L’énigme des Présidentielles

Des Français glanant nombre de médailles aux championnats du monde de natation, un Jean-Marie le Pen qui revient à ses premières amours de provocation dans le discours au point de gêner la campagne de sa fille Marine, engagée dans une politique de banalisation du FN, le risque d’enlisement de la guerre en Lybie au moment où le siège de la télévision est détruit à Tripoli, l’inimaginable mais désormais probable et possible défaut de paiement des Etats-Unis si le Congrès ne relève pas le plafond de la dette fédérale, la disparition médiatisée de David Servan Schreiber et d’Albert Ferrasse ancienne haute figure de l’ovalie, d’Agen à la Coupe du Monde de 1987, autant d’éléments d’actualité qui n’occulte pas la présidentielle, plus ouverte que jamais malgré les fausses vraies vacances que les candidats donnent l’illusion de prendre.

 
On a rarement connu un tel flou à neuf mois d’une présidentielle ; le paysage politi-que est on ne peut plus mou- vant : on ne connaît pas l’issue des primaires au PS, on ignore qui personnalisera le centre (Bayrou ou Borloo), chacun garde en mémoire le scenario du 21 avril 2002. Néanmoins quelques données balisent ce paysage pour l’instant nébuleux : l’impopularité du Président sortant (jamais un chef d’Etat candidat à nouveau ne s’est trouvé dans une situation aussi difficile) ; le niveau élevé de la gauche dans les intentions de vote (56 % des Français souhaitent la victoire de la gau-che contre 40 % qui souhai- tent celle de la droite) ; le différentiel gauche-droite se maintient dans le temps.
Mais plusieurs facteurs invitent à relativiser le caractère structurant de ces deux données : le premier est la crise qui peut selon certains, ouvrir à Sarkozy la voie de la rédemption (les Français préférant garder un bon capitaine dans la tempête que d’avoir au pouvoir des socialistes inexpérimentés) ; l’autre facteur est la montée de la défiance touchant les élites et la classe politique, créant un climat désabusé pouvant favoriser les populismes (de Mélen- chon en Marine Le Pen). Comment donc réenchanter la politique au moment où l’entier pays a la gueule de bois ? Comment sortir du processus de négativisation, comment réinstaller l’électorat dans une politique “Au pays des merveilles”, comment éviter le vote protestataire et populiste, comment faire en sorte que l’abstention ne soit pas la reine du prochain scrutin ? (ce qui con-damnerait d’ailleurs ce mode de scrutin.) C’est en effet la mobilisation des électeurs qui est la grande inconnue pour 2012. Reste donc à voir comment la guerre de succession va s’organiser au sein de l’UMP entre Fillon, Copé et Le Maire (avant la fin du quinquennat, au début du deu-xième quinquennat gagné ou en cas de défaite de Sarkozy), comment la guerre d’intronisation du candidat socialiste se terminera-t-elle et avec quelles séquelles pour le premier tour ? Qui de Borloo ou de Bayrou personnalisera l’éventuel “troisième homme” dans la campagne ? Eva Joly recueillera-t-elle les voix protestantes quand Jean-Luc Mélenchon attirera les voix protestatrices et populistes, et alors que Marine Le Pen malgré son tassement dans les sondages s’est durablement installée dans le paysage politique français en rêvant d’un deuxième tour…



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