L’engagement

Convaincus que certains d’entre vous vont grincer des dents – voire plus – je serai, pour une fois, prudent dans la façon d’aborder mon propos. Le sujet est, il est vrai, délicat et pourrait dissimuler de mauvaises intentions. C’est “l’engagement”, dans ce qu’il a de plus noble qui est en cause. Nous laisserons de côté tout ce qui concerne “l’engagement en nombre” qui a laissé dans l’histoire des traces sombres et rouges. Ces “engagés” de tout poil et de toutes les époques, y compris les fomenteurs de révolution, sont simplement agités par des illusionnistes.

 
Au mieux il s’agit de “révoltés” contre les systèmes en place. Ils sont, selon les événements, qualifiés d’insurgés, de rebelles ou d’insoumis. Trop d’entre eux s’en sortent aujourd’hui avec des honneurs injustifiés tant pour leur vaillance que pour leur valeur et l’on parle même, à tort, de leur “engagement”. Il s’agit d’une imposture car l’engagement, l’exemplarité, les agissements louables sont confondus avec une prise de position politique. Suivez mon regard et vous apercevrez un homme anormalement vénéré avec une étoile sur un béret. Au point que les fanatiques – et ceux qui portent son tee-shirt sans connaître le sens de ses actes – oublient ou font fi des milliers de morts qui se trouvent dans son sillage. Pour que la situation soit claire, sachez que je vise tous ceux qui imaginent que pour agir “juste” il faut “penser autrement” c’est-à-dire épouser les promesses de “révoltés” qui abusent de leurs engagements pour berner le plus grand nombre d’individus. L’engagement qui par ailleurs peut être assimilé à un embrigadement, doit être comme précédemment replacé dans son contexte.

Individus respectés et respectueux

L’engagement obéit cette fois à des règles qui visent à respecter un ordre établi. Les militaires par exemple sont engagés dans ce processus et se doivent de respecter les engagements prévus par l’armée. Les motivations sont spécifiques. Il en est ainsi de tous ordres et, de manière générale, de ceux qui acceptent de respecter une organisation qui édicte ses préceptes. Ces engagements sont à la fois individuels et collectifs. Il appartient à la communauté, extérieure aux engagements de ces groupes sociaux, d’éviter leurs prépondérances. L’Histoire, et plus particulièrement la première moitié du XXème siècle, a montré à l’humanité toute entière la nocivité et les déviances de ces groupes trop forts, imbus de leurs engagements. L’engagement qui nous intéresse est celui qui est ancré au plus profond de chacun d’entre nous. Il est associé au respect, de soi et des autres. Il n’y a pas d’engagement plus important que celui qui fait de nous un individu sociabilisé, c’est-à-dire conscient de son rôle, de sa mission et j’oserais dire – l’expression était compréhensible et usitée il y a peu de temps – de son devoir. L’engagement est corrélatif aux obligations que nous nous devons les uns aux autres. Les parents aux enfants, les élèves aux maîtres – pardon aux professeurs des écoles – les valides aux malades, les plus aisés aux plus démunis. J’ai entendu dire que les élèves recommençaient à se lever à l’entrée du professeur dans la classe… Du bluff, un rêve, de la démagogie que ces affirmations ? Pas du tout. Je crois vraiment que les hommes de nos régions sont encore pétris de cette pâte, qui fait d’eux des individus respectés et respectueux de leurs engagements. Pas assez, selon les plus pessimistes ou les plus exigeants.

Serments intérieurs

N’exagérons rien à l’égard du désordre des engagements. Le plus grand nombre d’entre nous, même si individuellement chacun n’en a pas complètement conscience, fait “vivre” ses engagements. «Ce n’est pas facile tous les jours» vous dira la plupart des hommes et des femmes de bonne volonté, «mais on tient bon». L’exemplarité de l’engagement joue à plein. C’est-à-dire que les enfants ne font pas n’importe quoi, n’ont pas droit à tout et que le comportement des parents reste bien souvent exemplaire. Bien sûr, il y a des tiraillements et parfois des déraillements dans les engagements mais tout finit par rentrer dans l’ordre. Et puis «que celui n’a jamais péché lui jette la première pierre» disent les écritures sacrées. Cela étant, reconnaissons, avec humilité, que nos engagements personnels ne sont pas toujours faciles à tenir dans une société qui donne le sentiment que la permissivité la plus totale est non sanctionnée. Comment tenir ses engagements alors que le voisin semble heureux, mordre dans la vie à pleines dents, tout en ayant un comportement à l’égard de sa femme et de ses enfants qui laisse à désirer ? Ce sont les serments intérieurs qui “font vivre” les sarments de tout un chacun, arbre de vie. Un de mes amis, espiègle c’est vrai, m’a demandé si j’étais vraiment sérieux ou s’il s’agissait d’une plaisanterie que d’évoquer encore le serment fait à soi-même comme étant le ciment de ses engagements. «C’est vieux comme le monde» lui ai-je dit, puisque le premier homme qui a eu la volonté d’aller jusqu’au bout de son observation personnelle a pu faire profiter de son expérience ceux qui lui ont succédé en société. «D’accord» me dit-il, «mais qu’est-il arrivé à ceux qui ne se sont pas comportés de la sorte ?» Ils subirent – et subiront dans le temps – la destinée réservée aux mauvais sarments, ils seront émondés.

Gérard Gorrias


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