Le mythe Jackson

Au moment même où Michael Jackson meurt, à près de 51 ans et que l’onde de choc universelle de sa disparition efface, comme un tsunami, tous les autres pans de l’actualité – quelle qu’en soit sa nature – Pascal Guignard écrit à propos de la publication de l’intégrale des frères Grimm : «Le conte pénètre directement dans l’inconscient. Il ne faut jamais expliquer la signification d’un conte à un enfant. De même il ne faut jamais espérer une interprétation univoque pour un rêve. Leur pouvoir les précède. Une force sourd en nous. Cette force entêtée ne cherche pas la vérité. Elle est vouée à ce qui n’est pas. Elle est antitemporelle…»

 
Et pourtant malgré les préventions du romancier les médias trouvent déjà des coupables à la mort de l’icône planétaire (les médecins, les producteurs, les banquiers ont poussé la star épuisée et ruinée – 500 millions de dollars d’endettement – à remonter sur scène). Alors même que l’opinion publique mondiale vit le conte de Michael Jackson comme un enfant les contes de Grimm : «cette force entêtée ne cherche pas la vérité… elle est antitemporelle». Déjà mythe, homme de tous les records (popularité, ventes, scandales), homme et/ou femme, noir et/ou blanc, une maison transformée en parc d’attractions (“Neverland”), au cœur de graves déboires légaux, financiers et judiciaires (procès pour pédophilie en 2005), Michael Jackson le Noir “blanchi” icône de la communauté afro-américaine “a fait” selon le révérend Sharpton, figure des élites communautaires noirs, «que la culture a accepté une personne de couleur bien avant Tiger Woods et Barack Obama. Il a été à la musique ce qu’ils ont été au sport et à la politique».
Pascal Quignard écrit aussi : «Il y a une poussée dans le crâne plus forte, plus têtue, plus entêtante que la conscience. Cette poussée fait remonter du mot à l’Histoire, de l’Histoire à la légende, de la légende au mythe, du mythe au conte, du conte au rêve». Toutes ces étapes sont celles de la dernière superstar du spectacle, mort moins d’un siècle après que Charlie Chaplin fut devenu le premier de l’espèce, «un artiste», selon le journaliste Thomas Sotinel, «devenu demi-dieu par le jeu combiné de la diffusion massive de ses œuvres et de l’attention universelle des moyens de communication.» Au Panthéon du XXIème siècle l’autel consacré à Michael Jackson après ceux du XXème, de Greta Garbo à Elvis Presley. Une question : Y aura-t-il de nouveaux Michael Jackson ? Quignard nous propose une réponse : «C’est “ce qui n’est pas” qui s’invente dans le conte comme dans le rêve, comme dans le désir».
Au-delà de l’information “absolue” de cette disparition, à sa manière aussi, “absolue” il y a le relatif de l’actualité et son écume des jours : de la révolution verte de Barack Obama (adoption du projet de loi sur le changement climatique) à la répression iranienne étendue à tous les opposants au régime, du voyage du Président de la République aux Antilles (opération séduction envers les élus et mise en garde du LKP ; Christine Taubira se félicitant d’un “statut à la carte” accepté) ; annonce d’un référendum sans fixer de date au scrutin à la municipale partielle de Hénin-Beaumont et au remaniement gouvernemental permettant notamment au Premier ministre de rappeler à la télévision l’article 21 de la Constitution («Le Premier ministre dirige l’action du gouvernement») en omettant volontairement le fameux et inemployé – sauf en périodes de cohabitation – article 20 («Le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation»).
Reste aussi la question des questions à laquelle la revue “Le Débat” tente d’apporter des réponses : comment décidément échapper à cet événement énorme qui remet tout en question, obsède les esprits, commande l’avenir, la crise ? De quoi la crise est-elle au juste la crise ? Parce qu’elle déborde de beaucoup la sphère bancaire et financière où elle a pris naissance.
Quel va être l’impact en profondeur de la crise sur l’opinion au-delà des réactions immédiates ? Y aura-t-il durablement une prise effective et démocratique du politique sur les forces financières et économiques à l’œuvre dans la société ou la demande du pays se fera-t-elle vers l’autorité afin de geler le mouvement ? Que va-t-il advenir de l’espèce de symbiose qui s’était formée entre l’économie chinoise et l’économie américaine au point de faire parler à certains de “Chinamérique”, vaisseau qui se dirige, selon le professeur Guilhem Fabre, «peut-être vers le crépuscule mais certainement pas vers son crépuscule dans la mesure où ses capacités de production subsistent et où la Chine continuera à s’élever dans l’échelle de la science et de la technologie, pour devenir de plus en plus compétitive, dans un monde de plus en plus interdépendant». Elle est décidément loin “la fin de l’Histoire” chère à Fukuyama !

Stéphane Baumont


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