Le Roi est mort… Vive le Roi !

Sa famille a régné sur la France pendant neuf siècles, d’Hugues Capet jusqu’à Louis Philippe. Il a pour ancêtres Saint-Louis, François 1er et Henri IV. Son grand-père paternel était le Comte de Paris. A l’heure où notre pays vit une drôle d’époque, avec de faux princes qui poussent ici et là, Jean de France, Duc de Vendôme, brûle, selon la devise familiale, de le “servir”. Il le clame haut et fort dans “Jean de France : un prince français” (éditions Pygmalion). Un livre d’entretiens réalisés avec Fabrice Madouas, rédacteur en chef adjoint au magazine Valeurs Actuelles.
Famille, éducation, enseignement, politique intérieure et étrangère, foi, justice, économie, institutions, défense, écologie… Ce passionné entre autres d’histoire et de littérature, polyglotte, est aussi à l’aise lorsqu’il s’agit d’évoquer les grands noms de la philosophie que de parler de James Bond, Louis de Funès ou du groupe de rock irlandais U2 dont il est fan ! Un discours construit à partir d’un vécu immensément riche fait de voyages et de rencontres, vrai, vivifiant, rafraîchissant, plein d’allant et d’optimisme. Une profession de foi dans le sens… noble du terme. Jean de France sera à Toulouse le 9 mars 2010.

 
Monseigneur, vous exposez dans ce livre, vos convictions, vos projets pour la France ; une France qui je vous cite, “a besoin d’air”, où “tout est à remettre à plat”. Vous y expliquez aussi, comment au quotidien, vous allez au devant des Français sans que cela ne fasse forcément la Une de la presse. Qu’est-ce qui vous pousse particulièrement aujourd’hui à sortir de l’ombre avec cet ouvrage ?
Me faire mieux connaître du grand public, présenter un regard différent sur la France d’aujourd’hui à travers des idées personnelles et des idées plus politiques. Comme dépositaire d’un héritage mais aussi comme jeune prince engagé, je souhaitais transmettre ce que j’ai reçu, le fruit de mon expérience intellectuelle (philosophie, droit, économie), professionnelle (la finance) et de dix années de rencontres avec de nombreux français et amis de la France, décideurs ou non.

Y est évoquée à demi-mot, une guerre civile à propos de laquelle vous mettez les Français en garde en leur disant : «Il n’y a pas plus grand danger». La redoutez-vous cependant ?

Ce que je redoute le plus dans notre société c’est l’égoïsme qui y règne.

Qu’est-ce qu’être un Prince français en 2009 ? Racontez-nous ce que peut être votre quotidien, sachant que vous êtes chef d’entreprise…

C’est le mélange de ma vie personnelle (avec mon épouse, nous serons bientôt parents), de ma vie professionnelle (j’ai monté mon affaire “Avenir et Patrimoine Conseil” www.avpaconseil.fr pour défendre notre patrimoine historique et culturel) et de ma vie publique avec aujourd’hui la promotion de mon livre.

Pour une société plus juste

Votre ambition semble claire : accéder au trône de France. Mais en l’état actuel, vous n’avez aucune légitimité. Comment et quand, votre retour pourrait-il donc se faire ? Le référendum, mal et pas suffisamment utilisé en France à votre goût, serait-il une modus operandi ? Quel serait alors votre pouvoir ?

J’espère la monarchie car elle pourrait apporter quelque chose d’utile à notre pays (long terme versus court terme, sérénité versus rupture, arbitrage versus logique des partis). Les conditions d’un retour : des circonstances propices, des Français qui le veulent. Il y a encore beaucoup de travail à faire. Quant au referendum, certains pays comme la Suisse en font une utilisation qui me semble intéressante à étudier.

Comment en tant que roi de France, rassembleriez-vous une société à ce jour si divisée et disparate et qui s’indigne par ailleurs de la “monarchisation” du pouvoir ? D’autant que l’on peut très certainement classer votre discours, vos idées à droite. Vous parlez malgré tout de “valeurs communes”. Lesquelles ?

Vous savez pour moi, idées de droite, idées de gauche, ce n‘est pas du tout ma logique. Ce qui m’intéresse aujourd’hui c’est notre pays. Les valeurs communes ? Défendre une société plus juste, plus libre et plus humaine dans ses rapports.

Vous êtes très critique sur les politiques que vous qualifiez «d’hommes et de femmes intelligents» mais dont vous doutez qu’ils soient «lettrés». Bien que n’ayant pas a priori d’esprit partisan, de quel parti politique français vous sentez-vous le plus proche ?

Aucun en particulier. En revanche ce sont les hommes et les femmes de notre pays dont je me sens proche.

Gros bras et grandes gueules

De même, vous dénoncez en France «l’Etat de passe-droits», un Etat «trop sévère pour les simples citoyens, trop indulgent pour les criminels et les délinquants», la technocratie… On a l’impression que vous vous faites le porte-parole d’une majorité silencieuse, qui ne demande qu’un guide pour la représenter. Vous considérez-vous comme tel ?
J’estime, c’est vrai, que l’espace public est trop souvent occupé par les “gros bras et les grandes gueules”. Mon ambition aujourd’hui, c’est l’objet de mon livre, est de présenter mes idées pour que les Français réfléchissent à leur avenir. Si cela rejoint la majorité silencieuse, tant mieux.

Vous prônez une monarchie moderne c’est-à-dire «un état d’esprit qui conjugue stabilité et nouveauté». Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Il s’agit de sortir de la logique des partis et de prendre de la hauteur. Fort de cette stabilité, le chef de l’Etat aurait alors une position d’arbitre. Le “prince en ses conseils” pourrait s’intéresser au bien du pays et mettre la France sur les rails des défis à relever.

Les thèmes abordés dans ce livre sont légion : la famille, l’éducation, l’école qui sont en quelque sorte pour vous la base d’un esprit bien fait. Arrêtons-nous si vous le voulez bien sur l’actualité : que pensez-vous de la mesure concernant la prime à l’absentéisme scolaire ?
Pour moi l’éducation est le propre des parents, l’instruction le propre de l’école. Il faut retrouver ces fondamentaux que l’on inverse parfois. Quant à “payer” les enfants pour aller à l’école, je trouve cette mesure extrême. En revanche récompenser l’assiduité en l’incluant par exemple dans la note finale comme cela se fait aux Etats-Unis, pourquoi pas.

Revenons aux fondamentaux

Vous parlez de la confiance comme l’un des fondements d’une économie que vous qualifiez d’humaine. Que vous inspire actuellement cette triste déferlante de suicides dans le monde du travail ? Comment y remédier ?
D’un côté on enlève certains garde-fous comme le repos du dimanche et de l’autre on s’étonne que les personnes qui travaillent trop ne supportent plus le stress au point de se suicider. Comme pour l’école, revenons aux fondamentaux.

Autre thème longuement discuté : la religion. Vous écrivez que, «Que cela plaise ou non, les Français sont liés par la chrétienté». Vous déplorez que «ressurgisse périodiquement une laïcité étonnamment agressive dont les croyants en général et les Chrétiens en particulier continuent à souffrir». La question épineuse de la religion est-elle pour vous une Croisade à mener ? Et vers quel objectif ?
Je ne suis pas en croisade. J’affirme mes convictions. Une profession de foi en quelque sorte.

Dans le même domaine, vous affirmez «qu’aucune religion n’est intrinsèquement mauvaise» mais en même temps, à propos des prisons, vous vous dites «frappé du nombre de condamnés qui se convertissent à l’islam. Et ajoutez : «C’est bien le signe que ces hommes et ces femmes ont besoin que l’on prenne soin de leur âme». N’y a-t-il pas là une contradiction ?

Je ne vois pas de contradiction. Je dis simplement que le sentiment religieux fait partie de l’homme. Si on lui enlève cela, alors il y a quelque chose d’important qui lui manque.

Toulouse, dynamique et très moderne

A propos d’Europe : Vous expliquez que celle-ci avec «son administration tatillonne» vous fait penser à un «monde kafkaïen». Vous n’êtes pas contre le protectionnisme sous certaines conditions et en appelez à l’Europe des monarchies ? C’est-à-dire ?

Ma famille est européenne par nature : mon épouse est autrichienne et espagnole, ma mère est allemande. Les familles royales ont toujours été européennes tout en défendant la spécificité des peuples dont elles avaient la charge. Ne serait-ce pas un bon modèle de respect des spécificités tout en s’intéressant à un destin commun ?

Vous vous référez énormément à l’Histoire dans ce livre et calquez bien souvent le passé sur notre présent. Mais pour aborder l’avenir, comment voyez-vous la France dans deux ou trois décennies ?
Je pense sincèrement qu’on peut trouver dans le passé des leçons pour le présent. Je suis un réaliste et j’aurais du mal à me projeter dans les trente prochaines années avec certitude. En revanche je peux évoquer les tendances à accentuer : une France où “ceux qui font” sont plus nombreux et plus libres et ou “ceux qui ne peuvent pas” sont moins nombreux et mieux pris en charge.

Les voyages font partie intégrante de votre existence. Vous vous apprêtez à entamer un tour de France et serez à Toulouse le 9 mars prochain. Connaissez-vous notre ville ? Qu’évoque-t-elle pour vous ?

Je suis déjà venu à Toulouse plusieurs fois. Comme étudiant d’abord (j’y ai de bons amis) et il y a peu où j’ai été reçu officiellement dans votre ville “rose”. J’y ai retrouvé ce côté dynamique et bon vivant des villes du sud-ouest à la fois attachées à sa tradition et très moderne.

Propos recueillis par Claire Manaud


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