Le temps des présidentielles

Au-delà d’une certaine cacophonie au sein de la majorité (indépendance de Rama Yade face au populisme-donneur de leçons de Nadine Morano ; expression d’un montant du grand emprunt par Juppé et Rocard et contestation par Henri Guaino et un certain nombre de députés co-signant une tribune-pétition dans le journal Le Monde), au-delà des tueurs en série qui surgissent à nouveau aux États-Unis avec, pour la première fois, l’un d’entre eux faisant treize morts sur la première base de l’armée américaine (et voilà que ressurgit, tel un espion de l’intérieur, la crainte du terroriste frappant intra-muros huit ans après le 11 septembre ; plus que le retour, médiatiquement fracassant de Jacques Chirac (de radio en presse écrite ; de l’Afrique à ses Mémoires peu fascinantes ni révélatrices en passant par les prix de la Fondation Chirac) soulignant qu’il était pressé de «dire la vérité aux juges» (alors que Villepin et Pasqua dénonçaient le caractère politique des procès qui leur étaient faits ; au-delà des défaites des amis d’Obama au poste de gouverneur donnant un air de défiance et de disgrâce au premier anniversaire de son mandat de Président des États-Unis, c’est le débat sur l’identité nationale et la déconvenue des “deux ans” de Présidence Sarkozy qui suscitent maintes chroniques et commentaires.

 
Au-delà de l’opportunité du débat et son exploitation politicienne avant les élections régionales, le débat semble intéresser les Français même si l’on peut légitimement se demander si ce n’est pas autour de l’identité post-nationale (européenne puis mondiale) qu’il aurait dû se tenir au moment même où le Traité de Lisbonne est enfin signé par tous, au moment où l’Europe, même sans Constitution formelle, va se donner un Président et un Ministre des Affaires Étrangères, premiers linéaments d’une gouvernance européenne souhaitant demain faire comprendre aux peuples des 27 États-Nations que le “patriotisme constitutionnel” cher au philosophe Habermas constituerait le socle référentiel de processus et de principes abstraits, sans la moindre référence à la totalité concrète d’une nation.
Mais l’identité nationale dont il est, ici et maintenant question, touche la France parce que c’est un des grands pays d’immigration en même temps qu’un vieux pays marqué autant par la bataille de Bouvines (1214) que par celle de Valmy (1792). Au nationalisme “fermé” de Maurras et Barrès (on est Français par l’enracinement) fondé sur l’identité catholique s’est construit puis développé un nationalisme “ouvert”, républicain, celui qui, dans le sillage de 1789 pense la nation comme le résultat de la volonté générale. Que le débat fleurisse même si comme le clamait Fernand Braudel «Je ne veux pas qu’on s’amuse avec l’identité».
En marge de ce débat les déconvenues du Président pour ses deux ans de mandat ; la fameuse «dépression des deux ans et demi» qu’aucun Chef de l’État, avant Sarkozy, n’avait théorisé (1982 comme la parenthèse alors que c’était un virage idéologique ; gros dos de J. Chirac en 2004 après la défait des Régionales) : revers de conjoncture, promesses mal honorées ou cap perdu constituent les nouvelles redondantes de chaque semaine. Le Président, loin de se replier sur lui-même et de se claquemurer derrière les remparts du “Château”, poursuit ses déplacements en Province (283 depuis 2007 !) sans calmer l’inquiétude de ses concitoyens et de leurs élus au point de susciter une déception et un désenchantement d’autant plus difficile à effacer que le quinquennat, par son effet accélérateur de la vie politique, raccourcit le temps présidentiel en laissant affleurer (déjà !) le temps du candidat. La politique, écrivait Tocqueville, «c’est le sens du moment opportun». Il n’est pas impossible que ressurgisse bientôt, derrière le Président, le candidat Sarkozy. Nous entrerons alors – mais l’avons-nous jamais quitté – dans le temps des Présidentielles.

Stéphane Baumont


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