Les empêcheurs de tourner en rond toulousains

Provocateurs, insolents, indisciplinés, décalés et indépendants. Des adjectifs qui qualifient chacun d’eux. Ils sont tous, dans leur catégorie respective, reconnus pour offrir un point de vue original, mais aussi pour poser les questions et les débats qui dérangent. Aimés ou détestés, on a besoin d’eux pour faire avancer les choses… Pascal Delmas, Bertrand Enjalbal, Jean-Christophe Sellin et Léa Encore Junior sont nécessaires à Toulouse, la rebelle. Par Thomas Simonian et Séverine Sarrat.

 

 

 

Bertrand Enjalbal, l’autre regard sur l’info toulousaine

Qui n’est pas tombé un jour sur un papier de « Carré d’info » en surfant ? Levez la main ! Pas grand monde… Un brin provoc’, parfois craint et souvent décalé, ce site fait souvent parler de lui. Voici l’un des visages de ceux qui se cachent derrière cette vision insolente de l’actu.

Sous leurs faux airs discrets et bienveillants, les fondateurs de « Carré d’info » ont secoué depuis plusieurs mois le monde médiatique toulousain. Bertrand Enjalbal est l’un des trublions à l’origine de ce site d’infos pas comme les autres… Un succès analysé avec recul, mais assumé : « Nous avons une tonalité sans doute différente, des angles et des choix rédactionnels que nous travaillons et une façon de titrer souvent décalée. On a peu de moyens, et donc on se fait connaître surtout par le bouche à oreille traditionnel, mais aussi par celui provoqué par les réseaux sociaux… » Avant l’aventure de « Carré d’info », Bertrand a connu le déclic journalistique au lycée, grâce à son prof d’économie qui lui avait conseillé de s’abonner à « Alternatives économiques». Il s’est alors mis à dévorer les journaux, tout en commençant à enchaîner stages, piges et CDD… Atypique Bertrand ? Sans aucun doute : « C’est plutôt drôle de bosser aujourd’hui sur le net, car au bahut, je n’y comprenais rien. J’ai eu mon premier ordi, puis internet assez tardivement. Mes potes me gravaient des CDs et je comprenais à peine ce que cela voulait dire… » Un comble pour celui qui est désormais avec ses complices l’un des héros de la toile toulousaine. « Carré d’info » est aussi le résultat d’une amitié, celle qui unit Bertrand à Xavier Lalu, née sur les bancs de Sciences-Po… Ensemble, ils vont même démarrer une aventure journalistique commune en commentant l’élection municipale de 2008 pour le site web du « Nouvel Observateur». Ensuite, c’est toujours en tandem qu’ils montent à Paris en rejoignant « commeaucinema.com », avant de voguer en solo chacun de leur côté. Bertrand a ainsi eu une expérience dans la société de production de Paul Amar, avant d’intégrer à Lyon la rédaction du « Progrès ». Xavier est passé lui par « Public Sénat » avant de revenir dans le sud via l’édition ariégeoise de « La Dépêche du Midi ». Sans doute rompus à une succession de contrats précaires, le lot de beaucoup trop de journalistes, Bertrand et Xavier ont finalement décidé de se retrouver sur les bords de Garonne pour créer « Carré d’info. » Ils sont aujourd’hui (avec désormais d’autres associés) une voix qui compte dans le paysage toulousain. Tant mieux !

 http://carredinfo.fr/

 

Jean-Christophe Sellin, le rebelle du Capitole

Turbulent au sein de l’équipe municipale de Pierre Cohen (« pour les prochaines municipales, nous allons œuvrer à ce qu’il y ait une liste unitaire à gauche du PS »), il est aussi un opposant farouche au FN dont il n’hésite pas à dire qu’au « bout du compte ça sera entre eux et nous dans l’Histoire. » Rien ne semble lui faire peur.

Originaire de la région parisienne, cet adolescent sans doute déjà en rébellion inconsciente vis-à-vis du système, entre à la LCR en 1979 en soutien à la révolution nicaraguayenne : « Le fait qu’un petit peuple dise non au géant américain m’a emballé.» Pourtant rien ne prédestinait ce fils « d’une petite bourgeoisie commerçante absolument pas de gauche » à devenir un révolutionnaire engagé et passionné. Autodidacte assumé, « je suis bac + 0 ! », le parcours militant de Jean-Christophe Sellin est jalonné de quatorze années passées à la LCR, puis d’un passage par le syndicalisme (FSU)… En 1996, des raisons familiales provoquent son arrivée en terres occitanes, et c’est ici, à Toulouse, qu’il fait le choix d’adhérer à la « Gauche socialiste », un mouvement initié par Julien Dray et un certain … Jean-Luc Mélenchon : « Je me suis tout de suite senti proche de lui, et nous avons alors noué une amitié indéfectible. » En effet, Jean-Christophe Sellin, resté toujours fidèle à son mentor, l’a suivi dans les divers mouvements qu’il a rejoints ou fondés : Nouveau Monde, La République sociale et bien entendu le dernier né, le Parti de Gauche. Aujourd’hui, celui qui se considère autant « Toulousain que citoyen du monde » vient d’entrer en opposition à la majorité de Pierre Cohen, dans laquelle il avait pourtant en charge la délégation de la musique, en posant un acte fort, celui de ne pas voter le budget : « Pourquoi pas l’unité de la gauche ? Mais je ne peux plus appartenir à une équipe municipale qui demande la solidarité gouvernementale. » Car Jean-Christophe est de ceux-là, fidèle à ses valeurs. Cela l’engage d’ailleurs pour l’avenir, et notamment pour les municipales à venir : « Je suis prêt à aller à la bataille… comme d’autres… mais moi tout particulièrement. » Ce père de famille garde cette foi, cette rage, qui en fait un politique atypique, voire parfois volontairement incontrôlable : « Nous mettons en cause la finance internationale et les salopards qui la mettent en œuvre. Ne cherchons plus les coupables de la crise, ils sont là ! »

 

Léa Encore Junior, héroïne de la génération podcast

 

Voici celle que les internautes s’arrachent. Une Toulousaine devenue l’un des visages de la nouvelle vague du rire… Les maux de notre société : Son arme.

Léa est une Toulousaine pure souche de 25 ans, au sourire aussi espiègle que l’esprit. Dès l’enfance, l’appât de la comédie la gagne, « petite, je faisais des spectacles tout le temps. Ma famille en avait vraiment marre. Avec un magnéto à piles, j’enregistrais déjà de fausses émissions radio.» Pourtant c’est bien de la cellule patriarcale qu’est sans doute venue la contamination : « Quand on fait ce type de métiers, il y a toujours un antécédent, un lien avec notre éducation. Quand on a des parents déconneurs cela dépeint forcément sur toi. C’est leur faute ! Et mon père était hyper fan des Nuls. » Une référence qui tombe à pic, car l’humour de Léa est bien de cette race-là. Certes potache, elle le revendique volontiers, mais non sans fond. C’est le constat que l’on peut aujourd’hui faire en visionnant ses podcasts vidéo… Elle y attaque même les femmes : « Les filles en 2013 sont vraiment de sales types ! Il y a des nanas qui se comportent comme des salauds, et des mecs qui sont peut-être plus sensibles qu’avant. On parle sans cesse d’un besoin d’égalité hommes-femmes, mais honnêtement, pour notre génération, c’est kif-kif… » Elle est comme ça Léa, éloignée des sentiers battus et des lieux communs. C’est en rentrant de deux années professionnelles passées sous le soleil espagnol, qu’elle décide de poster ses propres sketchs sur You Tube : « Je l’ai fait car je me suis vite rendue compte que les autres le faisaient à ma place. Je retrouvais mes vidéos en ligne. » A l’image désormais de Norman ou de Cyprien, la Toulousaine est devenue une vraie star du web, et ses podcasts font régulièrement le buzz ; le site de « Cosmopolitan » lui a même ouvert ses portes. « Tant que je continuerai à faire rire mes amis, je ne m’arrêterai pas, même si demain ça marche moins… Ce n’est pas un métier mais une passion.» La flamme est là, à chaque fin de phrase. Léa Encore Junior devrait donc continuer à provoquer des éclats de rire pour longtemps encore. Et en famille s’il vous plaît. Le père compose les musiques, et ses deux frères jouent souvent à ses côtés…

A retrouver sur la chaîne You Tube de Léa Encore Junior et sur www.cosmopolitan.fr (Cosmo TV)

 

Pascal Delmas, porte-parole de la colère

Propulsé sur le devant de la scène malgré lui, Pascal Delmas, délégué syndical CFDT de Sanofi, est devenu, depuis quelques mois, la voix des salariés toulousains.

 

Depuis 28 ans, Pascal Delmas arpente les couloirs de Sanofi et connaît par cœur les rouages et la politique du groupe. Entré d’abord en tant que technicien supérieur de laboratoire, il n’y intervient plus qu’en tant que délégué syndical CFDT, « car depuis l’annonce du projet de restructuration du groupe, il y a huit mois, je n’ai plus mis les pieds au labo, trop sollicité par les salariés inquiets, les négociations avec la direction et les relations avec les pouvoirs publics », constate-t-il. Multipliant les mandats syndicaux et les responsabilités, il n’est pourtant pas partisan de la reconnaissance personnelle et éprouve des difficultés à parler en son nom. « Je représente un collectif », explique-t-il, pourtant c’est bien lui qui se trouve sous les feux de la rampe, « peut-être parce que je suis le franc-tireur de mon organisation, je ne mâche pas mes mots et parfois, mes collègues doivent me freiner. » Il n’a pas hésité à traiter les membres de sa direction de « collabo » et ne regrette absolument rien. Pascal Delmas est comme cela, c’est d’ailleurs une marque de fabrique dans la famille : « Les Delmas ont un caractère difficile, c’est vrai, mais il en faut pour ne pas se laisser marcher sur les pieds », affirme-t-il. Pourtant, rien ne présageait d’un tel engagement syndical puisque ses parents, agriculteurs, n’y ont, eux, jamais songé, « ils ne comprennent même pas la démarche et nous évitons le sujet entre nous ! Moi-même je n’y avais pas particulièrement réfléchi avant que le Groupe Sanofi ne commence à démanteler ses structures. » D’abord, simple adhérent CFDT il y a dix ans, Pascal Delmas a gravi les échelons pour être aujourd’hui délégué central pour la recherche et élu au Comité d’Entreprise ainsi qu’au Comité Central d’Entreprise. Chez lui, l’engagement reste viscéral puisqu’avant même de prétendre à un mandat syndical, il s’impliquait dans les associations de quartier et de parents d’élèves. Puis, « quand mes deux filles, aujourd’hui âgées de 22 et 25 ans, ont été indépendantes, je me suis lancé à fond dans le syndicalisme », précise-t-il. Mais l’homme garde la tête sur les épaules et n’oublie pas que, lorsque « le problème Sanofi sera réglé, d’une manière ou d’une autre », il retombera dans l’ombre.

 

Des blogs qui font parler

La politique locale, les municipales en particulier, ont stimulé les zygomatiques de plusieurs internautes. Des blogs insolents, provocs, et souvent drôles sont devenus des incontournables. Parmi les meilleurs :

 

- danslavillerose.wordpress.com (animé par un certain Raoul Volfoni), une vision « Hara-Kiri » de la politique toulousaine. Sans pitié pour tout le monde (« Môssieur Moudenc pense-t-il à lui quand il dit « Arrêtez de faire les cons ! » ? », « Après 1839 jours de détention au Capitole, les socialistes toulousains n’ont toujours pas été libérés par Môssieur Cohen ! », « Chollet Marron ! ») Ce Raoul-là est également le spécialiste des interviews imaginaires. On adore !

 

- toulouse2014.tumblr.com, des animations vidéos absolument délirantes pour commenter l’actu politique des bords de Garonne. Parmi nos préférées « Quand le projet de l’opposition est solide … » postée le l9 mars ou bien encore « Quand je vois Chantal Dounot-Sobraques (UMP 31) applaudir au premier rang du meeting homophobe » postée le 14 mars. Ce blog est du lâchage complet, et ça fait du bien !

 

- cassouletland.over-blog.com, qui allie humour et fond. Un vrai contenu journalistique, avec un vrai point de vue. Preuve en est des papiers tels « Et si à Toulouse l’on pratiquait (enfin) l’insertion ? » L’auteur se cache derrière le pseudonyme de Marius Pinel, et c’est un éditorialiste de talent. Sa plume est acerbe : « La crise en Espagne est telle que nous ne pouvons que nous incliner devant les entreprises de trouver ici une partie d’activité qui n’existe plus là-bas. Pour autant sommes-nous démunis face à l’« envahisseur » ? Pas tout à fait et ceci grâce en particulier à un décret que la droite locale devrait connaître puisque mis en place par N. Sarkozy : la clause d’insertion. » Il y a du « Canard enchaîné » chez ce Marius.

 

- toulousoscopie.fr, voici le blog du dénommé Pino, le Zorro de la droite toulousaine. Partisan certes, mais drôle assurément… Notamment sur le BHNS : « Avis à la population ! Il reste encore quelques cartons d’invitation pour assister à la soirée événement « JC* superstar et son Superbus » au Zénith de Toulouse. »

 

A tous longue vie ! On a besoin de vous !

*Joel Carreiras

 

 

 

 



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