Les antipub à l’affiche

Jeudi 13 février Tanguy Aubé comparaissait devant le Tribunal de Grande Instance de Toulouse, suite à une plainte déposée par JC Decaux. Motif ? Avoir « déchiré des affiches » en juin dernier. Au-delà des 140 heures de travail d’intérêt général et des 950€ de dommages et intérêts, cette confrontation plonge Toulouse dans un débat trop longtemps tu : la gestion de la publicité est-elle raisonnable dans la ville rose ?

« Je m’attendais à ce que ça arrive un jour », explique l’accusé du jour, « on ne le faisait pas pour ça mais on s’était dit : si on doit aller au tribunal un jour, ce sera l’occasion de propulser la problématique de la pub sur la place publique. » Car ils sont déjà plusieurs dizaines à lutter contre l’invasion des réclames de toutes sortes dans Toulouse : « Au RAP Toulouse (Résistance à l’Agression Publicitaire, antenne locale créée en septembre 2013, ndlr) nous sommes une cinquantaine, mais c’est sans compter les nombreuses actions isolées. » Les associations savent vraisemblablement se serrer les coudes autour de combats communs et il n’est pas rare de voir Attac, le DAL, les Désobéissants ou encore les associations féministes locales se mobiliser avec les antipub toulousains pour faire prendre conscience aux citadins de ce qui traîne sous leurs yeux pressés. Au quotidien, la mission que se sont octroyée ces antipub est bien visible : « Tous les premiers dimanches du mois, on recouvre plusieurs dizaines de panneaux dans Toulouse avec du papier kraft, et des messages. C’est une action légale que nous mettons en place dans le cadre de l’association. Au-delà, il y a des actions plus isolées… montées par de petits groupes qui ne veulent pas forcément se rallier au RAP.»

4417 panneaux intra-muros

Et il y a de quoi faire. Car Toulouse ne compte pas moins de 4417 panneaux publicitaires toutes tailles confondues, dont 1169 appartenant à la société JC Decaux, prestataire de la mairie. Le tout contrôlé par « le pouvoir de police du maire », explique Isabelle Hardy, adjointe au maire en charge de l’artisanat et du commerce. A ce jour, aucun organisme indépendant n’a été créé pour prendre le rôle éventuel d’observatoire de la publicité et en contrôler les potentiels abus : « il y a énormément de panneaux qui ne respectent pas la loi ou le règlement local de publicité à Toulouse. D’ailleurs en décembre dernier, nous en avons répertorié sept. » Une requête a alors été adressée par le RAP au service urbanisme de la mairie pour dénoncer ces manquements à la règle. Depuis silence radio. Au Capitole, on n’a pas souvenir d’un tel courrier. Pourtant le scénario ne semble pas si exceptionnel : « il arrive régulièrement que les architectes des bâtiments de France ou autres citoyens soient amenés à  constater des infractions. » Mais quid de la demande du RAP ? La mairie n’aura en tout cas pas réussi à retrouver sa trace pour nous. D’après l’adjointe au maire, la procédure est longue. Elle ajoute que « toutes les enseignes ont été posées avant la révision du règlement (2011, ndlr) et que les enseignes ont cinq ans pour se mettre en conformité. » Côté JC Decaux les infos ne circulent pas aussi facilement que sur un panneau déroulant : on assure sans aucun doute à qui veut l’entendre que les emplacements attribués sont « totalement légaux. »

Des effets collatéraux

Il faut savoir qu’à Toulouse, concernant l’espace public, certaines zones sont plus strictes que d’autres. On compte exactement quatre Zones de publicité restreintes (ZPR), la plus préservée étant le cœur de ville, puis les quartiers mitoyens à l’hyper-centre. Les canaux restent sauvegardés dans leur traversée de Toulouse, et la quatrième zone concerne le reste de l’agglomération de Toulouse au sens du code de la route. « Les limites citées dans ce règlement ne sont pas respectées et personne ne s’en préoccupe » insiste Tanguy Aubé. Le RAP entend bien faire modifier tous ces écarts et s’équipe actuellement pour mesurer les distances légales qui ne seraient pas respectées dans toute la ville. « L’association nationale Paysages de France a déjà fait passer au tribunal une cinquantaine de cas. A chaque fois, ils ont eu gain de cause… » Il évoque un manque clair de volonté politique. « Pourtant chacun doit pouvoir décider de ce qu’il veut ou non, la publicité a des conséquences sur la société et les individus, on nous fait croire qu’il faut consommer pour être heureux et l’on s’étonne d’une société si violente… » termine-t-il. Sur le terrain, ils s’arment comme ils peuvent pour alerter les populations sans trop de risque : « Ne plus intervenir sur le mécanisme des panneaux nous permet d’être plus audibles. » Un délit qui n’est pas répréhensible pénalement, et qui ne pourrait être poursuivi qu’au civil pour « atteinte à l’image et dommages et intérêts », « ce que JC Decaux n’ose pas faire car il faudrait pour cela que la société justifie son manque à gagner et donc également ce qu’un panneau lui rapporte en temps normal…» Secret défense.

 

Aurélie Renne



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