«Les battants» de Lise Lacasse; «Un regard neuf pour un dernier bout de chemin»

Des êtres qui ne veulent pas se laisser entraîner par le poids des années, qui ont connu le deuil, la solitude et qui décident d’entamer  une nouvelle vie, de se découvrir de nouvelles passions. Les voyages, l’art, les transportent vers des horizons jusque-là méconnus. Ils s’aiment, se quittent, se retrouvent, leur appétit de revivre est décuplé. Ce sont les personnages de “Les Battants”, le tout dernier roman de la Québécoise Lise Lacasse.

 
“Les Battants” est à la fois un roman sombre et plein de vie, dans lequel les personnages repartent à zéro à l’orée de leur existence. Cette histoire correspond-elle à votre parcours personnel ? Qu’est-ce qui vous a donné l’envie, peut-être le besoin, de l’écrire ?
J’ai toujours admiré ceux qui, à la soixantaine, retrouvent un second souffle pour parcourir leur dernier bout de chemin avec un regard neuf. Tant d’options leur sont alors ouvertes, tant de rencontres deviennent alors possibles. Et en tant qu’auteure, suivre le cheminement de trois personnages animés par ce désir de renouveau, m’a procuré une immense joie.

Quel est votre objectif ? Changer le regard que notre société occidentale porte sur ceux que l’on appelle les seniors ? Leur dire peut-être à eux aussi que changer radicalement de vie est possible ?
Cette histoire est la leur et non la mienne. Je n’ai été qu’une oreille attentive à leur combat, à leurs attentes et à leurs victoires, que la voix qui s’est chargée de transmettre leur rage de vivre. Tout au long de ce roman, je n’ai eu qu’un seul but : créer des êtres crédibles et attachants, des êtres avec lesquels le lecteur partagera une belle aventure.

«Le désir de réaliser des rêves enfouis»

Les personnages principaux sont au nombre de trois : Olivier, Odilia et Judith. Duquel vous sentez-vous le plus proche ? Et pourquoi ?
Olivier est quand même le personnage dont je me sens le plus proche parce que, pour parvenir à ses fins, il a dû d’abord combler le vide de la perte de l’être auquel il tenait le plus au monde. Son profond désespoir et sa lutte déchirante ont alors suffi pour que, dès les premiers chapitres, je m’attache tout particulièrement à lui.

La nouvelle existence que vous leur offrez est sans contraintes, empreinte d’une liberté presque idyllique, lisse comme le visage d’Odilia ! Leurs sentiments pour autrui semblent désormais passer au second plan. Est-ce pour vous de l’égoïsme, une fuite en avant, cela traduit-il le commencement de la sagesse ou tout autre chose encore ?
Cette nouvelle existence n’est pas un cadeau que l’auteure offre à ses personnages mais un choix qu’ils ont eux-mêmes fait en toute lucidité. Le chemin qui les attend n’est pas sans embûches et ils le savent, mais leur désir de réaliser des rêves enfouis et de vivre à plein est encore plus fort. Quand on veut profiter de tout ce que la vie nous offre, comment est-il possible d’ignorer autrui? À l’approche de la soixantaine, les contacts ne sont peut-être plus aussi déterminants mais ils sont tout aussi nécessaires et bénéfiques. Odilia et Olivier y découvriront l’amitié, Judith l’amour.

 

«L’art et les voyages : deux principaux pôles d’attraction»

Le voyage et l’art sont deux de vos passions bien présentes dans ce livre. Quelle importance ont-elles dans votre vie ?
Les personnages, à travers des parcours différents, partagent en effet une même passion pour l’art dans ses diverses formes et le même désir de s’envoler le plus souvent possible vers d’autres horizons. En marge de l’écriture, dans ma vie, l’art et les voyages constituent aussi les deux principaux centres d’intérêt. Je ne pourrais pas plus me priver de l’un que de l’autre. À bord d’un avion, je n’éprouve plus que la hâte de découvrir et d’emplir mes yeux, mes oreilles et ma bouche, de couleurs, de sons et de saveurs jusqu’alors inconnues et en entrant dans un musée, je pénètre dans un monde qui tout en me nourrissant, m’éblouit et m’apaise.

Vous avez choisi la France comme principal lieu de pérégrination pour vos personnages. Quels rapports entretenez-vous avec notre pays, vous qui êtes Québécoise ?
Pour répondre à cette question permettez-moi de citer Olivier lorsqu’il arrive en France avec sa femme. «Elle qui avait toujours été casanière, en mettant le pied en sol français, elle aurait voulu tout voir en même temps. Elle rêvait depuis si longtemps de vivre en France que devant les rues étroites, les jardins cachés, les tours et les monuments, elle avait toujours l’impression de retrouver ce qui était enfoui en elle depuis des millénaires.»

Vous écrivez à propos d’Olivier, «Bordeaux et Toulouse ont disparu sans qu’il les voie». Est-ce l’un de vos regrets de n’avoir jamais visité Toulouse ? Qu’est-ce que notre ville évoque pour vous ?

Olivier traverse la France à toute vitesse parce que le souvenir de sa femme et des bons moments partagés renaissent de ville en ville. En quête d’oubli, s’il le pouvait, il irait au bout du monde. Il a dépassé Bordeaux, Toulouse et bien d’autres villes sans s’en rendre compte. Quant à moi j’ai séjourné à Toulouse à deux reprises, trois jours chaque fois. Trop peu pour découvrir et apprécier toutes les richesses de cette ville et je me promets d’y revenir.

Propos recueillis par Claire Manaud
“Les Battants” aux Editions du Marais



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