Le Maroc ; Un grand destin en marche

La ville de Toulouse vient d’accueillir Monsieur Mohammed Ameur, ministre délégué auprès du Premier ministre du Maroc, chargé de la Communauté Marocaine résidant à l’étranger. Ce dernier est né en 1959 à Oujda. Titulaire d’une licence de géographie à la faculté des lettres et des sciences humaines de Fès en 1979, il poursuit ses études en France et particulièrement dans la ville Rose où il obtient en 1989, à l’Université de Toulouse le Mirail, un doctorat d’Etat en aménagement urbain, puis un doctorat de 3ème cycle en géographie et aménagement. Il est aussi l’auteur de nombreux articles et publications sur les questions des villes et du développement du territoire et membre dans de nombreux réseaux de recherche aux niveaux national et international.
Aujourd’hui, ce sont plus de 35000 marocains qui vivent à Toulouse et qui ont un rôle essentiel à jouer dans le devenir immédiat et futur du Maroc de demain. Un Etat marocain qui est de par le rôle majeur tenu historiquement par sa Majesté le Roi Mohamed VI dans la communauté musulmane du Monde, comme de par son positionnement géographique, incontournable dans les stratégies de développement entre les deux rives de la Méditerranée. Rencontre.

 
Monsieur le Ministre, comment définir votre rôle en France auprès de la Communauté marocaine voire au-delà ?
Notre rôle majeur, en tant que Ministère dont l’objet essentiel concerne le mieux vivre de la communauté marocaine vivant à l’étranger, s’inscrit dans une mission à long terme. Avec un double objectif, celui d’accompagner ces femmes et ces hommes dans leur processus d’intégration et d’enracinement dans les pays d’accueil. Mais aussi, et en complément, de leur permettre de renforcer leurs liens naturels avec leur pays d’origine, le Maroc. Ainsi, nous pensons légitimement qu’il n’y a pas d’opposition naturelle à ces deux vocations, ces deux ressentis qui appellent à réussir son intégration sans pour autant se couper de ses racines culturelles.

Votre mission se limite-t-elle vraiment à la Communauté marocaine à l’étranger, ou prend elle aussi en charge la promotion du Maroc à l’étranger ?
Nous pensons que notre rôle premier est de répondre en priorité aux attentes de la communauté d’origine marocaine avec l’obligation de faciliter l’accès à sa culture originelle. Mais aussi et c’est une nouveauté, de tout faire pour faciliter le rapport direct avec le Maroc, particulièrement sur le plan économique et social. Ainsi, nous avons mis en place des partenariats comme des outils techniques qui pourront permettre demain, à tout ressortissant marocain qui aura l’ambition de développer le projet de son choix, dans son pays d’origine, d’être accompagné, conseillé et soutenu tout au long de sa période de démarrage. D’apporter toutes les réponses qu’il est en droit d’attendre de la part de son pays d’origine. Et pour répondre à votre question de promotion du Maroc, n’est-ce pas là, la meilleure façon de parler de notre pays, de mieux valoriser son image à l’étranger en prenant soin de ses ressortissants où qu’ils soient dans le monde ?

Justement, depuis quelques années, bon nombre de mesures ont été prises pour permettre aux ressortissants marocains vivant à l’étranger d’investir plus facilement au Maroc. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
C’est une réalité, le Maroc a pris un certain nombre d’engagements pour faciliter justement le retour sur son sol, d’une manière temporaire ou définitive, de ses ressortissants. Parmi ces mesures phares, on trouve un fond pour la promotion des investissements. Ce fonds est le résultat d’une convention entre l’Etat et la Caisse Centrale de Garantie (CCG) d’une part, et entre la Caisse et le secteur bancaire d’autre part. Il va permettre d’appuyer la réalisation des projets soutenus par les ressortissants Marocains vivant à l’étranger. C’est ainsi que pour tout dossier qui aura rempli les conditions, préalables à tout engagement, à savoir l’apport financier, par l’intéressé, de 25% du coût total de l’investissement, l’Etat, de son côté, portera son concours à hauteur de 10%. Le complément étant assuré par les banques et les différents organismes cités. Mais n’oublions pas que notre rôle premier est de garantir le meilleur devenir aux Marocains vivant à l’étranger. C’est ainsi que nous avons mis en place, à leur attention un certain nombre de mesures sociales. Elles concernent en premier lieu la première génération d’expatriés. A savoir celle qui a atteint aujourd’hui l’âge de la retraite, mais pas seulement. Par ailleurs des mesures importantes et qui étaient débattues depuis de nombreuses années, comme les droits de douane au passage des voitures ont enfin abouti. Notamment pour ce qui concerne les taxes afférentes aux voitures importées dont on vient d’accorder un abattement de taxe de -85%. Il est à noter aussi, que ce sont plus de 12000 familles marocaines qui ont bénéficié directement de ces nouvelles mesures comme d’aides plus appropriées au contexte économique actuel. A titre d’exemple, savez-vous que lors de la perte d’un proche et surtout quand le souhait est annoncé de voir sa dépouille enterrée dans son pays d’origine, l’Etat Marocain est là pour apporter réconfort et soutien total ?

 

Assurer le meilleur devenir à nos ressortissants

Vous dites être très présent auprès des populations défavorisées… Comme cela se vérifie-t-il au quotidien ?
Oui, c’est une réalité, nous sommes en contact direct avec toutes les personnes qui se trouvent en situation précaire. Nous essayons, ici comme ailleurs, de prendre le relais d’associations dites spécialisées et ainsi pallier à certaines difficultés du moment voire bien souvent beaucoup plus. Aujourd’hui c’est l’Etat Marocain qui prend seul en charge tous les engagements financiers inhérents à cette démarche humaniste. Mais n’oublions pas d’autres actions, certes moins médiatiques, mais ô combien importantes et décisives pour le mieux vivre de nos contemporains. Ainsi celles qui s’adressent aux retraités, aux anciens combattants qui en France sont dans des foyers d’accueil, logiquement en perte de repères sociaux, culturels et économiques. Le Maroc a aussi un rôle important à jouer vis-à-vis d’eux. Un devoir à accomplir envers ses concitoyens et où qu’ils vivent dans le monde. Bien entendu nous évitons l’ingérence dans les règles du pays d’accueil, comme ici en France. Mais cela ne doit pas nous empêcher d’être l’interlocuteur capable de plaider ces causes difficiles auprès des autorités locales, pour définir ensemble et en connaissance de cause des mesures vraiment appropriées à chaque cas. Sans oublier d’apporter des aides hautement symboliques, dans des périodes ô combien lourdes de sens pour notre communauté, notamment pour le ramadan…

Votre visite à Toulouse a-telle une dimension bien particulière ?
Oui, car vous n’êtes pas sans ignorer que notre mission en France, nous engage aussi à lier des partenariats privilégiés avec les capitales régionales. C’est ainsi qu’hier j’étais à Bordeaux pour mettre définitivement en place quelques projets et actions symboliques mais importantes pour notre communauté. Aujourd’hui, c’est autour de Toulouse et j’ai eu le plaisir de rencontrer Pierre Cohen, votre député-maire, qui m’a accordé un long entretien privé. Il s’est dit très sensibilisé à notre démarche et prêt à nous faciliter bon nombre de projets et d’actions. Vous le savez Toulouse est une ville que je connais bien, pour l’avoir fréquentée quand j’étais étudiant à l’Université du Mirail et j’aimerais y poser les jalons d’une belle collaboration. Une manière pour nous de montrer que le Maroc agit en pays responsable auprès de ses concitoyens vivant à l’étranger, qu’il ne se dérobe pas devant ses responsabilités.

Pas toujours facile…
Bien sûr, ce n’est pas toujours facile, car la communauté est plurielle. Les attentes sont multiples, mais rien ne nous freinera dans notre volonté d’aller toujours plus de l’avant, encore et toujours. Notre politique c’est d’accompagner les différentes cibles, sans pour autant prétendre que nous avons les solutions à toutes les attentes. Même s’il nous faut montrer à tous que leur pays leur est reconnaissant de tout ce qu’ils lui ont apporté de plus values, en bien des domaines, et depuis des décennies. Entre nous, les ressortissants marocains vivant à l’étranger n’attendent rien d’autre que cette reconnaissance symbolique. Notre manière de reconnaître et d’attester haut et fort qu’ils ont tous, à un degré ou un autre, contribué à la construction de leur pays, au développement du Maroc moderne d’aujourd’hui.

 

S.M. le Roi Mohammed VI, vient de proposer la mise en chantier d’une mission capable d’élaborer la conception d’un modèle national de régionalisation avancée. Comment les ressortissants marocains vivant à l’étranger pourront-ils s’investir dans ce débat ?
Vous savez, d’une manière générale, quand on parle des Marocains, cela sous-entend obligatoirement qu’ils soient de l’intérieur ou de l’extérieur. Nous ne faisons pas de distinguo. Notre volonté à toujours été d’impliquer les Marocains du Monde dans le développement harmonieux de notre pays, tant sur le plan économique, social, culturel qu’a fortiori touristique et aujourd’hui dans ce grand défi de la régionalisation. Il faut savoir le reconnaître, ces Marocains de l’étranger recèlent des compétences recherchées et rares en bien des domaines, multiples et variés. Mais surtout, ce qui nous touche particulièrement c’est qu’ils sont tous, et j’en apporte mon témoignage personnel, prêts à s’investir bénévolement, toutes générations confondues, pour apporter leur pierre à l’édifice qui contribuera, toujours plus, au rayonnement du Maroc de demain. Le tout en accord avec les vœux  et les souhaits de développement conduits par Sa Majesté le Roi Mohamed VI.

Des étrangers particulièrement attachés au Maroc pourront-ils eux aussi apporter leur pierre à l’édifice ?
L’ambition de notre Ministère, le devoir même, est de mettre en place les modalités concrètes qui vont faciliter les mises en relation, les échanges. Tout ce qui permettra à tout Marocain, comme à tout citoyen du monde qui aime notre pays, de participer d’une manière plus efficiente, plus efficace à ce grand projet. Toutes les compétences seront les bienvenues. Vous-même, vous avez évoqué la question de la régionalisation, ce processus ambitieux qui se met en place et intervient dans une période internationale des plus stratégiques, des plus sensibles. Cette volonté stratégique de sa Majesté le roi Mohamed VI constitue une nécessité politique comme économique incontournable. Le Maroc a engagé bon nombre de chantiers de réformes, au cours de ces dix dernières années et aujourd’hui si l’on veut que ces réformes deviennent irréversibles, si l’on veut engager encore de nouvelles générations de réformes, si l’on veut amplifier leur impact sur la société marocaine et sur tout notre territoire, on se doit d’agir au plus près du quotidien des Marocains, d’où le grand projet de la régionalisation. Parler de régionalisation c’est avancer encore plus dans la responsabilité des acteurs régionaux, impliquer d’avantage les citoyens, les acteurs économiques et sociaux, chacun de nous, dans le développement pérenne du pays. En d’autres termes, réformer l’Etat et installer une nouvelle gouvernance territoriale qui va arrimer, à jamais, le Maroc aux pays développés, aux pays démocratiques, de ce monde.

 

Un rôle légitime en Méditerranée

Le Maroc semble peu à peu prendre conscience du rôle majeur qu’il peut jouer dans les relations Euro Méditerranéennes voire même entre l’Europe et l’Afrique. Comment peut-on envisager ce rôle ?  
Le Maroc est par nature un pays méditerranéen. Pas seulement par son positionnement géographique, mais surtout, si j’ose, par rapport à sa culture, son histoire. La dimension méditerranéenne a toujours constitué une dimension centrale du Maroc pluriel. Vous le savez, le Maroc est Atlantique, Saharien et Méditerranéen. Son ancrage méditerranéen est même un élément stratégique supérieur dans l’identité territoriale du Maroc. Ce n’est pas un hasard si notre pays a été le premier à répondre favorablement à l’appel du Président Français Nicolas Sarkozy quand ce dernier a lancé l’idée de l’Union pour la Méditerranée. Le Maroc est très actif pour mener à bien ce projet, pour conforter cette perspective d’avenir tant sur le plan humain qu’économique. C’est aussi là l’opportunité de reconnaître enfin l’apport important que chaque pays des deux rives a et peut garantir aux autres, tant sur le plan du mieux vivre comme du partage des ressources. Oui, il est temps et nécessaire d’engager en tous domaines des partenariats plus avancés qui vont garantir en premier lieu aux populations concernées leur sécurité à l’intérieur comme à l’extérieur de leurs frontières. Conforter la stabilité de ces pays, autant de valeurs qui vont asseoir dans le temps un développement harmonieux, juste et durable de la Méditerranée. Nous savons tous que si nous voulons faire de cette Mer, un symbole de valeurs supérieures entre les pays qui ont en commun ce patrimoine de l’humanité à défendre, il faut agir vite et ensemble.

 

Voilà quelques mois, Monsieur le Ministre, dans la ville de Toulouse, à l’initiative de son excellence Monsieur le Consul du Maroc s’est déroulé le premier Festival Culturel Marocain. Un succès étonnant avec plus de 15000 visiteurs en 2 jours. Un événementiel salué par l’ensemble des pouvoirs publics de notre région. Sera-t-il reconduit en 2010…
Vous savez, de par ma fonction, de par mon rôle, mais surtout de par ma conviction personnelle, je sais que la prise de conscience de l’autre se fait d’abord par le partage et la connaissance justement de la culture. Nous ne pouvons qu’encourager ce type d’événementiel. Je ne vous cacherai pas que je ferai tout pour soutenir mon ami Abdellah Bidoud, le représentant du Royaume dans votre ville, pour que la prochaine édition soit un succès encore plus marquant. Mais je m’empresse d’ajouter que c’est aux associations concernés d’engager les souhaits, d’apporter les idées, de défendre et soutenir, en premier lieu ce type d’événementiel. Par ailleurs, je vous rappelle que le Ministère de la Communauté est un partenaire important de cette initiative culturelle et même multiculturelle. Je sais que l’impact de cette opération a été considérable et a montré combien la culture est un outil incontournable, pas seulement pour faire connaître sa culture d’origine, mais aussi et surtout pour la faire connaître et reconnaître par l’autre. C’est l’un des outils supérieurs et indispensable pour favoriser l’émergence d’une société plus juste, plus harmonieuse, plus solidaire, plus humaniste. Je suis personnellement convaincu qu’une action comme celle-là a aussi une connotation bien particulière dans une ville comme Toulouse qui par essence est une ville multiculturelle, une ville humaniste, une ville d’ouverture et de tolérance.

Propos recueillis par
André Gérôme Gallego
Directeur de la Publication



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