Le gouvernement présidentiel

Alors que les questions continuent à se multiplier dans le monde arabe (vers quel type de régime s’orienter ? Quelle place donner à l’Islam ? Faut-il suivre le modèle turc, indonésien ou pakistanais ?) et que les articles et commentaires se multiplient («Les Frères musulmans ne font plus recette», «l’Islamisme modéré n’existe pas» pour un écrivain koweïtien, Ghannouchi est chassé par le peuple tunisien), c’est l’actualité française qui suscite l’agitation médiatique avec la démission de MAM après deux mois de tribulations puis de pression médiatique et l’arrivée d’Alain Juppé au Ministère des Affaires étrangères, faisant de lui l’homme fort du moment politique au point de ravaler le Premier ministre au rôle de “collaborateur” du Président.

 
La nomination de Claude Guéant au Ministère de l’Intérieur traduit notamment le destin ministériel de tout Secrétaire général de l’Élysée et la volonté du Président de la République d’installer son plus proche collaborateur Place Beauvau pendant la campagne présidentielle. L’arrivée (ou plutôt le retour) de Gérard Longuet au Ministère de la Défense répond à un souhait mais aussi à l’expression d’une confiance envers l’ancien compagnon de Léotard et de Madelin.
Néanmoins les questions restent entières. Tout d’abord, ce remaniement faisant plus que jamais du gouvernement un gouvernement présidentiel contribue à installer aux ministères-clés un gouvernement de campagne électorale, signe éclatant d’une candidature presque certaine du Président sortant s’étant à nouveau adressé à la Nation dans une allocation ciselée ; Deuxièmement, ce remaniement, véritable feuilleton médiatique du week-end permettra-t-il au Président de retrouver cet “introuvable” deuxième souffle et une remontée dans les sondages permettant à terme d’inverser les termes de l’opinion ? Rien n’est moins sûr tant les Français se montrent pessimistes sur leur destin collectif, car ils perçoivent l’écart entre la mondialisation (qui affecte en profondeur notre destin) et le fonctionnement du pays, surdéterminé par une culture politique très administrative ; Troisièmement, ce remaniement constituera-t-il un électrochoc pour la classe politique qui semble garder les mœurs des traditionnels changements d’équipe ministérielle au lieu de basculer dans l’ère du numérique ? Comme le souligne le Professeur Ch. Reynié «Les politiques de droite ou de gauche n’ont pas saisi la portée de cette révolution et se contentent souvent d’un jugement négatif sur le web». À Nicolas Sarkozy et à tous les politiques, au-delà des remaniements hypermédiatisés, de se mettre à l’heure de ce monde nouveau dans lequel les citoyens ont pris le pouvoir pour exprimer une opinion, donner un avis ou défendre un point de vue ; Quatrièmement, la démission forcée de MAM (illustrée par sa lettre de vraie-fausse démission) engendrera-t-elle une critique encore plus forte des politiques par l’opinion publique de plus en plus désenchantée, entraînera-t-elle des alliances imprévisibles (avec Dominique de Villepin) ou conduira-t-elle à un véritable aggiornamento où certains essaieront de faire revivre un néo-gaullisme en quête désespérée de son incarnation ? ; Enfin, ce remaniement et le discours présidentiel éviteront-ils le rejet de l’équipe sortante, fondé sur une antipathie voire une haine du Président sortant, permettant à DSK ou à d’autres candidats socialistes d’apparaître bienveillants et sympathiques plutôt que d’afficher un pro- gramme convaincant.

Stéphane Baumont


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