Les maraichers revendiquent le droit de vendre des « légumes clandestins »

Les petits maraîchers de la région, accompagnés d’élus écologistes ont manifesté mardi dernier dans les rues de Toulouse. Parti du Capitole, le cortège s’est rendu devant le siège de la répression des fraudes (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes, exactement) à Compans Caffarelli. Celle-ci menace les maraîchers de sanctions pour la vente de plants non-inscrits au catalogue officiel. Explications.

Des plants de tomates « clandestins » à la main, les manifestants sont résolus à démontrer le ridicule de la situation. « Les maraichers ont de tout temps ressemé leur propre semence. C’est un droit ancestral », estime Patrick Kochko, coordinateur du Réseau Semences Paysannes, et paysan dans le Lot-et Garonne. Mais la DGCCRF ne l’entend pas de cette oreille, car si les plants ne sont pas inscrits au catalogue officiel des espèces et variétés, ils sont interdits à la vente. En outre, une carte professionnelle de semencier est également obligatoire. Une ineptie pour Michel Metz, membre du même Réseau et du Collectif anti-OGM 31 : « C’est une activité annexe pour les maraichers, à cette saison ils vendent, en plus de leurs légumes habituels, quelques plants qu’ils ont eu à droite à gauche ». Ce catalogue officiel a été mis en place par l’Union européenne en 1970,  « mais jusque là, la répression des fraudes était tolérante tant qu’on était en dessous des 10 000 plants », explique Michel Metz.

« Je vends des plants illégaux, verbalisez-moi ! »

Aujourd’hui, le ton se durcit. Des agents ont rendu visite fin mai dernier à des maraichers ariégeois, les menaçant d’une amende de 450 euros, s’ils ne se conformaient aux règles. Des contrôles qui ne sont pas exempts de tout soupçon, selon les manifestants… « Le contrôleur était en fait un salarié de l’interprofession des semenciers qui agissait pour le compte de la répression des fraudes. Il y a conflit d’intérêts ! », clame Michel Metz (l’interprofession défend les intérêts des semenciers professionnels qui ne voient pas d’un bon œil les ventes « clandestines » des maraichers, ndlr). En signe de protestation, ces petits producteurs ont décidé de lancer un mouvement de « comparutions volontaires », comme l’explique Philippe Catinaud, co-président du Réseau Semences Paysannes : « Le but est de dire à l’administration, je vends des plants illégaux verbalisez-moi ! On va établir une liste de personnes d’accord, si on est beaucoup ça va faire du bruit et ce ne sera pas une bonne publicité pour eux. »

Et la biodiversité ?

Au-delà de la verbalisation, il y a un véritable débat de fond qui touche à la défense de la biodiversité. En effet, si tous les paysans se cantonnent au catalogue officiel, les variétés non-inscrites cultivées par ces petits maraichers vont disparaître. Sachant que l’inscription dans ce registre est une procédure coûteuse. « Quelle agriculture voulons-nous ? S’interroge Antoine Maurice, président du groupe Europe Ecologie-Les Verts à la mairie de Toulouse, la France peut peser pour imposer une autre logique et défendre la relocalisation de l’agriculture. Mais les verts sont les seuls à le proposer. »

Dans l’après-midi, une délégation de manifestants a été reçue par la DIRECCTE (Direction régionale qui comprend la répression des fraudes ndrl), dont Michel Metz faisait partie : « Nous leur avons exposé toutes les problématiques. Ils ont confirmé que les contrôles étaient bien effectués par des salariés de l’interprofessionnel des semenciers. En ce qui concerne la biodiversité, il n’avait pas conscience de ce problème. Ils nous répondent qu’ils appliquent la réglementation. De notre côté, on les a prévenu que si les verbalisations se concrétisaient, on monterait d’un cran dans la désobéissance civile. » A noter que la réglementation européenne est en cours de réforme, et que la création de « niches » pour les variétés non-inscrites, est à l’étude.

 

Coralie Bombail

 



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