Le Pont d’Arcole de 2012

Au-delà de l’Appel de Rio pour des villes durables et plus justes, du Pape Benoît XVI sous le feu des critiques à cause des scandales pédophiles, de la relaxe de l’ex-PDG de Vinci jugé non coupable d’abus de bien social, de la relance du dialogue entre les États-Unis et la Russie (signature prochaine d’un “nouveau start” de désarmement nucléaire) c’est la situation de l’Europe et celle de Nicolas Sarkozy qui suscite l’intérêt des chroniqueurs et l’inquiétude ou les interrogations des uns et des autres sur fond de doute et de flou sur l’avenir de l’une et de l’autre.

 
Aujourd’hui, en effet, «le bouclier de l’euro s’est transformé en glaive» (P.A. Delhommais). C’est à cause de l’euro que l’Europe se retrouve en crise(s) : crise des finances publiques (comme en Grèce) avec une dépense sans compter de l’argent public, un maquillage de son bilan, un laxisme et un mensonge condamnés ; crise de compétitivité qui menace directement un pays comme l’Espagne (où les salaires ont augmenté de 50 % alors que ceux de l’Allemagne ne grimpaient que de 25 %) ; crise institutionnelle aussi (inefficacité du pôle de stabilité et de croissance qui a prouvé sa totale inapplication), le Traité de Maastricht n’ayant pas prévu quels mécanismes de solidarité faire jouer quand un État de la zone se retrouve au bord de la faillite et menace les autres. Autant de crises qui conduisent au recours ultime au FMI, la Maison Blanche fêtant… la naissance de cet euro made in USA ! Alors que la devise européenne devait rivaliser, mieux, détrôner le dollar ; autant de crises entraînant une crise d’identité avec un euro qui loin de rapprocher les peuples et les États-Nations, les éloigne et ne doit sa survie pour le moment qu’à la complexité technique qu’il y aurait à le défaire et à revenir aux monnaies nationales. Certains encore restent des optimistes incorrigibles en affirmant que «tout ce qui ne tue pas l’Europe monétaire la rend plus forte» ou «que la crise ouvre la voie à un fédéralisme budgétaire» !
Quant au Président de la République il fait l’objet d’un front antisarkozyste de plus en plus fourni (à gauche comme au sein de l’UMP – création d’un parti par Dominique de Villepin) annonçant déjà les débuts de la campagne présidentielle de 2012. Pour le Professeur Philippe Raynaud, «le plus grave pour le Président qui voulait incarner toutes les sensibilités de la droite est qu’il les a toutes mécontentées par ses manières et par sa politique». Jean-François Copé a appelé à un retour aux “fondamentaux” mais le problème c’est que personne ne sait où ils sont : hier la tradition, un certain discours sur la nation, la défense des classes bourgeoises, autant de paramètres aujourd’hui en crise et conduisant les citoyens à se chercher, et les classes populaires à souffrir le plus de la crise du système français. On peut aussi se demander si, plus que ses prédécesseurs, il ne souffre pas d’une “bunkerisation” sans véritable critique dans son entourage. «Le moment présent est à la sarko fatigue» pour le psychanalyste Jacques-Alain Miller qui ajoute : «Sa singularité envoûtait, maintenant elle le plombe. Candidat, c’est un être de rupture, unique en son genre, dont le boulot tranchait sur la conjonction des hommes politiques… L’homme du “tout est possible” ivre de volonté s’exposait à un cruel retour du réel qui est venu sous la forme de la crise… L’opinion l’a déphallicisé d’un coup sec tout en reportant sa libido sur un Premier ministre qui est l’image inverse du Président». Mais Sarkozy-candidat perce toujours sous Sarkozy-Président : il serait étonnant que, changeant de caractère il en vienne à changer de posture et de stratégie. Il refusera toute “retraite de Russie” et fera comprendre à son Premier ministre de collaborateur qu’il se veut seul à franchir le “Pont d’Arcole” des Présidentielles sous toutes les mitrailles !

Stéphane Baumont


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