Les mobiles interdits à l’école

Après la lutte contre l’école buissonnière, ce sont les téléphones portables qui sont aujourd’hui dans le collimateur des autorités. Leur interdiction avant l’entrée au lycée pour une question de santé publique vient d’être prononcée par les sénateurs.

 
Il en va de la santé de nos chères têtes blondes. Dans le cadre du projet de loi sur le Grenelle 2 de l’environnement, le Sénat vient d’interdire les portables en maternelle, primaire et collège.
Une population a priori davantage exposée au risque de cancer du cerveau en raison des rayonnements électromagnétiques qui y pénètreraient plus facilement.
En décidant de cette mesure dite de précaution dans l’enceinte des établissements, la Haute Assemblée est allée plus loin que ce qu’avaient préconisé le ministre de l’Education Luc Chatel et la Secrétaire d’Etat à l’économie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet : «Il faut bannir l’usage du portable pendant le temps scolaire, mais ne pas l’exclure des cartables, puisqu’il peut servir de lien entre enfants et parents après les cours, surtout dans les cas de familles recomposées».
Mais la santé est-elle le seul véritable argument ? Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN, principal syndicat des chefs d’établissements en doute : «On peut se demander pourquoi le portable est dangereux pour un collégien et ne l’est plus pour un lycéen, mais ce à quoi tout le monde pense aujourd’hui, c’est l’influence des portables sur la perturbation des classes», et la minimisant, «En pleine réunion, y compris en politique, on voit beaucoup d’adultes consulter leurs messages. C’est peut-être dans les salles de classe que les comportements sont en fait les plus corrects !» Une interdiction difficile à appliquer pour P. Tournier pour qui le Sénat fait preuve «d’un manque de réalisme quant aux conditions réelles de fonctionnement des établissements. (…) Dans les collèges et les lycées, l’usage des portables est interdit pendant les cours. Quant aux espaces communs, c’est plus variable, mais la règle générale est la tolérance. Si la loi pose une interdiction à caractère général, se posera la question de son application. On sait qu’aucun juge, nulle part, ne sanctionnera ce genre de manquement. Et comment vérifiera-t-on cette interdiction, alors que nous avons très peu de personnels de surveillance ? Est-ce que surveiller les élèves qui téléphonent dans les cours de récréation est vraiment la priorité ?»

Des parents heureux

Question de santé ou autre, du côté des parents d’élèves, le consensus est de mise. La FCPE (classée à gauche) et la Peep (classée à droite) sont favorables à ce que les élèves coupent leur téléphone portable à l’entrée de l’établissement et ne le rallument qu’après la sortie. Elles insistent sur la sensibilisation préalable des élèves à ce sujet, et sur le fait que les professeurs «montrent l’exemple en coupant aussi leur portable en classe».
Pour Béatrice Barraud, Présidente nationale de l’Apel (Association des Parents d’élèves de l’Enseignement Libre) : «On ne peut pas à la fois s’insurger contre des emplacements d’antennes relais trop proches des écoles et laisser nos enfants subir les ondes de leurs propres téléphones portables dans l’enceinte scolaire. Donc au nom même du principe de précaution, il apparaît normal et nécessaire que l’usage du téléphone portable soit interdit dans l’enceinte scolaire, car toutes les études montrent l’impact néfaste des ondes sur le cerveau des jeunes enfants et adolescents. Que le téléphone portable soit interdit en classe est une bonne mesure, cet outil ne faisant pas partie de la trousse de l’écolier. Les parents en scolarisant leur enfant font confiance à l’école qui elle-même met en place un dispositif pour alerter les parents en cas de besoin. Par le passage au bureau de la vie scolaire l’élève et sa famille peuvent être mis en relation par l’utilisation de la ligne téléphonique de l’établissement. Par ailleurs, les autres usages possibles des téléphones portables (photo, film, enregistrement…) s’en trouveront, de fait, limité ; ce qui permettra de prévenir certaines dérives qu’on a pu constater par des usages abusifs (respect des personnes, droit à l’image…) des téléphones portables.»
Satisfaction également des enseignants à l’image du syndicat Snalc-CSEN qui prône des «espaces dédiés» dans les établissements sous la surveillance d’un adulte.

 


Pour qui sonne le glas

En revanche, pour les principaux intéressés, les ados, ce serait plutôt du genre «pour qui sonne le glas». En effet, un sondage TNS Sofres pour Action Innocence (Association pour la protection de l’enfance) et l’Union Nationale des Associations Familiales rendu public la semaine dernière révèle que le portable est un objet qui fait partie de leur quotidien et dont ils adolescents s’imaginent mal pouvoir se passer. Ils sont 73 % des 12-17 ans à en posséder un, 54 % disent qu’il peut leur arriver de recevoir un appel ou un message en cours, et 47 % à l’utiliser pendant la classe.
Sur les risques liés à la santé, l’institut apporte également un éclairage et des chiffres éloquents : 41 % des enfants interrogés ne parlent jamais des risques liés à la santé avec leurs parents. Et même si les campagnes d’information sont écoutées (ils sont 32 % à répondre spontanément craindre des répercussions sur leur santé), elles semblent malgré tout peu efficaces puisque 77 % savent qu’il est conseillé d’utiliser un kit oreillette pour téléphoner ou prendre ses appels mais 66 % ne le font jamais.
Autre interdiction, toujours à propos des mobiles : toute publicité visant les enfants de 14 ans et moins. Reste maintenant pour l’ensemble de ces dispositions de recevoir l’aval des députés. Réponse dans les prochaines semaines.

Claire Manaud


Sondage réalisé du 17 au 19 septembre
par téléphone auprès d’un échantillon national
de 500 adolescents âgés de 12 à 17 ans,
selon la méthode des quotas




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