Les 10 puissants de Toulouse – Ceux qui tirent les ficelles

Voici les dix personnes qui tirent les ficelles toulousaines en coulisses. Pour certains ils sont dans l’ombre des politiques ou des institutionnels (Philippe Mahé, Philippe Joachim, Thierry Bonnier), d’autres sont les décideurs économiques sans qui rien ne se fait (Fabrice Brégier, Olivier Sadran et Jean-Christophe Tortora)…  Il y a également des femmes à la tête dure (Marie-France Barthet et Nicole Yardeni), un élu méconnu mais très influent (François-Régis Valette) et un agitateur d’idées omniprésent dans les réseaux (Joël Echevarria).Revue de détail. Par Coralie Bombail, Thomas Simonian, Claire Manaud, Marie-Agnes Espa, Elsa Nardari, Aurélie Renne, Mehdi Djebbari.

Joël Echevarria

Les réseaux et les zygomatiques

L’homme est un incontournable des milieux économiques et de l’enseignement supérieur toulousains. Depuis des années il a ainsi multiplié sa présence au sein de divers cercles d’influence et autres clubs d’entreprises de la ville. Celui qui a été le directeur du développement de l’ESC est désormais directeur délégué de TSE (Toulouse School of Economics), cette école qui a le soutien de l’université Toulouse 1 et qui regroupe une centaine de chercheurs. Joël Echevarria a également réussi à avoir une certaine proximité avec les médias, une habilité qui en fait désormais un interlocuteur de poids. Et comme on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, il a créé il y a quelques mois avec le soutien de figures dans la place (Jean-Christophe Giesbert, Philippe Raimbault …) un think-tank « La Compagnie Riquet » qui jouera un rôle dans les municipales à venir : « Mais nous ne voulons pas devenir une pépinière de nouveaux politiciens » annonce l’intéressé. Pas si sûr selon nous.

 

 

 

Marie-France Barthet

Elle défend l’Université de Toulouse

Depuis bientôt un an, Marie-France Barthet est à la tête de l’Université de Toulouse. Elue à l’unanimité par les membres du Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur (PRES) et du Conseil d’Administration de l’Université, la présidente a bénéficié de la confiance de la communauté universitaire pour mener à bien les différentes missions inhérentes à cette prestigieuse fonction. Une confiance acquise par son travail, une construction dans le temps, un parcours sans faille, à son image. Après une thèse de 3ème cycle à l’Université Toulouse III Paul Sabatier et une thèse d’État à l’Institut National Polytechnique de Toulouse, Marie-France Barthet enchaine les responsabilités au sein du milieu universitaire toulousain ainsi qu’en 2010 la présidence du Consortium français de l’Université des Sciences et Technologies de Hanoi. Son retour à Toulouse pour assurer la présidence du PRES est un signe fort de continuité et de construction de l’avenir. Marie-France Barthet aura parmi ses missions de mener à bien le processus de concertation pour l’évolution du projet INITI (IDEX). Un processus complexe, impliquant l’Université mais aussi les institutions et des entreprises, qui vise à propulser l’Université de Toulouse à un rang mondial.

 

 

Philippe Joachim

Le faiseur d’image

On dit de lui qu’il est le tout puissant directeur de cabinet de Martin Malvy à la région. Et pour cause : « Il a tellement apporté à Malvy. Il l’a métamorphosé. Il lui a donné une image de modernité. L’opération en termes de communication a été totalement réussi » nous confie-t-on dans les arcanes proches. « L’emballage final c’est le job de Joachim » rajoute-t-on dans l’opposition régionale. Il est en effet un communicant hors-pair qui a collaboré auprès des figures socialistes André Labarrère et Laurent Fabius, mais qui est aussi passé par la case Arte. A l’hôtel de région, il est à l’écoute de tous, majorité comme opposition : « Il sait parler à tout le monde. Il met du liant, et sait être un très fin diplomate. Il désamorce le plus souvent en amont … » nous glisse-t-on parmi les permanents. Pourtant son image aurait pu être écornée suite au refus de la commission de déontologie de valider sa nomination à la tête de TLT : « Quelle est depuis cette affaire l’état des relations entre Malvy et Joachim ? Personne n’arrive à le sentir » dit-on dans l’opposition. « Il y a une grande complicité entre eux. Elle est intacte » pour un élu socialiste.

 

Fabrice Brégier

Un homme de poigne pour Airbus

Nommé à la tête d’Airbus en juin 2012, Fabrice Brégier, 51 ans, père de trois enfants, peut se targuer d’un parcours exemplaire. Ce « Lagardère boy », un des derniers de sa génération, est diplômé de Polytechnique et de l’école des Mines (ingénierie civile). Il officiera une dizaine d’années dans plusieurs ministères en tant que conseiller, avant d’être repéré par Jean-Luc Lagardère, à l’âge de 36 ans. Ce dernier lui confie la direction de Matra Défense qui deviendra plus tard MBDA (Matra BAe Dynamics), société européenne leader spécialisée dans les systèmes de missiles. Discret et peu médiatique, le patron du géant aéronautique « n’est pas réservé pour autant, il est même très sur de lui », confie le délégué CGT Xavier Petrachi, qui lui concède au moins une qualité : « Il a su réorganiser l’entreprise en très peu de temps en donnant davantage de responsabilité aux usines. » Revers de la médaille, « cette culture de la performance » qui récompense les résultats individuels « provoque des tensions dans la gestion des effectifs ». Conquérant, ses préoccupations semblent surtout tournées vers l’étranger (contrats avec la Chine, installation de la première usine d’assemblage aux Etats-Unis, territoire du principal concurrent) : « Il a une stratégie en tête et rien ne l’empêchera d’avancer », témoigne le représentant syndical. En interne, il a su s’entourer de collaborateurs fidèles, recrutés pour être les meilleurs dans leur domaine. Pour autant, Fabrice Brégier ne prend de gants avec personne. Il le reconnaît dans les colonnes de Challenges : « Je ne vais pas renier mon tempérament. Il y a deux choses qui me font exploser : l’à-peu-près et qu’on me cache des problèmes. » Il ne renie pas non plus ses passions. Installé depuis un an en terre d’Ovalie, il garde sa préférence pour le football… et pour l’Olympique de Marseille qui plus est !

 

François-Régis Valette

Le contre-pouvoir à Toulouse

 

« Passionné, convaincu, solidaire et intelligent ! » C’est ainsi que François-Régis Valette est perçu par ses plus proches collaborateurs. Président du Sicoval, la communauté d’agglomération du Sud-Est toulousain, depuis 1998 et maire d’Auzeville-Tolosane, François-Régis Valette a pour réputation de ne pas ménager sa peine. A 70 ans, l’homme mène « simplement » une des collectivités les plus influentes de la banlieue toulousaine. Sa vision à long terme du développement du Sicoval lui auront permis de garder une longueur d’avance sur Toulouse Métropole qu’il n’est pas question de rallier. Fort de la présence de Labège sur son territoire (700 entreprises et 15 000 emplois), François-Régis Valette reste conscient du potentiel de sa collectivité et entend bien l’exploiter afin d’asseoir son poids décisionnel. Et le prolongement du métro jusqu’à Labège (2019), obtenu après d’âpres négociations avec Pierre Cohen, reste le meilleur témoignage de sa ténacité et de son engagement. Exigeant et minutieux, cet amoureux du travail bien fait a su se rendre, lui et sa communauté d’agglomération, incontournable dans les débats locaux, tant au niveau économique que politique.

 

 

Jean-Christophe TORTORA

“Il ne faut pas oublier d’où l’on vient…”

Il se définit comme un homme pressé et visionnaire, a fait ses classes à Toulouse et le lui rend bien. Enfant du Lycée des Arènes, où il crée son premier journal, il a fait du chemin depuis : « Je n’étais l’héritier de personne mais rencontres et ascenseur social m’ont permis d’arriver où j’en suis.» Jean Christophe Tortora crée In Toulouse à 22 ans, premier titre d’une longue série : Toulouse mag, Toulouse femmes, Toulouse match, Pure Virus ont suivi, ensuite cédés à la Dépêche du Midi. Aujourd’hui, à 36 ans, il est à la tête de la Tribune -second média économique et financier français en matière d’audience sur internet- d’Objectif News et d’Objectif Aquitaine. Bien entouré, il dit ne pas oublier ses soutiens locaux et délocalise récemment le siège social de la Tribune à Toulouse : « Je veux montrer que depuis Toulouse on peut réussir à l’échelle nationale. » L’univers bancaire toulousain n’a plus de secret pour lui tout comme la sphère politique locale et nationale: « Je fréquente les hommes politiques au quotidien et travaille avec les collectivités locales, d’ailleurs on nous a plusieurs fois demandé à gauche comme à droite des conseils en communication, requêtes que j’ai pris soin de refuser. » Une notoriété qui n’est plus à faire dans la ville rose et qui dépasse aujourd’hui les frontières du Sud-Ouest.

 

 

 

 

Olivier Sadran

Président du TFC 

En 2001, lorsqu’il devient à 32 ans, l’un des plus jeunes président de club au sein du monde du football, Olivier Sadran demeure déjà une personnalité du monde des affaires. Arrivé tel un messie, personne n’imagine qu’il s’impliquera autant dans le club de sa ville natale, le Toulouse Football Club. D’une main de maître, il a gardé, même treize ans après, la même passion et surtout la même implication (Olivier Sadran siège également aux instances du football). Co-PDG de la société de restauration aérienne Newrest (311 millions d’euros de chiffre d’affaires) depuis 2005, partant au départ d’une société plus modeste, il a toujours cru en ses choix, faisant de lui un homme d’affaires reconnu. Souvent près à ne rien céder à ses joueurs les plus capricieux, il jette rarement l’argent par les fenêtres, réalisant même quelques gros coups dès que possible. On se rappelle encore la transaction d’André-Pierre Gignac, parti à l’Olympique de Marseille en 2010 pour la coquette somme de 18 millions d’euros (il avait été acheté aux alentours de 4,5 millions). Faisant face cet été à quelques difficultés de trésorerie, le TFC devrait faire rentrer quelques liquidités dans ses caisses en vendant quelques éléments (Étienne Capoue, Franck Tabanou…). Olivier Sadran, qui a banni le mot « brader » de son vocabulaire, ne se laissera pas marcher sur les pieds. Ce ne sont pas vraiment pas les habitudes de la maison.

 

Thierry Bonnier

Le « bras droit » du Préfet

En décembre 2012, Thierry Bonnier est nommé à 51 ans, Secrétaire général de la Préfecture de Haute-Garonne. Une fonction qu’il juge aujourd’hui à la fois «passionnante » et « dense». Considéré comme le « N°2 » de la préfecture, Thierry Bonnier prend les décisions en lieu et place d’Henri-Michel Comet (actuel Préfet de région et de Haute-Garonne), en cas d’absence. Le Secrétaire général est aussi sous-préfet de l’arrondissement chef-lieu et chargé d’assumer la coordination des différents services de l’Etat ainsi que la mise en œuvre des politiques publiques dans le département, comme de gérer les moyens humains et financiers des préfectures de la région. Pour autant, Thierry Bonnier, ancien élève de l’ENA qui a fait sienne la devise de l’école «servir sans s’asservir», ne tient pas à être qualifié de «puissant» : «j’agis sur les politiques publiques mais cette notion de puissance me gêne », assure-t-il, «même si très clairement, j’ai un certain nombre de leviers qui peuvent s’apparenter au pouvoir.»

 

 

 

 

Philippe Mahé

Un « technicien discret » mais indispensable

Philippe Mahé a été nommé par Pierre Cohen, Directeur Général des Services (DGS) de la mairie de Toulouse en 2008, et de la communauté urbaine en 2009. Une fonction qu’il occupait auparavant à Nantes, auprès de Jean-Marc Ayrault. « Incontestablement, le DGS est un poste clé, un rouage dans la mise en œuvre de l’action municipale », explique Jean-Luc Forget, conseiller municipal du groupe des Non-Inscrits. Son rôle est méconnu du public, car le DGS agit par essence dans l’ombre. « Il est une interface entre le politique et l’administration. Il n’intervient pas dans la prise de décision mais il peut préciser un certain nombre de contraintes juridiques, techniques, administratives qui s’imposent à l’action politique », précise l’élu. Un rôle qui n’est pas politique « et qui ne doit pas l’être » selon lui. Sur ce point, il marque une vraie différence avec son prédécesseur, Pierre Trautmann qui a occupé ce poste pendant 24 ans. Surnommé le « maire bis », « il s’était au fil du temps impliqué dans les décisions, depuis 2008 il y a un changement de style», remarque-t-il. Philippe Mahé est un « technicien discret », toujours présent lors des conseils municipaux pour assister le maire : « Je le vois de temps en temps aller chuchoter à son oreille, c’est normal il ne peut pas tout savoir sur tous les dossiers ! »

 

Nicole Yardeni

Du CRIF à la politique? 

Depuis 2008, Nicole Yardeni occupe le poste de présidente régionale du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives). Créé en 1943, ce conseil lutte contre toutes les formes d’oppression, de totalitarisme et soutient l’Etat d’Israël. « Son rôle essentiel est d’être le porte-parole de la voie politique des juifs de France, en l’occurrence de Toulouse et Midi-Pyrénées », nous explique cette présidente dévouée.

Dans un premier temps c’est un concours de circonstance qui l’a amené au poste de présidente. En revanche pour son deuxième mandat en cours elle « tenait à postuler ». « L’élection a eu lieu quelques mois après les attentats de Toulouse et Montauban. Il était nécessaire pour nous de montrer que la haine des Juifs et la haine de la République se rejoignent. Pour moi c’était un message très important qu’il fallait continuer à porter.» Selon une rumeur qui commence à courir, Nicole Yardeni pourrait se présenter sur la liste de Pierre Cohen aux prochaines élections municipales.



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