Les fesses froides

Tous les ans, on nous rabat les oreilles avec l’attribution d’une grande cause nationale ou internationale. Cette fois le prétexte se situerait sous la ceinture des enfants. L’emploi du conditionnel est justifié puisque le quart de page consacré au sujet par “Le Figaro” du 24/25 janvier indique que «2009, pourrait être l’année de l’abolition de la fessée». Sous entendu, rien n’est fait, mais ça chauffe. Façon de parler car, en fait, il semble que les mains sur les fesses ne sont pas prêtes à vivre leurs derniers assauts brûlants.

 
En effet, le même article précise que «le défi semble trop ambitieux pour 2009». Ces doutes se fondent sur des données chiffrées : 23 pays sur 192 ont légiféré et interdit les fessées, gifles et autres tapes. Rien n’est signalé sur les tapettes qui incontestablement sont, avant toute autre chose, une petite tape. C’était le thème d’une comptine qui a bercé notre enfance : «Le premier de nous deux qui rira, aura une tapette»… En Europe 18 pays sur 47 ont souscrit à la suppression de cette infamie et la France n’est pas signataire. Ouf, on l’a échappé belle, mais pour combien de temps ? Rien ne dit qu’à brève échéance il ne conviendra pas de suivre ceux qui actuellement développent leurs idées du haut vers le bas en faisant l’amalgame entre la brutalité et la fessée. Dans cet esprit, le Conseil de l’Europe veut faire approuver prochainement «une politique commune de stratégies intégrées contre la violence» (dixit Elda Moreno, Directrice du programme “Construire une Europe pour et avec les enfants”).

Grotesque !

Contre la violence d’accord, mais il ne faut pas la confondre avec la pan-pan cul-cul ! Ce serait mettre dans le même panier la fessée et les actes de brutalité que subissent certains enfants dans le monde. Grotesque. C’est ce même esprit qui anime le site “Ni claques, Ni fessées” où l’on ne manque pas de mettre à la casse les préceptes de ceux qui nous ont précédés. La Bible, Napoléon et de nombreux pays ont droit à une volée de bois vert sur une méthode éducative vexatoire. Il faut dire que je ne suis pas très objectif : j’ai toujours eu une certaine aversion pour tout ce qui est «Ni, Ni». Cela me rappelle ces merveilleuses années 68 et suivantes qui, comme tout le monde le sait maintenant, ont été riches d’enseignements et de niaiseries de toutes sortes. S’il est de notre devoir de développer les vertus de l’enfance, il est également nécessaire d’accorder crédit au comportement “adulte” des parents. La Société ne cesse de les culpabiliser. Or, dans la plupart des cas, les parents “font au mieux” pour remplir  leur mission. Ils sont en droit de se voir considérés comme des “éducateurs attentifs”. Et cela bien qu’il n’y ait pas d’école pour devenir “parents”. On est “parents” qu’une fois, et ce temps-là passe vite. Dès lors, laisser l’enfant “être acteur de sa vie” n’est pas le meilleur service que l’on puisse rendre à la génération à venir. Sérieusement, une fessée se doit-elle d’être réglementée et interdite par un législateur ? “Les adultes” sont aujourd’hui suffisamment “frustrés” pour qu’on n’en rajoute pas une couche en administrant à leur esprit délité une fessée en prime.

La tête haute

Il faut en finir avec les intentions malveillantes à l’égard de l’éducation reçue et des principes inculqués par les précédentes générations. Faire table rase du passé apporte-t-il la réponse aux problèmes et aux angoisses de la jeunesse ? Atermoyer ou ne pas adopter une ligne de conduite claire ; accepter de ne pas être respecté ; ne plus se comporter en maître aimé et vouloir absolument être considéré comme “un copain” plutôt que comme “adulte responsable”, sont les solutions préférées de ceux qui imaginent une vie de famille sans fessée bien que bouleversée par d’autres contraintes. Le divorce, la séparation et la “famille reconstituée” provoquent des chocs et des traumatismes bien plus graves qu’une fessée. Rien de tout cela n’est évoqué par les donneurs de leçons parentales qui envisagent de remplacer le bon sens par une espèce de guimauve à la sauce “psycho” qui mâchée et régurgitée serait instaurée, à tort, pour le bien de tous. En quelque sorte, pour résoudre les difficultés de l’enfance il semble préférable d’infantiliser les parents. Sans compter que “la fessée peut être morale”. Un mot, une phrase blessante laissent des traces pour la vie. De cela il n’est pas question non plus. Sans faire ici “l’éloge de la fessée”, je demande simplement la liberté parentale pour éviter que l’on demande encore au législateur d’intervenir dans les relations privées, sauf en cas de maltraitance qui exige une intervention urgente. La conséquence d’une réglementation de la “fessée” ne peut entraîner qu’elle nouvelle déresponsabilisation de parents qui pourront s’appuyer sur une moralité lissée, identique pour tous. C’est là d’une chimère égalitaire, éloignée de la diversité des êtres qui peut éventuellement déboucher sur la multiplication des maisons de correction, complice de l’ordre social et inévitable recours de l’Etat. Dès lors, je préfère que nos enfants aient demain la tête haute à défaut d’avoir eu, hier, les fesses froides.

Gérard Gorrias


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