Les célibataires passés au Scan

Les chiffres sont sans appel : un Toulousain sur deux est célibataire. Il y aurait même plus de célibataires à Toulouse qu’à Paris ! Alors qui sont ces solos en mal d’amour ? Que font-ils pour rencontrer l’âme sœur ? Quelles sont les astuces pour favoriser la rencontre ?

Sandrine Follère est artiste. Et récidiviste en plus. Après une série d’œuvres sur les réseaux sociaux, elle réitère l’expérience en conviant cette fois-ci plus de 100 célibataires à se faire tirer le portrait. A la clef ? Une étude sur les solos de la ville rose, pas piquée des vers. Accompagnée d’une sociologue et d’une psychologue, elles ont décrypté, étudié, décortiqué les célibataires sous toutes leurs coutures. Et le résultat ne se fait pas attendre : «Aujourd’hui à Toulouse être célibataire c’est triste !», lance Erwane Monthubert, sociologue. Et notre artiste de rajouter : «Nous avons été surprises par la violence des relations humaines… Les personnes rencontrées sont assez cyniques concernant le célibat, je les ai écoutées me parler de ce que beaucoup qualifient de drame humain». C’est une enquête longue d’une année, qui permet à Erwane Monthubert d’établir plusieurs profils : «lle célibataire type n’existe pas, il y a certes beaucoup de femmes, et la tranche d’âge la plus concernée est celle des 30-49 ans. Mais au-delà de cette façade, les célibataires sont multiples et regroupent aussi bien la femme qui n’a pas encore d’enfant et qui cherche à tout prix son prince charmant, que le «prédateur», très présent à Toulouse, qui semble consommer la rencontre.» Et c’est sans compter, les divorcés, séparés et veufs qui ont construit une famille et cherchent aujourd’hui à partager quotidien et passions avec l’être cher.

Un syndrome urbain ?

«On remarque que plus on avance en âge, plus il est difficile de faire des rencontres amoureuses. Par ailleurs, à partir d’un certain âge, on constate un taux important de renoncement. Ces célibataires de plus de 50 ans, ne provoquent plus la rencontre.» C’est le cas d’Annick, 53 ans et célibataire depuis 18 ans : «J’ai bâti ma vie autour de mon célibat pour bien le vivre et à 90% de mon temps, je suis bien seule. De toute manière, je ne pense plus pouvoir vivre avec quelqu’un.» Une chose est sûre : les structures sociales traditionnelles ont encore largement cours. Car si les hommes revendiquent une sexualité conquérante, les femmes se retranchent vers la demande d’une union solide, de sentiments etc. «C’est la plus grande surprise de mon enquête», explique Erwane Monthubert, «les femmes sont bien moins affranchies que je ne le pensais». Des constats à modérer puisqu’il semble néanmoins que discours et comportements divergent sur le terrain. Notre sociologue a traîné sa loupe sur les échantillons présents dans la plupart des lieux de rencontres toulousains et les choses se sont révélées tout autres : «Finalement in situ les femmes sont plus enclines à la rencontre ponctuelle et a contrario, les hommes semblent avoir surévalué leur comportement». Avec plus de 200 000 âmes seules à Toulouse et une situation similaire à Bordeaux ou Paris, peut-on évoquer un syndrome de la grande ville ? Le facteur démographique explique en partie le taux impressionnant de célibataires à Toulouse : «Beaucoup de jeunes arrivent, généralement déjà célibataires et peuvent éprouver des difficultés à s’intégrer.» De plus, les CSP représentées à Toulouse sont particulières : l’agglomération réunit beaucoup de cadres supérieurs et de professions intellectuelles, particulièrement dans les domaines de la science et du spatial : «Un profil très ciblé, qui peut avoir du mal à s’ouvrir socialement…», ajoute Sandrine Follère.

A chacun son copain-couette

Finalement le célibat semble ne pas avoir pris une ride. Les femmes rêvent sagement au prince charmant tandis que les hommes enchaînent les conquêtes persuadés qu’un jour une perle rare leur fera abandonner cette vie décousue. «Si les aspirations ont peu changé, les comportements eux, se sont modifiés. Ainsi de nouvelles pratiques voient le jour. On note par exemple depuis quelques années la montée en puissance d’une compensation tout à fait particulière chez les célibataires», analyse Erwane Monthubert. Longtemps désigné par l’anglicisme «sex-friend», la solution du «copain couette» si elle n’est pas majoritaire, n’est pas non plus marginale. «Comment l’expliquer ? Les célibataires disposent aujourd’hui de nouveaux outils pour faire des rencontres». Sites internet et soirées célibataires ont notamment démocratisé ces pratiques consommatoires. Par ailleurs, l’enquête de Sandrine Follère et Erwane Monthubert révèle que «les célibataires rencontrés se sont tous inscrits un jour ou l’autre sur un site de rencontre».

Une véritable quête de l’idéal

Ces outils du troisième millénaire favorisent rencontre et «consommation», mais attention au revers de la médaille, car comme dans un rayon au supermarché, face à la diversité facile, les «acheteurs» se font de plus en plus exigeants et comparent à tout-va. Et nos célibataires s’entendent tous sur un point : des exigences extrêmement précises en terme d’idée du partenaire adéquat : «Les comportements sont complètement stéréotypés, on nage dans le conformisme ! Ils ont un idéal hors réalité qui les protège de la vraie relation et de ses désagréments : échecs, souffrances etc.» Une véritable quête de l’idéal en quelque sorte. «On remarque aussi une méfiance et un sentiment de trahison, qu’expriment les femmes en particulier. Et cela n’a rien d’étonnant lorsque l’on voit le nombre de faux célibataires inscrits sur les sites internet. Qui ne sont par ailleurs qu’un miroir de la vraie vie…» Sandrine Follère et Erwane Monthubert ne sont pas sorties indemnes de leur enquête : «L’immense majorité des solos n’est pas heureuse et nous avons été frappées de plein fouet par la misère humaine que représente le célibat, à Toulouse. S’ils sont pudiques au début, les célibataires révèlent rapidement leur solitude affective, qui est dramatique. Ce qui ressort, c’est que la vie est plus facile à deux que seul, encore plus dans une grande ville, qui rajoute des difficultés financières». Il faut dire que la société pousse à être en couple : «Il n’y a qu’à voir la différence sur sa feuille d’impôt lorsque qu’elle est remplie à deux ! En période de crise, c’est encore plus flagrant, la valeur refuge c’est le couple.» Bien sûr, il y a aussi des célibataires très heureux. C’est d’ailleurs le cas de Catherine, 39 ans. «Elle déclare vouloir des enfants dans l’absolu mais pas à n’importe quel prix», et ajoute que le célibat n’est pas une malédiction. «D’ailleurs», termine-t-elle, «le bonheur est hautement individuel». A méditer ?

Un cycle de conférences sur le thème du célibat mettra un point final à la série de portraits de Sandrine Follère, dès le 26 septembre à l’espace culturel Bonnefoy. Plus d’infos sur http://www.sandrine-follere.com



UN COMMENTAIRE SUR Les célibataires passés au Scan

  1. Speed dating Toulouse dit :

    Heureusement, il existe des possibilités de rencontre à Toulouse mais cela demande un peu d’investissemen t. Parfois, certains célibataires préfèrent leur quotidien bien réglé au danger que peut constituer le fait d’aller vers les autres…

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