Le procès Chirac

Au-delà du nouveau débat sur la façon de supprimer l’impôt sur la fortune sans mécontenter l’opinion ni grever le budget de l’État, des révolutions arabes semblant refuser Thermidor et la Terreur et préférer une éventuelle démocratie de marché, des contre-attaques du colonel Khadafi affirmant «c’est moi ou Al-Qaida» quand Bernard-Henri Levy écrit «La révolution libyenne vit sous la menace d’un fou qui n’a plus rien à perdre et qui, tôt ou tard, fera tout pour engloutir la Libye avec lui» ; au-delà de la destitution de Muhammad Yunus, l’inventeur du micro-crédit, soutenu par les milieux du développement qui dénoncent un complot politique, des propos antisémites de John Galiano et de sa mise à pied par Dior ; des demandes de démission visant les numéros 1 et 2 de Renault après la fausse affaire d’espionnage ayant conduit à la condamnation publique de trois cadres, c’est le procès Chirac et le sondage plaçant Marine Le Pen en première position des Présidentielles dans un sondage (Harris-Le Parisien) (23 % face à Sarkozy et Aubry à 21 % mais sans DSK) qui suscitent le plus de commentaires, d’interrogations voire d’inquiétude.

 
Procès Chirac et sondage s’inscrivant dans un paysage marqué par une irrésistible érosion de la fonction présidentielle et du corps politique, du passage de l’État éducateur à l’État séducteur, la fin d’une chair et d’un verbe qui s’allient pour fonder la politique, d’un désenchantement profond de l’opinion publique, comme si nos gouvernants étaient incapables «d’inventer d’inimaginables nouveautés, hors des cadres désuets qui formatent encore nos conduites» (Michel Serres) : le philosophe voyant «nos institutions luire d’un éclat semblable à celui des constellations dont les astronomes nous apprirent qu’elles étaient mortes depuis longtemps déjà».
Le procès Chirac pourrait ne pas avoir lieu : trois questions prioritaires de constitutionnalité (moyen de droit qui permet au justiciable de contester la constitutionnalité d’une disposition législative) ont été déposées in extremis ; cette démarche vise notamment à modifier le délai de prescription de l’abus de biens sociaux (remise en cause de la jurisprudence de la Cour de Cassation selon laquelle la prescription de trois ans ne court que lorsque le délit est découvert et non lorsqu’il est commis). Le procès pourrait donc être renvoyé, laissant ouverte et pathétique la problématique ainsi présentée par Guy Carcassonne «tant qu’il est en fonction le Président n’est pas un citoyen comme les autres et lorsqu’il n’est plus en fonction, l’ancien président n’est pas tout à fait non plus un Français comme les autres». Reste comme le souligne Jean-Louis Debré, le président du Conseil Constitutionnel, que «la QPC révèle que la France est devenue une démocratie suffisamment mûre pour accepter pleinement l’État de droit».
Il y a par ailleurs ce sondage choc qui secoue la droite comme la gauche : Marine Le Pen arriverait en tête du premier tour des Présidentielles (23 % contre 21 % à Sarkozy et à Aubry). Un remake du 21 avril 2002 avec deux scénarii au deuxième tour : Le Pen-Aubry ou Le Pen-Sarkozy. Les leçons de ce sondage : DSK n’est pas dans le panel des candidats ; existence d’une vraie dynamique Le Pen ; accusations de la gauche contre Sarkozy accusé de faire monter artificiellement M. Le Pen en jouant sur les peurs (révolutions arabes, islamophobie) ; capacité de M. Le Pen à poser des mots sur les choses. Le sarkozysme tente-t-il, comme certains le disent, de fabriquer un 21 avril ? Ce sondage conduira-t-il le PS à construire un pôle progressiste composé de socialistes, de centristes et d’écologistes ou se dirige-t-on vers un affrontement qui devra alors nous pousser à la vraie interrogation : faut-il continuer à élire le Président de la République au suffrage universel direct ?

Stéphane Baumont


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