Les retraites par le petit bout de la lorgnette

Depuis plusieurs mois, le J.T s’efforce de vous tenir informés sur le projet de réforme des retraites. Le rôle de la presse, tel que nous le concevons, est de vous donner de façon aussi claire que possible les moyens de vous forger une opinion en prenant du recul vis-à-vis d’un matraquage médiatique hors du commun.

 
Le matraquage

Ce sont 500 millions d’euros qui ont été consacrés par le gouvernement au formatage des esprits pour faire accepter par l’opinion l’idée que vivant plus longtemps, il fallait forcément travailler plus longtemps, à rapprocher du travailler plus pour que d’autres gagnent plus… Alors tout devenait possible, repousser l’âge de départ à la retraite de 60 à 62 ans voire 65 en 2020 devenait une formalité. Ce qui est oublié, bien que présent dans les éléments publiés par l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques), c’est que l’espérance de vie “en bonne santé” est de 63,1 ans pour les hommes et de 64,2 ans pour les femmes… Est-il concevable de passer directement du monde professionnel à celui du médicalisé ? Ils nous disent : «Regardez les autres pays, ils font pareil ou pire… 65 ans en Allemagne… Idem en Italie». Oui mais, en Allemagne en 2029, il faudra attendre 67 ans sauf qu’il suffira d’avoir cotisé 35 ans pour partir à 61 ans. En Italie, on partira en 2020 à 65 ans sauf si on a cotisé 36 ans alors, 61 ans suffiront. Au Royaume Uni, 30 ans de cotisations suffisent et aux USA il en faut 35. En France ce sont en 2020, 63 ans et 43 ans de cotisations qui seront exigés… Nous serons le pays le plus dur en matière de régime retraite. Pas étonnant que les sondages montrent que 76 % des Français ne croient pas au bien fondé de cette réforme…

La réalité du terrain

17 % de nos jeunes sont au chômage bénéficiant pour certains des aides publiques ou à la charge des parents ou grands-parents. 60 % des plus de 55 ans sont en recherche d’emplois avec une augmentation de 17 % en 2009. En reculant de 2 ans l’âge de départ, ce sont autant de séniors qui viendront grossir les rangs de Pôle-Emploi transférant les charges des caisses retraites vers l’Assedic. Est-ce bien sérieux ? Pour celles et ceux qui usés par une santé précaire (on ne choisit pas) ou des travaux pénibles ne pourront plus assumer, cela se traduira par des arrêts maladie, et donc nous creuserons un peu plus les 30 milliards de déficit annoncé pour 2010 de la sécurité sociale. Où est le gain tant au plan comptable qu’humain ?

62 ans, un faux problème

Nous avons tous compris depuis le début qu’il y avait deux paramètres à mettre en évidence : l’âge de départ légal et la durée de cotisations. A l’analyse, les deux sont très liés car si le nombre de trimestres exigés est important, le premier ne veut plus rien dire. Nous poussons depuis des décennies nos jeunes vers des études longues souvent d’ailleurs sans réels débouchés, retardant de fait leur tentative d’entrée dans le monde du travail. Ainsi la moyenne d’entrée dans la vie active est de 22 ans et si vous ajoutez 41 ans de cotisations vous obtenez 63 ans et ne parlons pas de celles et ceux qui suivent des études dites longues (masters, doctorants, ingénieurs…) qui “sortent” à 25 ans et qui devront travailler jusqu’à 66 ans et plus… L’analyse des chiffres évoqués ci-dessus montre bien que si les autres pays souvent cités en exemple exigent en terme de durée de cotisation moins de 40 ans, ce n’est pas le hasard car l’histoire nous montre que le progrès technique générateur de productivité conduit à une baisse du temps de travail et non pas à son allongement.

 

Les grands oubliés

Si l’on parle peu des jeunes dans ce débat, on ne parle pas du tout du 4ème âge, de celles et ceux qui ayant profité de leur temps de retraite (de plus en plus court) en bonne santé doivent en fin de parcours, se tourner vers les aides à domicile et les Etablissements pour l’Hébergement des Personnes Agées Dépendantes (EHPAD). Avec une moyenne en France de 1 122 € par mois de retraite dont seulement 825 € pour les femmes, difficile de penser accéder aux fameuses EHPAD dont le coût mensuel avoisine les 2 000 € par mois pour les établissements dits publics et plus pour les privés. Un récent rapport de la Chambre Régionales des Comptes, vient de mettre en lumière le déséquilibre entre les moyens des Français et l’offre de ce type d’établissement en termes de possibilité de financement. La réforme des retraites qui risque de voir partir des gens avec des décotes car n’ayant pas pu cotiser suffisamment longtemps va de façon mécani-que se traduire par une baisse des revenus et donc viendra aggraver le besoin d’aide sociale distribuée par les C.Généraux sous forme d’APA ou autre. On est encore dans un transfert des dépenses !

Avis de citoyen

Il faut singulièrement manquer de modestie pour croire régler en moins de 6 mois le difficile problème des retraites alors que les autres pays y ont consacré plusieurs années voire décennies. Le Président avait dit «mettons tout à plat». Banco, mais alors prenons le temps du dialogue et non pas du monologue et traitons globalement de l’emploi des jeunes, des séniors, de l’impact d’un tel projet sur les autres grands chapitres, comme l’Assedic, les caisses maladies et prenons des décisions globales concertées basées sur l’intérêt public et non pas sur des considérations électoralistes. Faudra-t-il qu’après avoir contribué à la richesse de la France, nos aînés émigrent vers l’Afrique pour pouvoir vivre leur fin de vie dans des conditions acceptables ? Il se dit que les grands prédateurs de la finance commencent à investir dans des “maisons de retraite” africaines. Sûrement une rumeur…



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