Le GNRB révolutionne la médecine orthopédique

Stéphane Nouveau, PDG de la société GeNouRoB qui conçoit et distribue le GNRB, outil mécanique permettant de détecter et de soigner les ruptures des ligaments croisés antérieurs, nous parle de son produit, crée en partenariat avec l’école d’ingénieurs de l’ESIEA. Cet appareil se veut à la fois révolutionnaire, efficace et populaire dans le milieu de la médecine, puisque de nombreux clubs sportifs professionnels s’y sont intéressés.

 
Stéphane Nouveau, quand est venue l’idée du GNRB ?
Le projet a commencé il y a 5 ans suite à la rencontre d’un ami orthopédiste, qui utilisait un autre appareil, le KT-1 000. Nous avons eu l’idée de développer un système mécanisé, car le KT-1 000 qui est un appareil américain, était très critiqué à cette époque. Il était remis en cause pour son problème de fiabilité, et surtout de reproductibilité. Nous nous sommes dit qu’il fallait développer un système mécanisé. Ainsi est née la rencontre avec une école d’ingénieurs, l’ESIEA. Nous avons d’abord proposé à des étudiants de développer ce système, ce qu’ils ont bien fait sur le plan électronique. Mais sur le plan mécanique, cela laissait à désirer. Nous avons donc développé la partie mécanique avec des industriels ainsi que la partie composite, ce qui permet d’avoir un appareil que l’on peut vendre dans le monde entier.

Est-ce un outil de prévention pour détecter d’éventuelles faiblesses des ligaments ou permet-il simplement de repérer des ruptures déjà présentes ?
Il permet de détecter les lésions complètes, donc les ruptures, mais il permet d’aller un petit peu plus loin et d’analyser des lésions partielles, grâce à une analyse un peu plus fine, au dixième de millimètre. Il analyse également la dynamique ligamentaire, c’est à dire les courbes qui en ressortent. Nous pouvons toutefois analyser les lésions partielles, nous y travaillons actuellement avec des études qui coordonnent les analyses GNRB aux analyses arthroscopiques.

Quels sont les avantages de cette technique par rapport aux précédentes ?
C’est justement cette plus grande précision de la mesure et cette fiabilité grâce à la mécanisation du système. La technique du GNRB amène une idée nouvelle : l’analyse dynamique de l’élasticité ou de la raideur ligamentaire. Avant, on avait une analyse ponctuelle. Cela correspond à l’évolution des choses. En chirurgie on parle de plus en plus de lésions partielles, or il y a une dizaine d’années nous n’en parlions pas, nous pensions que cela n’existait pas ou que le ligament romprait complètement. Ici, nous voyons qu’il y a des cicatrisations effectives sur de petites lésions partielles et essayons avec notre appareil d’aller les détecter pour les traiter avant une opération. Il est donc possible de voir si cette cicatrisation se fait d’une bonne manière en regardant ces courbes qui apparaissent sur le PC.

N’est-ce réservé qu’aux sportifs de haut niveau ou est-elle accessible au grand public ?
C’est accessible au grand public, nous le vendons à des centres de médecine du sport, mais aussi à des centres de kinésithérapie libérale, qui voient des patients susceptibles de se faire une rupture du ligament croisé. L’intérêt, est de pouvoir mettre en place un traitement fonctionnel et suivre cette cicatrisation dans le temps. Si cela évolue défavorablement, nous demandons à consulter un chirurgien pour l’opération qui permet de remplacer le croisé. C’est très important de penser que la cicatrisation peut devenir un élément essentiel, dans le sens où si nous détectons très tôt les lésions, nous avons plus de chances de voir une cicatrisation se faire dans de bonnes conditions car la prise en charge post-lésionnelle sera de bonne qualité.

Les clubs sportifs professionnels sollicitent-ils beaucoup le GNRB ?
A vrai dire, nous avons plus été sollicités par les orthopédistes qui travaillent avec des clubs sportifs professionnels. Nous avons récemment développé une station qui permet de faire de l’évaluation et du traitement, que nous voulons amener dans les clubs sportifs.

On remarque au fil du temps, que les sportifs se remettent beaucoup plus vite d’une telle blessure que par le passé, on pense notamment au footballeur Filippo Inzaghi qui va bientôt reprendre alors qu’il a contracté sa blessure courant novembre. Pensez vous que l’utilisation du GNRB et des autres innovations est liée à un rétablissement si prompt ?
Si on peut détecter très tôt ces petites lésions, il y a de fortes chances d’avoir de bons résultats sur la cicatrisation. Ensuite, pour un footballeur professionnel, il est intéressant d’avoir un suivi dans le temps, et donc d’avoir des appareils de suivi efficaces et fiables afin de voir si ces lésions évoluent ou non dans le temps. Avec le GNRB, nous avons vraiment un appareil qui en même temps donne une notion nouvelle sur la dynamique ligamentaire. Cette notion, nous ne l’avions pas auparavant et nous ne l’avons pas avec l’IRM, qui est une image statique, or, le GNRB propose une image dynamique. L’intérêt dans le football professionnel, c’est la prévention puis le traitement.

Avez-vous eu des difficultés à concevoir le GNRB ? Si oui, lesquelles ?
Des difficultés, on en a toujours ! Dans la conception même d’un produit innovant, il y a toujours des difficultés. L’idée est de concevoir un appareil mécanisé susceptible d’être mis sur une table. Au Japon par exemple, ils avaient développé des systèmes mécaniques de chaise, invendables, car trop difficiles à mettre en œuvre. Notre volonté était d’avoir un appareil avec une mise en œuvre très rapide mais aussi fiable dans la mesure grâce à un système de capteurs bien placés, permettant une analyse précise. Il fallait également des paramètres de serrage et de positionnement qui améliorent la reproductibilité de la mesure. Nous avons additionné des paramètres qui ont compliqué le développement de ce produit, mais aujourd’hui nous les maîtrisons assez bien. Nous développons toujours notre secteur R&D (NDLR: Recherche et Développement) c’est le cœur de notre entreprise, qui représente près de 50 % de notre activité.

Avez-vous reçu des commentaires d’utilisateurs insatisfaits ? Si oui, les jugez-vous légitimes ?

Oui bien sûr, il y a toujours des retours de nos clients qui permettent d’améliorer les choses, dans le domaine du software par exemple, où nous avons un ingénieur en électronique qui rectifie différents points que les clients veulent améliorer. Mais l’appareil peut aussi poser problème, car il y a des retours mécaniques sur nos première et deuxième versions. La troisième génération est beaucoup plus aboutie. Nous sommes plus précis dans l’analyse des lésions notamment, donc nous commençons à la fiabiliser, et avons d’ailleurs moins de retours qu’avec les deux premières.

Utilisez-vous le succès du GNRB pour promouvoir l’ESIEA ?
Et vice versa ! Oui, c’est un moyen de faire connaître cette école d’ingénieurs dont le siège est à Paris et qui dispose d’une antenne sur l’Ouest de la France à Laval où nous avons conçu le produit. C’est un partenariat que nous avons depuis quatre ans et nous sommes reconnaissants de cette école, qui nous a fait confiance dès le départ. Elle nous a beaucoup apporté en termes d’innovations et a répondu à nos attentes, surtout sur le développement du produit ; ce qu’elle continue à faire. Nous avons embauché des professeurs, l’entreprise s’est structurée. Mais nous avons toujours ce petit partenariat avec l’école pour de petits développements software par exemple, qui permettent d’améliorer le produit.

Propos recueillis
par Edouard Lamarcq


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