu les pionniers en la matière.

L’ingénieur en charge d’AZF avant l’explosion a confié à la barre du tribunal qu’il se heurtait souvent aux manques de moyens de l’industriel en termes d’investissements pour la sécurité. Quel est donc véritablement votre pouvoir de contrainte ?

Je ne reviendrai pas sur ces déclarations. Mais je suis en poste à Toulouse depuis 6 ans et nous avons effectué de nombreuses études de danger en contraignant par la suite les industriels à agir. Ils ne le faisaient pas de gaité de cœur d’ailleurs. Ces travaux dépassent les 20 millions d’euros.

Faut-il rassurer les Toulousains sur les usines Seveso de la région ?
Ces usines ne sont pas dissimulées, nous faisons de la communication. Toutes les informations sont sur notre site Internet (www.midi-pyrenees.developpement-durable.gouv.fr), en totale transparence. Le département de la Haute-Garonne compte 11 sites Seveso, soit le plus gros nombre de la région Midi-Pyrénées mais il s’agit également du plus urbanisé. Toutes proportions gardées, il y a des secteurs en France beaucoup plus touchés comme Le Havre, Lyon ou Dunkerque. Seveso signifie potentiel de danger. Cela ne veut pas forcément dire qu’il y a un risque. Il vaut mieux 100 tonnes de produits bien entretenus et bien contrôlés qu’1 tonne mal entretenue et mal contrôlée.

Propos recueillis
par Sophie Orus


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