Le Sarkozy nouveau

Voici venu, avec la rentrée prochaine, le temps des vœux et des bilans à l’aune desquels chacun souhaite la bonne année à l’autre, rituel familial, sociétal autant que politique. La tâche est particulièrement difficile pour le Président de la République qui sort d’un Automne pourri conclu par une décision du Conseil Constitutionnel retoquant la taxe carbone, mesure emblématique de l’écologie politique présidentielle. Pour le journaliste Gérard Courtois, «tout a contribué à réinstaller l’image d’un président impatient et brouillon, imprudent ou fanfaron».

 

Dans ce tout, est mêlé un ensemble de couacs, de polémiques et d’erreurs d’appréciation, marquant souvent la fin de la première moitié de mandat quand l’impopularité vient se lover dans l’après état de grâce : lapsus sur les «coupables» du procès Clearstream, candidature du fils Jean à l’EPAD, épisode de facebook relatant la présence de Nicolas Sarkozy à Berlin le 9 novembre 1989, fronde des élus locaux contre la réforme des collectivités et de la fiscalité locale, provocations du “Président Copé” et gaffes du Ministre de la Culture, indisciplines (calculées ou pas) de Rama Yade. Autant d’éléments qui, chaque fois surmédiatisés donnent de l’État et de sa conduite une impression d’absence de maîtrise et de “bateau ivre” conforté par les sondages (deux Français sur trois ne lui font pas confiance ou n’approuvent pas son action) mais contesté par le volontarisme présidentiel, l’activisme souvent bienvenu sur le plan international, son énergie incontestable et sa détermination minérale.
Que peut faire le Président pour garder la main en ce début d’année 2010, alors que les élections régionales, la réforme des retraites et la possible remontée du Front National constituent les inconnues du paysage politique immédiatement contemporain ?
Le Professeur Dominique Reynié formule une hypothèse : «Il lui faudrait recomposer en profondeur son discours politique. Il s’est laissé enfermer dans un discours seulement réactif et anxiogène par rapport au réchauffement de la planète, à la grippe A/H1N1 et à la crise économique. Ce discours très négatif est contre-nature par rapport à ce qu’il semble être lui-même et c’est un contre-pied par rapport à la fonction présidentielle qui est une fonction de puissance et de sens». Et de considérer que Sarkozy doit redéfinir «un discours d’action et de sens positif posant les éléments d’une France nouvelle dans un monde nouveau».
Trouvera-t-on ce discours dans la nationalisation des élections régionales, dans l’accompagnement parlementaire de la nouvelle taxe carbone, dans la préparation du prochain G20 ? Le Chef de l’État fera-t-il appel, à la fin du débat sur l’identité nationale à la geste et à la sémantique gaulliennes, ainsi qu’à la monarchie républicaine et à la personnalisation du pouvoir des temps gaulliens ? Accompagnera-t-il ce discours d’action et cette France nouvelle d’un nouveau Premier ministre et d’un autre gouvernement plus ramassé se plaçant ainsi dès le début de la troisième année de mandat dans la “guerre de succession” que le quinquennat présente déjà sur le plat du paysage politique ?
La longue et rituelle séquence des vœux de début d’année tracera les contours de la nouvelle donne du Sarkozysme : de sa capacité de réaction, de sa force de mobilisation, de son intuition des options à choisir dépendront sa réussite politique et la préparation du temps des présidentielles à venir.

Stéphane Baumont


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