Les baromètres de l’âme

Il est des semaines particulières de l’actualité où un ensemble d’éléments convergent sans s’être apparemment donné rendez-vous au point de constituer pour un moment de l’Hiver 2010 “les baromètres de l’âme” : Simone Veil et Hubert Falco cosignent un article pour rappeler l’importance et l’impératif du devoir de mémoire concernant la Shoah à l’occasion du 65e anniversaire de la libération du Camp d’Auschwitz ; Christian Boltanski présente au Grand Palais une œuvre intitulée “Personnes” rassemblant 50 tonnes de vêtements usagés disposés selon une géométrie savante (69 rectangles et une pyramide de 20 mètres de haut, surmontée d’une grue qui jette en l’air des vêtements pris au hasard) : nouvelle expression artistique de la Shoah traduisant l’absence, la disparition (chaque vêtement ayant été celui d’un déporté ; chaque vêtement comme chacun des patronymes des disparus sur les plaques commémoratives et les Mémoriaux de la Déportation).

 
Comme une réponse imprévue mais immédiate aux vœux de Simone Veil et d’Hubert Falco. Au même moment Claude Lanzmann accuse le romancier Yannik Haenel, auteur d’un roman sur le résistant polonais Jan Karski de trahir l’Histoire (certains parlent même de “régression historiographique”) : Pierre Pachet rappelle opportunément que «l’écrivain peut faire résonner ces voix qu’on n’a pas entendues mais il est comptable de l’usage qu’il fait du passé». À chacun son roman de l’Histoire ; Bernard-Henri Lévy de son côté n’hésite pas à déclarer que «sur la Shoah, Pie XII a été plutôt le moins silencieux de tous. Sans avions ni canons il a plus dit et plus fait que Churchill, Roosevelt et de Gaulle réunis». Autant d’éléments aux fondements d’un existentialisme à toujours mieux interpréter surtout quand le Politique doit notamment faire face à la présentation par le NPA et Besancenot d’une jeune femme de 22 ans aux régionales qui ne voit aucune contradiction entre la décision de se voiler pour Dieu et celle de militer dans un parti.
D’inspiration trotskiste luttant contre le sexisme («l’avant-garde éclairée deviendrait-elle l’arrière-garde obscurantiste» ? se demande Caroline Fourest s’interrogeant sur la vraie signification du NPA : “Nouveau Parti Antiféministe”). Drôle de début de siècle décidément où “l’OVNI de la diversité”, Yazid Sabeg (selon Le Monde), commissaire à la Diversité et à l’égalité des chances reçoit un rapport sur la mesure de l’évaluation de la diversité et des discriminations (un énième rapport ou l’amorce d’une politique pour la conduire avec le volontarisme d’un Martin Hirsch ?) ; drôle d’année 2010 qui voit la Conférence des grandes écoles refuser d’instaurer un quota de boursiers dans les établissements qu’elle représente (comment dès lors, dans notre “welfare State” lutter au mieux contre les aspects pervers de la méritocratie qui laisse la grande majorité des déshérités, des discriminés au bord de la route ?) Drôle de début d’année qui voit les membres du Conseil Constitutionnel sortants (notamment Pierre Joxe et Domini- que Schnapper) offrir leurs réflexions sur l’Institution quitte à écorner quelque peu le devoir de réserve, le premier affirmant que «le Conseil Constitutionnel n’est pas une juridiction, c’est une instance politique» et le demi d’ouverture du XV d’Angleterre qui trouve des réponses à ses tourments et à ses incertitudes dans la physique quantique (cet infiniment petit des atomes et des particules élémentaires qui n’obéissent pas aux lois de la physique classique), le bouddhisme et l’autodérision.
Autant d’éléments comme les petits points d’un tableau impressionniste. En se reculant, avec l’aide des sondages, on découvre que le Chef de l’État est à son plus bas niveau (31 %) : «il y a un pilote, Sarkozy, clairement identifié. Mais a-t-il un cap ?» s’interroge Roland Cayrol qui ajoute «qu’on observe une protestation tristounette, un climat d’attente résignée… Il se produit mécaniquement un retour du PS… ainsi qu’une tentation de l’abstention». Que peut donc un pouvoir qui ne dit pas où il va et qui ne fournit pas les résultats escomptés ? Comme l’écrivait Edmond Jabès : «La question appelle ; la réponse tue !»

Stéphane Baumont


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