Les Toulousains rentrent dans l’ère du partage

La Glanerie, récupération et revalorisation d’objets voués à être détruits pour une remise sur le marché

Baisse du pouvoir d’achat, hausse de la TVA et flambée des prix : la situation économique actuelle ne semble pas favorable au consommateur. Pourtant les Toulousains que nous avons rencontrés, gardent bel et bien le sourire et pour cause : une véritable alternative à la société propriétaire semble émerger.

Ils n’ont que ça à la bouche. Co-voiturage, co-lunching, co-vacances, ou encore co-compétences : l’essor du «co» est indéniable. Symptôme du ras-le-bol d’une génération entière d’entasseurs, les porte-monnaie font la grimace heurtant de plein fouet un système en mal de réponses… Et les consommateurs de façonner une toute nouvelle manière de satisfaire leurs besoins. Pur produit internet, cette économie prend de l’ampleur avec la crise. Location, prêt, récupération, échange de particulier à particulier, achat en commun, financement de groupe… La consommation collaborative aux multiples visages sourit à la ville rose.

Quand la toile crée du lien social local

Internet est devenu le catalyseur de ce nouveau système qui s’affiche comme un pied-de-nez à la grande distribution et rapproche producteurs et consommateurs : on connaissait les AMAP, aujourd’hui les ruches débarquent. La première française, initiée par laruchequiditoui.fr a ouvert en région toulousaine il y a quelques mois. Depuis, ce sont près de 200 abeilles qui viennent chaque semaine -ou plus ponctuellement- chercher leur panier de produits divers (et souvent bio) : légumes, fruits, cosmétiques, miel, viande, lait etc. sans passer par la case supermarché. Autre exemple, la première ressourcerie toulousaine, «la Glanerie» vise à optimiser la récupération d’objets destinés à la déchetterie. Une bande bien organisée s’attaque aux diverses réparations nécessaires avant de remettre les objets en vente à petit prix. Mais d’autres méthodes existent, ainsi Elodie et Armelle racontent : «Ça a commencé par une très jolie veste repérée en vitrine, mais financèrent inaccessible… Nous avons décidé de nous l’offrir à deux ! Aujourd’hui, rattrapée par une pile de jupes, vestes et chaussures, c’est un peu l’emblème de notre dressing communautaire, qui s’est élargi à d’autres amies.» Et leur cas n’est pas isolé. Des sites nés sur la toile ont trouvé le filon et proposent l’achat d’occasion comme videdressing.com, ou encore l’échange instantané entre particuliers, comme Pretachanger.fr. Ce système D plus ordonné qu’il n’y paraît ne s’arrête pas là… Le «bookcrossing» abreuve un monde parallèle de lecteurs un peu particuliers. Christol, véritable plaie pour les libraires, raconte : «Pour moi un livre se partage, j’en ai déjà relâché une trentaine à Toulouse. A l’intérieur, je note un lien internet à visiter (bookcrossing.com ndrl), afin que le nouveau propriétaire du livre se présente, donne son avis sur l’ouvrage et indique le lieu où il compte le libérer.»  La clef de voûte de la consommation collaborative ? Le temps. Car il faut s’armer de patience pour trouver chaussure (livre/covoitureur/vêtement etc.) à son pied. L’échange de services, via des sites comme echange-de-services.com notamment, en est la meilleure représentation. Emmanuel, 43 ans, propose «tous travaux de réparations, jardinage, plomberie contre un toit deux nuits par semaine, pendant sa formation.» Alice, 21 ans, étudiante à Toulouse raconte : «Aujourd’hui les rapports humains sont aseptisés, chacun remplit son petit caddie sans regarder l’autre. Via ce site, je récupère fruits et légumes toute l’année contre des heures de lecture à une personne âgée. J’y gagne financièrement, je me régale de bons produits et je fais des rencontres formidables.»

La ruche, distribution de lait fermier

Du volant à la fourchette

Mais ce qui marche le mieux, c’est encore le partage des biens les plus coûteux à l’achat. En tête de liste : voiture et logement. Et le covoiturage de faire ses preuves depuis plusieurs années déjà. Covoiturage.fr, leader dans le domaine existe depuis quatre ans et fait des émules dans tout l’Hexagone, y compris à Toulouse. Une dizaine de tacots quitte chaque jour la ville rose avec à bord des inconnus en phase de présentation. Le principe d’amortissement du véhicule personnel se déploie jusqu’à la location de particulier à particulier, histoire de rentabiliser sa berline restée trop longtemps au garage. Autre frais majeur : le loyer. Elodie, journaliste freelance depuis trois ans, peste contre le temps qu’il lui a fallu pour se décider elle aussi à partager : «J’ai longtemps travaillé chez moi, dans la solitude et l’ennui puis j’ai sauté le pas du «co-working». C’est un espace de rencontre, un cadre plus motivant pour travailler. A la clef ? On partage bien plus qu’un loyer : opinions, contacts, déjeuners, coup de blues…» Plusieurs sites internet pour se faire une place : bureauxapartager.com ou encore cobureau.com. Fort d’un business détonant sur la toile, les internautes se sentent pousser des ailes… et vont jusqu’à prendre rendez-vous en ligne pour… Déjeuner ! «Le colunching (ou codining) débarque en promettant de redonner ses lettres de noblesse à la pause déjeuner et fait mouche avec déjà plus d’une centaine d’adeptes à Toulouse. Même principe pour les destinations de vacances. Trouver une location estivale à partager avec d’autres ? Rien de plus simple avec colocationdevacances.com et websideholidays.fr. Charles et Lisa, racontent : «Le plus important est de remplir précisément et honnêtement son profil, afin d’éviter les mélanges gênants  du style fêtard/casanier, fumeur/non fumeur, etc.» Si ces pratiques basées sur le troc et l’échange organisé ne sont que d’anciens us et coutumes revisités par la toile, certains rejetons de cette nouvelle tendance collaborative sont inédits. Ainsi le financement collaboratif qui débarque sur la toile et risque de faire des émules. Prêt-dunion.fr, par exemple, innove en proposant la première plateforme de crédit entre particulier. Et ce n’est que la partie immergée de l’iceberg, puisque tout-un-chacun peut aujourd’hui financer son projet quel qu’il soit grâce au crowdfunding. Le principe est simple : multiplier de petites sommes collectées auprès des internautes afin de rassembler des fonds assez importants pour lancer sa petite entreprise. Ces nouveaux consommateurs n’ont a priori rien en commun, nonobstant un unique point de convergence : la maîtrise indispensable d’internet qui entérine un système et lui confère une portée bien au-delà de l’ancienne méthode… Façon place du marché. Contre toute attente, la toile donne donc un nouveau souffle aux échanges humains. Exit le complexe du geek isolé derrière son écran ! Le monde appartiendrait-il donc à ceux qui cliquent ?

Aurélie Renne



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.