Le futur IEP ? « Not in my backyard…»

Voici en exclusivité le futur IEP retravaillé suite aux plaintes des riverains ( bâtiment de gauche vu de la rive opposée la Garonne)

Suite à un appel à projet lancé en début d’année, le cabinet d’architecte GGR a présenté à l’Université Capitole son idée pour l’aménagement du futur IEP à l’endroit des locaux anciennement occupés par EDF au quai Saint-Pierre. Un bâtiment non sorti de terre qui fait pourtant déjà polémique, auprès des riverains, pour certains largement impactés. Enquête sur la dernière controverse quant à l’aménagement du centre-ville. 

Premier écueil du projet dixit les riverains -rejoints par la plupart des associations des quartiers environnants- : « le secret entourant ce projet, qui a été sciemment tenu dans l’ombre jusqu’à la dernière minute », indique Christian Peligry de l’association de sauvegarde du quai Saint-Pierre. En effet, la pilule est difficile à avaler pour les habitants du bâtiment jouxtant le futur IEP. D’autant plus qu’ils l’ont appris par voie de presse qu’un édifice d’une vingtaine de mètres de haut à vocation à leur boucher la vue d’ici quelques années. Quelle n’a pas alors été leur surprise de découvrir l’ampleur du projet, le positionnement de la mairie et les conséquences sur certaines des habitations. Un petit retour en arrière s’impose pour comprendre les tenants et aboutissants d’un tel déménagement prévu initialement pour… la rentrée 2015.

“Le nouvel IEP ne sera finalement pas prêt avant la rentrée 2016″

« En 2011 un contrôle fait par les services de la préfecture sur le site actuel de l’IEP a percé à jour un problème de résistance du bâtiment, qui n’était alors plus conforme aux normes actuelles pour accueillir du public » explique Bruno Sire, président de l’Université de Toulouse I Capitole. Branle-bas de combat à l’IEP qui après étude,   estime à 12 millions d’euros le coût pour tout remettre aux normes : un chiffre « prohibitif » au vu de la valeur du bâtiment… A partir de là, décision est prise de vendre le site (qui sera transformé en logements étudiants, ndlr) et de déménager l’IEP.  Bruno Sire liste les solutions précédemment envisagées : utiliser la Manufacture des tabacs en complément ? Encore faudrait-il pouvoir garder l’ancien bâtiment, « car nous sommes l’université la plus faiblement dotée en m2 par étudiant : 1.8m2/étudiant contre 5 pour la moyenne nationale… Et on sait combien vont arriver d’étudiants dans les années à venir. » Pourtant  à ce jour 1500 étudiants sont accueillis et les futurs locaux auront une capacité de… 2000 élèves, ce qui ne laisse pas une marge exceptionnelle d’accueil pour les années à venir. Pas de panique pour Bruno Sire qui explique : « L’IEP a un contrôle des accès, on n’ira jamais au-delà. » Autre constat : L’IEP est en forte synergie avec le droit et l’économie, « impossible de les installer en périphérie comme cela a également été évoqué ».

« On aurait pu murer les fenêtres des appartements »

Bruno Sire avoue « avoir eu une opportunité rêvée, une occasion exceptionnelle qui ne se reproduirait pas », évoquant la possibilité de s’installer sur la zone des anciens locaux d’EDF, « Mais EDF était déjà engagé avec un promoteur qui souhaitait y implanter un hôtel. » Qu’à cela ne tienne, ni une ni deux, la mairie a préempté le bâtiment afin de le rétrocéder à l’université une fois le permis de construire en poche… « On est obligés d’aller vite car suite au contrôle de la préfecture une tolérance nous est offerte d’occuper le bâtiment jusqu’à fin 2015 sous certaines conditions : baisse du nombre d’étudiants et embauche de personnel qui aideraient à l’évacuation en cas d’incendie. » Des mesures qui finissent par coûter cher à l’IEP, qui s’engage pourtant dans des frais faramineux quant au nouveau bâtiment : « 23.6 millions d’euros» selon Christian Peligry. Suite à la levée de boucliers des riverains justement, deux réunions de concertation ont permis cet été de faire quelques concessions quant au projet final. Ainsi un étage sera raboté, le bâtiment passant de 6 à 5 niveaux et de 25 à 22 mètres de haut. Quant à la distance le séparant du bâtiment voisin, elle est passée de 2 mètres à 7 mètres : « soit la distance d’une rue spacieuse à Toulouse », ajoute Bruno Sire, « on aurait eu le droit d’en faire un bâtiment mitoyen et de murer les ouvertures des appartements… »

Intégrer contemporain et ancien

Selon le directeur de l’université, suite à l’appel à projet, une soixantaine de cabinets d’architectes du monde entier a répondu, trois étant en lice pour les sélections finales : « tous exploitaient le PLU avec la même hauteur et la même implantation, un projet était tout en verre, l’autre offrait une coquille au-dessus de la perspective Saget… » Le projet proposé par le cabinet GGR aurait reçu l’unanimité du jury pour une proposition : « un bâtiment contemporain qui équilibre tradition et modernité. » Au programme : 22 mètres de béton agrémenté de briquettes qui s’accorderont avec la façade classée. L’architecte des bâtiments de France a « suivi le dossier de très près », indique-t-il. Quant à Laurent Gouwy, du cabinet GGR, il hésite à s’étendre sur le sujet mais justifie néanmoins la proposition faite : « Le projet occupe une parcelle restreinte et pour nous c’était intéressant que les occupants aient un rapport fort au site : à cet endroit-là on domine la Garonne et le quai du Bazacle. Cela aurait été dommage de ne pas pouvoir jouir de ce spectacle : tout notre projet est basé sur la réalisation d’une très grande terrasse côté Garonne qui sera une respiration extérieure de l’IEP. » Une respiration donnée à 2000 étudiants après l’avoir soigneusement ôtée à une poignée de riverains qui ne risquent pas de rendre la tâche facile. D’ailleurs Laurent Gouwy poursuit : « Pour le moment il n’y a pas de calendrier mais beaucoup d’interrogations… » Côté université, Bruno Sire reste confiant et ne voit pas pourquoi le permis ne pourrait être déposé ce mois-ci, comme prévu. Le calendrier initial a déjà été largement retardé par la concertation : « On vient de faire plus d’un millions de travaux dans nos locaux actuels pour installer un escalier facilitant une éventuelle évacuation des étudiants, en espérant qu’ils nous permettent de rester plus longtemps, car le nouvel IEP ne sera pas prêt avant la rentrée 2016 ». Oppidea, SEM d’aménagement de Toulouse Métropole ne désire en tout cas pas s’exprimer sur le sujet précisant qu’elle ne joue là « qu’un rôle d’opérateur et non de maître d’ouvrage, construisant pour le compte de quelqu’un d’autre. » Un sujet qui divise, amoureux de l’histoire toulousaine d’une part et les autres, concédant au Toulouse de demain un visage sérieusement lifté.

Aurélie RENNE

Le chiffre

5000m2 c’est la surface finale contre 2600m2 avant travaux

 

 

A ce jour, les locaux quai Saint Pierre préemptés par la mairie ont été réquisitionnés par le DAL et sont occupés depuis mi-septembre par une cinquantaine de familles. Selon nos sources ce serait l’un des plus gros centres d’hébergements actuels.



UN COMMENTAIRE SUR Le futur IEP ? « Not in my backyard…»

  1. Gérard Couvert dit :

    Cohen le copain des promoteurs-saccageurs … l’IEP le réservoir des dirigeant acculturés et formatés, une expertise bien commode, et toujours l’action masquée, cachée, dans le dos … Vite les élections !

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