« Les pédiatres désertent les zones rurales »

Le professeur Patrick Tounian est pédiatre à Paris et secrétaire général de la Société Française de Pédiatrie. Il était présent au Congrès réunissant les professionnels de la médecine infantile à Toulouse il y a quelques jours. Il fait le point pour nous sur les enjeux à venir et donne les conseils nécessaires à de jeunes parents.

 
Professeur, quel est le but d’un tel congrès ?
Il s’agit d’un rendez-vous annuel qui réunit le plus de pédiatres possible et à chaque congrès nous changeons de ville. La pédiatrie est un secteur très vaste et il est difficile d’en aborder tous les pans, d’où cette rencontre entre professionnels pour échanger sur les dernières recherches, pratiques, innovations… Tout évolue de jour en jour.

Quel état des lieux faites-vous de votre profession ?

Il est très mauvais. Les praticiens sont de moins en moins nombreux et cela ne s’arrangera pas dans les années à venir avec des vagues de départ à la retraite. De grandes régions de France n’ont plus de pédiatres car ils désertent les zones rurales. Les parents ont donc tendance à se tourner vers les médecins généralistes qui sont eux-mêmes débordés. Le phénomène est même présent à Toulouse où les médecins vont être obligés de sélectionner les patients. Chaque individu doit avoir le droit de choisir pour son enfant un pédiatre ou un généraliste. Or, beaucoup ne peuvent pas, ce qui entraîne une inégalité.

Que demandez-vous pour remédier à ces problèmes et répondre aux enjeux futurs ?
On ne forme que 200 pédiatres par an et nous voudrions que le quota soit monté à 250 voire 300, d’autant plus qu’il n’y a vraiment pas de crise de vocation. Cela permettrait à peine de combler les départs à la retraite. L’autre problème que l’on ne soulève pas encore, c’est l’aspect chronophage de la profession. On passe énormément de temps avec chaque enfant alors que nous faisons partie des médecins les moins bien payés. Il ne faut pas que la pédiatrie devienne un métier à la chaîne où l’on bâcle son travail.

Ne pas se fier aux idées reçues sur la vaccination

Quels sont les grands thèmes qui vous préoccupent aujourd’hui dans la prise en charge de l’enfant ?

Ce sont toujours les mêmes : la vaccination, surtout dans le sud de la France où il faut faire toujours plus de prévention, la prise en charge des enfants en difficultés ou maltraités, le développement psychomoteur et la nutrition.

Concernant la nutrition, l’obésité infantile est-elle en progression ?
Je suis spécialisé en nutrition et je peux vous dire qu’en 20 ans d’exercice, les choses ont énormément évolué. La médecine est une remise en question perpétuelle. En nutrition, tout le monde a son avis : les parents et les spécialistes. Il faut éviter les dogmes tout en sachant que les pédiatres sont aujourd’hui très bien formés dans ce domaine.

De plus en plus de parents ne veulent pas vacciner leurs enfants par peur des conséquences à long terme. Que leur répondez-vous ?
Nous disposons en France de la meilleure médecine du monde, d’organismes très sérieux voire pointilleux. Au moindre risque comme avec les OGM ou les relais téléphoniques, les experts conseillent le ministère de la Santé. Au moindre doute, on interdit. Donc si les vaccins sont permis, c’est que le risque est nul. Il ne faut pas se fier aux idées reçues et rassurer la population.

Grippe A : attendons la rentrée

Faut-il s’inquiéter à la rentrée d’une grosse épidémie de grippe A H1/N1 ?
Les gens sont inquiets car les jeunes sont très touchés, comme on l’a vu à Toulouse dernièrement. Pourtant, ce virus entraîne une grippe banale mais estivale, qui tue moins que la grippe saisonnière. Le virus va-t-il muter ? On l’ignore. Faudra-t-il vacciner toute la France ? On l’ignore. On parle beaucoup de la rentrée car c’est à ce moment-là que l’on y verra plus clair. Mais en France, nous pouvons encore une fois nous targuer de disposer d’un système de santé sérieux et encadré.

Auriez-vous des conseils à donner à de jeunes parents à l’approche de l’été ?
Quand on voyage dans les pays chauds, il faut prendre certaines précautions : ne pas faire de bronzage intensif avec ses enfants, surtout chez les très jeunes, ne pas leur faire boire de l’eau du robinet, ne pas leur donner de fruits et légumes non pelés ou non cuits. Il ne faut pas non plus donner de viande hachée crue ou de fromage à base de lait cru aux moins de 5 ans. Enfin, il faut toujours avoir avec soi un soluté de réhydratation orale pour les moins de 18 mois en cas de diarrhées aigues. Mais toutes ces recommandations sont valables toutes l’année.

Propos recueillis
par Sophie Orus




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