Le New Deal politique

Au cœur des commentaires de la semaine depuis le 7 juin, les leçons à tirer des élections au Parlement Européen. Tout d’abord le taux d’abstention traditionnellement élevé bat ici les records de 2004 (60 % au lieu de 57 %) montrant ainsi que les électeurs portent un intérêt dramatiquement décroissant pour ce qui est supposé être l’incarnation d’une démocratie européenne vivante et respectée.

 
Il faut désormais le reconnaître : le spectre des élections à la Sécurité Sociale, avec son abstentionnisme record, plane désormais sur cette consultation européenne. D’où vient que l’institution la plus dynamique de l’Union Européenne demeure sinon mal aimée du moins aussi mal comprise ? Peut-être qu’au-delà des raisons données (absence de campagne, insuffisance de pédagogie, pas de dramatisation des enjeux, épuisement des controverses générales sur l’Europe) les Français ont la conviction que l’agencement des pouvoirs au sein de l’Union en fait l’une des organisations les plus démocratiques du monde mais l’étendue de ses compétences politiques réelles reste désespérément limitée. Le Parlement européen est et reste une formidable machine. Il ne lui manque que d’avoir davantage de grain à moudre : ce sera peut-être demain chose faite avec l’application du Traité de Lisbonne.
Qu’en est-il des résultats sur le plan national ? L’UMP avec 28,5 % des suffrages obtient une victoire large (comme le RPR et l’UDF en 1984) démontrant ainsi que le vote sanction (espéré par le PS et le MoDem) n’a pas fonctionné (comme il est de coutume lors des élections intermédiaires contre le parti au pouvoir et notamment le parti du Président), que c’est la première fois depuis 1979 que le parti majoritaire arrive en tête (mais la victoire de Simone Veil alors n’avait pas empêché le succès mitterrandien deux ans plus tard en 1981…) ; avec 16 % l’écologie politique de Cohn-Bendit et José Bové franchit un pas notable, dépassant les prévisions des sondages les plus optimistes, écrasant le MoDem de François Bayrou (effondrement à 8,5 % démontrant la mauvaise tactique du patron du MoDem dont l’antisarkozysme excessif et l’irruption d’une polémique mal maîtrisée ont contribué à brûler ses propres vaisseaux alors que les sondages le portaient entre 13 % et 16 %), faisant jeu égal avec le PS qui subit comme avec Rocard en 1994 (14,49 %) un échec cuisant (16 %) loin des scores de François Hollande en 1999 (21,95 %) et en 2004 (28,90 %). Faut-il en tirer des conséquences pour les Régionales, voire les Présidentielles ? Il faut rester très prudent. Mais le paysage politique français vient sans nul doute de con-naître quatre événements forts qui auront leur influence sur la suite du jeu politique :
- L’UMP est plus que jamais en bon ordre de marche pour les prochaines échéances mais qu’en est-il du total des voix à droite par rapport à celles de gauche (si tant est qu’elles soient additionnelles)
- L’irruption d’Europe Écologie est un événement majeur de notre vie politique : y a-t-il dès lors un espace politique alternatif et une nouvelle donne voire une nouvelle distribution des cartes, un new deal politique face au désenchantement électoral ?
- Le cuisant échec de François Bayrou (qui a réussi le tour de force de faire oublier qu’il était… le plus européen des candidats et qui s’est trompé dans le “timing” politique) obère-t-il ses chances pour 2012 ?
- L’avenir de Martine Aubry est-il lui aussi gommé par cette défaite en rase campagne ; le PS a-t-il dans ses rangs l’“Obama” du moment pour être en situation en 2012 en effaçant ce nouveau “21 avril” ? Autant de questions qui montrent comme le souligne Roland Cayrol que «la France est un pays anxieux ? Intelligent et joueur qui sait envoyer des messages pour jouer des coups à plusieurs bandes».

Stéphane Baumont


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