Les fortunes de Toulouse

A la force du poignet, ces Toulousains ont construit de véritables empires. Loin d’être des châteaux en Espagne, ils sont parvenus à pérenniser des savoir-faire, créer de l’emploi et faire la fierté de toute une région. Alors fortunés ? Peut-être. Ce qui est certain en revanche, c’est que ces personnalités ont fait la fortune de Toulouse. Portraits, classement et estimations.

 

 

 

 

Olivier Sadran: L’homme aux œufs d’or

 

L’actuel président du Toulouse FC, n’a pas attendu trop longtemps pour se faire une place au sein du monde de l’entreprise. Déjà patron d’une société à vingt-et-un ans à peine, il la revendra quelques années plus tard en réalisant une plus-value certaine. C’est en 1996 qu’il entre définitivement dans une autre sphère, l’année où il décide de fonder Catair, le spécialiste de la restauration aérienne. Prenant peu à peu le monopole du marché, il va étendre son business en rachetant d’autres entreprises comme les eaux minérales d’Alet, n’hésitant jamais à se diversifier avec notamment le réseau de crèches privées BébéBiz. Il prend les rênes du club de football de sa région en 2001, et s’impose parmi les présidents charismatiques en un temps record. Reconnu pour son manque de flexibilité quand il s’agit de vendre ses meilleurs éléments à des prix inférieurs au marché, il reste un businessman redoutable qui n’aime pas vendre à perte. Depuis juillet dernier, son groupe Catair, devenu Newrest entre temps (CA de 600 millions d’euros), surfe sur l’actualité économique. En répondant à un appel d’offres émis par la SNCF, il vient de signer un accord de cinq ans et s’est engagé à fournir les repas des voyageurs à bord des trains, moyennant un montant pharaonique de presque un milliard d’euros. Discret dans sa réussite professionnelle, ce Columérin de naissance s’y connaît en affaires, ce n’est plus un secret pour personne. Une réussite qu’il ne doit qu’à lui-même et à ses convictions. L’homme sait s’appuyer sur un entourage de confiance. Sa fortune personnelle est estimée à 110 millions d’euros.

 

 

 

Georges Colson et Marie-Christine Chaubet, héritiers du fondateur de Fram

 

Georges Colson et sa belle-sœur Marie-Christine Chaubet réalisent l’essentiel de leur carrière professionnelle au sein de groupe Fram. Respectivement nés en mars 1937, à Saint Gaudens et en 1947 à Toulouse, ces natifs du pays deviennent rapidement les têtes pensantes de l’empire Fram. Au coude à coude pendant plusieurs décennies, la saga familiale Fram s’est déroulée sur fond d’épopée financière conflictuelle. Ils sont encore aujourd’hui les actionnaires de référence du groupe. Philippe Polderman (père de Marie-Christine Chaubet) dirigeant de l’entreprise familiale aura transmis toutes les ficelles du métier à sa fille et son gendre. Georges Colson après un cursus à Sup de co et fraîchement diplômé de Sciences politiques devient chef du service commercial du groupe en 1963 puis le début des années 90 voit l’homme décrocher le titre du président directeur général de Fram, pour arriver à la tête du conseil de surveillance de 2005 à 2012. Marie-Christine Chaubet nommée directrice des ventes puis directrice commerciale dans un premier temps est nommée directrice générale en 1991 avant de devenir directrice générale du directoire du groupe Fram en 1999. Le duo prend alors part à toutes les grandes décisions stratégiques de la société. En contrôlant encore aujourd’hui 79% de Fram (à parts équivalentes), les héritiers du fondateur sont à la tête d’une fortune estimée à plus de 78 millions d’euros. En 2011, le magazine Challenges les intègre une nouvelle fois dans son célèbre classement des fortunes françaises -bien qu’ayant perdu quelques places- à la 479e place sur 500. Le groupe qui a subi quelques aléas ces dernières années, annonce en 2011 un chiffre d’affaires de 441,7 millions d’euros, affichant néanmoins une perte de 23,4 millions d’euros, après un déficit de plus de 13 millions en 2010. Georges Colson et Marie-Christine Chaubet qui ont aujourd’hui outrepassé leurs désaccords, siègent ensemble au conseil de surveillance mais ont renoncé à toute tâche opérationnelle.

 

Michel Réglat: Histoire d’une « fast-réussite »

 

A 58 ans, Michel Réglat est à la tête de 19 restaurants Mc Donald sur l’agglomération toulousaine, dégageant 75 millions d’euros de chiffre d’affaires. Toutefois, l’homme ne se considère pas comme un businessman averti : « j’aurais tendance à dire que j’ai eu de la chance et peut-être un peu de flair ! » Humble, il reconnaît aisément qu’il est issu d’une génération qui n’a pas connu les difficultés contemporaines : « dans les années 1980, il suffisait d’ouvrir pour que cela fonctionne ! » Pour autant, Michel Réglat a su développer ses franchises intelligemment et confesse aujourd’hui, « être parti de rien. Lorsque j’ai souhaité ouvrir mon premier Mc Do, j’avais besoin de 120 000 francs pour m’installer mais aucun banquier ne voulait me suivre… maintenant, ils se bousculent à ma porte ! » Finalement, en avril 1982, il place la première enseigne Mc Donald sur la Place du Capitole, en lieu et place de la brasserie de ses parents qu’il a vendue au groupe américain pour « 3 millions de francs. » Pourtant, dans les premiers temps, Michel Réglat ne souhaitait pas gérer cette première franchise toulousaine et aurait préféré intégrer une chaîne hôtelière. Car, loin des fast-food, il se destinait plutôt à une carrière de management pour laquelle il obtient un MBA à la Cornell University (Etat de New-York). Des millions de hamburgers, et 31 ans plus tard, il peut se féliciter d’avoir « choisi la bonne route et d’avoir fait partie des gens présents au bon moment ! »

 

Pierre Chassaigne: Le patrimoine pour patrimoine

 

Président fondateur du Groupe Mercure, qui compte désormais vingt directions régionales couvrant l’Hexagone avec de nombreux correspondants étrangers à travers le monde, Pierre Chassaigne aime à rappeler que c’est à force de travail qu’il est parvenu à bâtir un empire immobilier, aujourd’hui leader national des ventes sur le créneau des belles demeures, châteaux, forêts, chasses et beaux appartements.  Issu d’une famille de huit enfants, Pierre Chassaigne a toujours été habitué à se lever tôt et porte la valeur « travail » comme un étendard. « Mes origines volcaniques m’ont donné le sens des affaires » confie-t-il. Cet amoureux du patrimoine français a pourtant débuté sa carrière, de par sa formation d’agronome, au ministère de l’agriculture et dans l’agroalimentaire. Mais l’appel de la pierre est trop fort et il rachète, en 1980, l’agence Mercure qui occupait la Place Wilson depuis 1936. Accompagné par l’ancien propriétaire, le temps d’obtenir les diplômes de droit nécessaires, il s’aperçoit rapidement que l’immobilier classique n’est pas fait pour lui. Pierre Chassaigne souhaite évoluer dans le haut-de-gamme et la propriété rurale. Par la suite, il n’aura de cesse de développer de nouvelles agences régionales, avec des membres de sa famille ou des amis avec lesquels il s’associe, pour tisser et étendre son entreprise, qui deviendra plus tard le Groupe Mercure. Ce dernier réalise aujourd’hui 300 millions d’euros de chiffre d’affaires. « Je suis fier de mon parcours car j’ai réussi en travaillant dur, à force de passion, de sérieux et d’honnêteté », précise-t-il. « Mon objectif atteint, je me suis retiré dans mon Auvergne natale» explique Pierre Chassaigne, tout en assurant une transmission familiale. Le groupe Mercure est désormais aux mains de sa fille, Anne Chassaigne-de la Sauzay : « C’est ma plus belle réussite ».

 

 

Pierre Fabre: Une fortune sous forme de fondation

 

Il n’était pas Toulousain, mais pas si éloigné non plus… L’industriel tarnais, décédé le 20 juillet dernier, avait fait de son nom un empire mondial, et un gros pourvoyeur d’emplois sur la place toulousaine. Pierre Fabre était d’ailleurs de loin la première fortune de Midi-Pyrénées, estimée à plus de 500 millions d’euros. Celui qui avait commencé comme simple pharmacien dans le centre-ville de Castres, est parvenu à hisser son groupe à l’international, avec 10 000 collaborateurs à travers le monde. Si Pierre Fabre avait tout ficelé juridiquement pour favoriser la pérennité de cet empire pharmaceutique, il n’avait pas désigné de dauphin. Pourtant, dès son décès le groupe n’a connu aucune crise et c’est un fidèle du père fondateur, Pierre-Yves Revol, qui est devenu le président de la fondation et contrôle désormais le géant pharmaceutique. Célibataire endurci, Pierre Fabre n’avait pas d’héritier, et entre 2006 et 2008 il avait déjà transféré la majorité de ses titres à la fondation qui porte son nom. Une première dans le milieu des affaires… Un héritage conséquent transmis à une fondation. Du début à la fin Pierre Fabre n’aura jamais rien fait comme tout le monde. Sa fierté était sa propre réussite, et c’est finalement son entreprise et donc indirectement ses salariés qui ont  hérité de cette fortune colossale.

 

Remy Nauleau: Passion et innovation

 

Il y a un peu plus de six mois, Remy Nauleau, la soixantaine à peine entamée, mettait un point final à son aventure avec Leclerc. Une épopée de presque quarante années durant laquelle, comme il l’a confié à nos confrères de la Dépêche du midi, il a pu pleinement exprimer ses idées et ses méthodes. Ingénieur en automatisme de formation, passionné et créatif, il apporte à son enseigne de nombreuses innovations commerciales comme par exemple : Le manège à Bijoux, E. Leclerc Voyages, Ticket Leclerc ou encore le système de caisse enregistreuse dont tous les magasins Leclerc de France sont équipés. L’ancien pilote des magasins de Blagnac et de Saint Orens de Gameville, qui détient également des participations dans quelques magasins tarnais, a construit sa carrière étape par étape. Une carrière et une réussite placées aussi sous le signe de la famille, son épouse dirigerait le magasin Saint Oranais et l’un de ses cousins n’est autre qu’André Jaud, compagnon de route de la première heure d’Edouard Leclerc. A la veille de l’an 2000, sa fortune lui permet enfin de pouvoir céder à une autre de ses passions : le vin et il acquiert le Château-Cransac. Infatigable entrepreneur, doté d’un grand sens des affaires, Rémy Nauleau figurait en 2010 dans le classement des fortunes publié par le magazine Challenges, en seconde position au niveau régional et au 333e au niveau national.

 

 

 

 

Xavier Chausson: De l’imprimerie à l’immobilier

 

A 19 ans Xavier Chausson débute sa carrière professionnelle à Toulouse au sein de l’entreprise familiale spécialisée en imprimerie. Il y apprend toutes les ficelles du métier en s’initiant également aux fonctions de commercial. Six ans plus tard, il intègre une filiale du groupe « Hachette » dans laquelle il exerce une activité commerciale et des fonctions de management jusqu’en 1987. Puis, il saisit l’opportunité de travailler dans le domaine du conseil en patrimoine en intégrant une société de conseil en investissement, le Centre d’Etudes Financières. Après une année d’exercice, la direction commerciale de l’agence lui est confiée. Et seulement six mois après ses nouvelles fonctions, il a pour mission de développer plusieurs centres de profit dans différentes villes de France. Mais l’ambitieux Xavier Chausson n’en reste pas là. Désireux de créer son entreprise, il saute le pas en 1992. Il fonde « Conseil et Finance », devenu « Groupe Omnium Finance » spécialisé dans la fourniture, le conseil et le financement de plusieurs entreprises dans le secteur immobilier. Président du conseil d’administration, il élargit les activités du groupe en 1999 à l’administration de biens, la promotion immobilière interne et aux activités de courtage en crédit et en placements immobiliers. En 2011, Xavier Chausson libère la présidence d’Omnium Finance France afin de mettre en place de nouvelles stratégies indispensables à la survie et au développement du groupe. Néanmoins, il en est toujours actionnaire à 85% et reste à la tête du conseil d’administration. A ce jour, Omnium Finance réalise 55 M€ de chiffre d’affaires et emploie 130 salariés selon nos confrères de la Dépêche du Midi.

 

 

 

L’œil de notre chroniqueur éco

Patrick Aubin s’en prend à la culture française

« On n’aime pas les riches ! La culture française est ainsi faite… Beaucoup d’entre nous pensent encore à l’Ancien Régime voire à la Révolution. Une époque où fortune et noblesse étaient synonymes. L’exemple récent est l’affaire Depardieu. On préfère voir des footballeurs s’enrichir, plutôt que d’applaudir des entrepreneurs ou des artistes qui réussissent. Cherchez l’erreur ! Il y a toujours chez nous une suspicion réelle de collision entre le monde de l’entreprise et le monde politique. Comme si l’enrichissement était toujours forcément malhonnête…  Aux USA, au contraire, personne n’a peur d’étaler sa fortune. L’argent n’a pas besoin d’y être caché. Mieux, il est valorisé, avec le fameux « rêve américain ».

 

 

Parmi les fortunes toulousaines se cachent quelques gagnants du PMU, ces dernières années au moins quatre personnes ont gagné plus de 100 000€.

 

Chiffre

2 440 974 d’€ est le patrimoine moyen des 2 223 Toulousains éligibles à l’ISF pour l’année 2011.



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