Le temps de la rigueur

Plus que le défi de l’Iran aux puissances occidentales, que la grande offensive de l’OTAN lancée en Afghanistan s’annonçant comme un test décisif de la nouvelle stratégie de l’Alliance Atlantique concernant le sud du pays ; plus que “l’Olympisation” de l’actualité déplaçant le curseur de la géographie domestique du côté de Vancouver avec la traditionnelle cérémonie d’ouverture (vers les nuits blanches de l’Olympisme avec le décalage horaire) et la tragédie (Olympie n’est jamais loin du théâtre grec) du jeune lugeur de Georgie disparaissant brutalement et accidentellement ; plus que la contestation presque infinie de Mme Tinochenko refusant de reconnaître son échec à la présidentielle ; c’est la situation de la Grèce, le pari de l’Europe pour rassurer les marchés et le “sommet social” sur les retraites qui constituent les temps forts de l’actualité.

 
Allemand. C’est une épreuve pour l’Europe d’après le Traité de Lisbonne. Les europtimistes tiennent bon la hampe du drapeau de l’Union européenne même si un député libéral allemand lance : «On n’aide pas un alcoolique en lui donnant une nouvelle bouteille d’eau de vie» ; même si le Premier ministre grec juge «timorée» la réponse de l’Europe aux marchés. À défaut de solution efficace et malgré la force nouvelle du Parlement européen qui s’est opposé à l’Accord Swift, la prophétie de Raymond Abellio dans “Assomption de l’Europe” pourrait retrouver une nouvelle actualité : «Si l’Europe politique est aujourd’hui vouée aux marchands de mots ou aux marchands tout court, et si le temps n’est pas venu de les chasser ou si ce temps est clos, c’est qu’il nous faut sortir de l’Europe politique».

 


Et la vie politique à nouveau marquée par un sommet social d’envergure avec la réforme des retraites, au cœur de l’agenda social 2010. Il sera question de la méthode et du calendrier de discussion d’une réforme jugée urgente compte tenu des déficits du système. Plusieurs points méritent d’être rappelés avant même les polémiques teintées d’idéologie qui pointent leurs flèches dans le débat politique (au meilleur sens du terme) :
- La récession a aggravé la situation financière des régimes de retraite : le chômage et le ralentissement de la croissance en réduisent les ressources ;
- Les déséquilibres des régimes de retraite européens ne sont pas seulement conjoncturels mais aussi liés à la démographie, au vieillissement des populations et à l’état du marché du travail ;
- Toucher aux retraites est aussi difficile en Europe qu’en France. Il faut mettre le temps pour négocier comme en Suède (14 ans pour la réforme de 1998 !) ;
- L’âge de la retraite est quasiment partout fixé à 65 ans en Europe. La Grande-Bretagne prévoit de passer à 68 ans d’ici à 2046 ! La France fait décidément figure d’exception mais elle s’est rapprochée des pays de l’OCDE en ajustant les conditions d’accès à la retraite aux profils de carrière différents des individus ;
- Allonger la durée de cotisations sans contrepartie, c’est amplifier à la retraite les difficultés rencontrées sur le marché du travail ;
- La France a surtout un problème de chômage et d’inactivité : ses habitants ont une des espérances de vie les plus longues de l’Union Européenne et la durée d’activité professionnelle la plus courte. Il faut donc, comme en Finlande, aménager les conditions de travail et valoriser les compétences des seniors.
Voilà venu “le temps des sacrifices” ! Le Quinquennat du Président Sarkozy va devoir en passer par la phase Rigueur au moment où les sondages de popularité s’y prêtent le moins ! L’éthique républicaine est d’abord de conviction et de responsabilité.

Stéphane Baumont


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