Le plan Busquets à la loupe

©Franck Alix/JT

Les murs de la ville rose murmurent son nom depuis quelques mois. Pourtant qui est ce Joan Busquets qui entend redonner un coup de jeune à Toulouse ? Qu’est-ce qui attend les Toulousains ? A quoi ressemble le Toulouse de demain ? La ville est-elle prête à subir son premier grand lifting ? Le point sur le projet de réaménagement urbain du centre-ville, étape par étape. Un chantier décrypté par Marie-Agnès Espa et Aurélie Renne. 

 

 

C’est un périmètre de 630 hectares qui a été confié à l’architecte Espagnol le 28 novembre 2010 par un jury spécial présidé par Pierre Cohen suite à un concours. Un an plus tard, accompagné du paysagiste Michel Desvigne, il présentait son schéma directeur pour le Toulouse de demain. Le périmètre file du pont Saint-Michel au Canal du midi en passant par les allées Charles de Fitte et les berges de la Garonne, il prend en compte une grande partie de la rive droite et le morceau Saint Cyprien-rive gauche. « Le centre-ville est riche d’un patrimoine qui a évolué grâce à des bâtisseurs visionnaires à l’époque mais aujourd’hui les aménagements publics et les plans de circulation ne sont plus à la hauteur de la 4ème ville de France », indique Isabelle Hardy, adjointe au maire en charge du commerce et de l’artisanat, « la faiblesse de Toulouse, ce sont ses rues moyenâgeuses… » Au Capitole, on évoque à bon train le tout-automobile, l’hyper-centre engorgé, l’urbanisme des années 70… Car Joan Busquets a eu droit à un cahier des charges bien détaillé autour de grands principes d’aménagement : l’eau au cœur de la ville, le développement de la mobilité douce, la circulation à revoir, le réaménagement des boulevards. «Les quatre projets étaient bons mais ce qui a joué en la faveur du professeur Busquets c’est le diagnostic très poussé, il nous proposait un schéma directeur et des concertions puis des projets pilotes » poursuit Isabelle Hardy.

Toulouse va-t-elle y perdre son âme ?

La patte de l’architecte a tant convaincu qu’au concours suivant, concernant le pôle Toulouse-euro-sud-ouest, il s’est aussi imposé : « cela tombe plutôt bien car on aura une cohérence », commente l’élue. Ce qui attend les Toulousains, inquiète autant qu’il réjouit : la volonté de supprimer la circulation de transit notamment fait couler beaucoup d’encre depuis quelques mois. Quant à l’ouverture de la ville sur la Garonne et le Canal, on demande à voir. Joan Busquets avait notamment évoqué une navette reliant les deux rives de la Garonne et des éléments escamotables comme une piscine flottante ou autre aménagement. Des idées que l’on se charge bien de ne pas évoquer au Capitole, restant fidèle au calendrier. Côté opposition, on s’accorde à dire qu’il y « a un réel besoin de réhabilitation de l’espace du centre-ville, d’esthétique, de pratique et de mobilité. Il fallait savoir quelle place donner aux piétons, aux voitures. » Bertrand Serp, ex-adjoint de Jean-Luc Moudenc, explique par ailleurs que « sous la précédente municipalité, nous avions déjà ce projet de réhabilitation du centre-ville, en 2008, la nouvelle équipe l’a repris. » Un aspect en tout cas fait converger la grogne de certains dans l’opposition et se paye la part belle côté riverains : le sujet tant décrié de la place des voitures en centre-ville. C’est un thème phare du plan Busquets : « Sur le projet actuel, nous sommes partisans d’un partage entre piétons et voitures. Les Toulousains doivent pouvoir choisir leurs moyens de transport. » Un sujet qui ne cesse de faire couler de l’encre, côté riverains comme professionnels : « quartiers Capitole, Dalbade, Saint-Pierre, les riverains alertent sur des problèmes de circulation, certains sont obligés de faire des kilomètres et des détours pour rentrer chez eux, c’est le parcours du combattant ! Quant aux commerçants et aux hôteliers, alors que des efforts ont été faits pour développer le tourisme, la situation est très compliquée. Les touristes ont du mal à accéder aux hôtels, ne sait-ce que pour décharger leurs bagages. » Certains Toulousains râlent, à l’image de Sonia, 40 ans qui habite à Saint-Pierre : « Le quartier est moins sympa qu’il y a dix ans, il y a toujours des travaux et pas mal d’insécurité. Je ne peux pas trop faire de courses car pour décharger, je bloque la circulation. Quant à mes enfants, je ne les laisse pas aller seuls à l’école, je trouve les rues dangereuses. On ne sait pas ou marcher, il y a des vélos « indomptables » et encore quelques voitures. » Côté esthétisme, c’est une affaire de goût dira-t-on, car les uns sont enchantés devant les vues futures quand d’autres regrettent que Toulouse y perde quelque peu son âme : « il n’y a pas de place pour l’identité toulousaine, elle a été complètement occultée. Par exemple dans le choix des matériaux, il n’y a pas de briques roses » regrette Bertrand Serp.

« Une vision cohérente à long terme »

Quant à ceux qui s’inquiètent d’une unité entre les parcelles inclues dans le plan Busquets et les autres, le lien devrait se fera grâce à la poursuite du schéma directeur autour des boulevards, l’ouverture du centre-ville et le futur quartier qui accueillera la LGV. « Nous souhaitions avoir une vision cohérente et à long terme du centre-ville en rupture avec le morcellement actuel » ajoute Isabelle Hardy. Pas de panique côté Capitole. Selon l’adjointe au maire, tout sera fait avec mesure et discernement : « Ce qu’il faut avoir en tête, c’est que Joan Busquets a remis un schéma directeur. On sait donc à l’échelle de ce périmètre se projeter sur la ville de demain : profil des voies, types d’usages, plantations, puis au fur et à mesure on décline avec des actions pilotes après étude et concertation. » La première action pilote a énoncé comme priorité de valoriser l’axe Capitole-Garonne, « avec la notion de piétonisation et l’axe Pargaminière/Romiguières livré », indique Isabelle Hardy, « la Daurade et la rue Jean Suau sont en chantier ainsi que la partie basse de Saint-Pierre depuis octobre pour une livraison au printemps. Le budget est engagé, tout est planifié pour une livraison finale fin 2014. » En parallèle ont été lancées deux études concernant l’axe Bayard-Belfort-Caffarelli et le parvis de la TSE. Ces études disponibles « en début d’année » selon le Capitole, donneront lieu à un « travail plus global par rapport à la poursuite des actions sur les priorités données ensuite, mais pas encore arbitrées… » La suite au printemps 2014. Campagnes municipales oblige, les Toulousains attendront un peu.

 

 

Bio express Joan Busquets

Architecte et urbaniste espagnol, Joan Busquets est originaire d’El Prat de Llobregat, à proximité de Barcelone. A la tête d’un cabinet de renommée internationale installé dans la capitale catalane, Joan Busquets partage sa vie entre son agence d’architecture Bau-B fondée en 1990 et l’enseignement de l’urbanisme dans de prestigieuses universités de la planète (Harvard Graduate School, Londres, Rotterdam, Rome, Lausanne et Genève…). Avant d’imager le centre-ville de Toulouse, Joan Busquets a assuré la direction de l’Urbanisme de Barcelone durant les années 80, prenant en charge les aménagements à réaliser pour accueillir les Jeux Olympiques de Barcelone. A son actif et à sa créativité, quelques grandes villes comme : Tolède, La Haye, Lisbonne, Soa Paulo, Singapour en en France Marseille et Dunkerque.

Le chiffre

30 millions d’euros de budget initial pour le projet

Chronologie

2010, novembre. L’équipe de Joan Busquets lauréate du concours

2011, octobre/novembre. Présentation du projet et début de la concertation publique

2012, Travaux des concessionnaires réseaux

2012, juin, présentation du schéma directeur et début des travaux

2013-2014, début des livraisons

 

 



UN COMMENTAIRE SUR Le plan Busquets à la loupe

  1. Mounette . dit :

    Au secours rendez nous Toulouse ……… Nous ne sommes pas en Espagne notre Âme Occitane fout le camp ………….. Fini Toulouse la ville rose mais Toulouse la Noire berckk

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.