Le Malaise

Pour nous, gens du peuple qui n’avons droit qu’à des mots simples, le Président a fait un malaise. Mais pour s’élever à la hauteur de l’événement et à la qualité de la victime, le malaise est devenu lipothymique, mot savant comme les aiment nos praticiens si bien raillés par un certain Molière. Quoiqu’il en soit, l’on vient de s’apercevoir tout d’un coup que notre Président est mortel et qu’il faut agir en conséquence. Car le principe de précaution est devenu la maladie à la mode. Nos responsables ont tellement peur que l’on vienne les rechercher dans le cas d’un tel ou tel manquement, qu’ils n’hésitent pas à mettre en œuvre toute une machinerie compliquée et onéreuse pour que l’on ne puisse pas dire que tout n’a pas été fait. Le traumatisme du sang contaminé et la canicule de l’été 2003 ont laissé des traces dont les masques, le Tamiflu, et les laboratoires pharmaceutiques seront les bénéficiaires. Quant à la grippe et au virus annoncés, ils feront de toute façon ce qu’ils doivent faire, bien qu’en apparence ils semblent bien bénins. C’est ainsi que le Président a dû subir toute une série de tests dont la plupart était inutile comme d’ailleurs on le fait pour tout un chacun, ce qui n’arrange pas les comptes de la sécurité sociale. On est cependant en droit de se poser la question de ce qui aurait pu se passer si tout à coup victime d’un AVC, le Président n’avait plus eu la capacité intellectuelle d’assumer sa fonction.
Gestion de l’arme nucléaire

Force nous est de constater avec le cas de François Mitterrand que le pouvoir continue à s’exercer même si le Président n’est plus en capacité de le faire et sans pour autant recourir au moyen de substitution que constitue le Président du Sénat. Ce fut cette alternative qui suivit la démission du général De Gaulle ou encore la mort prématurée de Georges Pompidou. Alain Poher devait en ces deux occasions assurer la gouvernance. Une question cruciale se pose toutefois en pareille circonstance quant à la gestion de l’arme nucléaire. On se souvient que lors de la passation des pouvoirs, les deux présidents s’enferment dans un huis clos total dont on nous dit qu’en particulier les codes d’utilisation de l’arme sont échangés. On comprend aisément qu’en cas de mort fortuite, un tel échange ne puisse se faire, ce qui sous-entend que ces codes soient connus de personnes autres que nous ignorons tout en souhaitant qu’elles soient dignes de confiance. Quoiqu’il en soit, cette vacance toujours possible du pouvoir est en la matière un élément des plus préoccupants qui fragilise ne serait-ce qu’un moment la sécurité de notre pays. C’est en de telles circonstances que l’on se rend compte que notre monde court un danger autant de fois qu’il existe de tels codes et de telles armes prêtes à leur obéir. Pour une fois l’on souhaiterait que le principe de précaution aille au-delà de ce qui est raisonnable quoiqu’il en coûte. Mais dans ce domaine il n’existe aucun remède. La folie des hommes ne peut se mesurer pas plus que se guérir. Reposez-vous Monsieur le Président, nous en avons besoin.

Francis Manaud


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