Le mythe gaullien

C’est désormais au son de “frelons” des “vuvuzelas” que vit une grande partie de la “planète foot” et d’une France qui suit avec quelque scepticisme mâtiné de patriotisme forcément d’espérance ses “Bleus” toujours incapables de marquer le moindre but. Nous sommes en pleine planétarisation du football : le même jeu, le même spectacle, les mêmes enthousiasmes se retrouvent tout autour du globe.

 
Comme le souligne le philosophe Robert Redeker auteur de “Egobody”, «le sport rend visible l’âme du monde moderne : la passion de l’infinitisation et de l’illimité.» Le sport est en effet une machine à alimenter le vertige du quantitatif et ne supporte pas de limite : l’existence humaine épousant d’ailleurs les contours du sport où «il est exigé d’elle de faire toujours plus, de courir toujours plus vite, de vivre plus longtemps, de travailler plus intensément, de gagner toujours plus d’argent, d’améliorer ses performances, de rester jeune le plus longtemps possible.» Né en Angleterre, le football (avec l’impériale FIFA) exporte et planétarise l’âme de l’Occident moderne. Exportation du goût de la consommation, de la publicité jusque dans les zones les moins développées, du spectacle télévisuel du football-land en chacun de ses stades. Comme si le football était «l’âme devenue planétaire de la modernité, la Coupe du Monde étant à notre modernité ce que Lourdes et Fatima sont à la “mariolâtrie” : le lieu sacré où le caché et l’essentiel viennent à apparaître», selon Robert Redeker qui souligne que «Rien d’autre que ce quasi-miracle n’explique le succès de cette Coupe du Monde».
Étonnante concordance des temps médiatiques, au mythe vivant du football vient s’ajouter en ces moments – anniversaire le “mythe gaullien” donnant lieu à un véritable déluge éditorial – rééditions, réévaluations, appropriations – comme s’il n’avait jamais paru aussi nécessaire dans un pays qui doute de lui-même et de son identité. «Quand de Gaulle ne sera plus là, il sera encore là» disait François Mauriac. Pourquoi ? Parce que selon l’auteur de l’ouvrage “Le mythe gaullien” (Éditions Gallimard), «de Gaulle cumule en sa personne les grandes formes d’exemplarité : libérateur de la patrie, père fondateur de la République, éducateur civique, protecteur de la Nation avec en prime, de par son éviction peu cérémonieuse du pouvoir, en avril 1969 une touche de martyr, composante obligatoire de la légende dans ce pays toujours profondément imprégné d’imaginaire catholique».
L’anniversaire de l’Appel du 18 juin incite biographe, chroniqueurs et spécialistes à oser la comparaison Napoléon/de Gaulle au point de lire sous la plume de Régis Debray dans “À demain de Gaulle” (paru il y a vingt ans en 1990) ce morceau d’anthologie : «Napoléon fut le grand mythe politique du XIXe siècle. De Gaulle celui du XXe». Alors, en ces temps de dépression de la France de 2010, soixante-dix ans après le 18 juin, de Gaulle est-il devenu un mythe compensateur au point d’ailleurs de voir paraître “Le Gaullisme pour les nuls” de Chantal Morelle, le “Dictionnaire amoureux de de Gaulle” de Michel Tauriac ; au point de voir naître une polémique opposant un collectif de professeurs de lettres s’élever contre l’inscription au programme 2010-2011 du baccalauréat de français en terminale L du troisième tome des “Mémoires de Guerre” (l’erreur étant moins d’avoir mis de Gaulle au programme du bac que d’avoir choisi le troisième tome de ses Mémoires), Roland Barthes accusant le Général d’avoir couvert d’une rhétorique solennelle et impérieuse sa mainmise sur le pouvoir, la plume dissimulant l’épée. Mais l’histoire, même écrite par l’un de ses acteurs majeurs n’est-elle pas aussi «écriture de part en part» comme le rappelait le philosophe Paul Ricœur ?

Stéphane Baumont




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