Le Conseiller justice à Pôle Emploi ; « Un billet de sortie »

Conseiller justice à Pôle Emploi depuis 1999, Saïd Amarouche accompagne les détenus dans leur réinsertion professionnelle et sociale. Après une présélection opérée par le Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation (SPIP), il propose au détenu des pistes de retour à l’emploi, en fonction de ses souhaits, de son expérience, de ses qualifications mais aussi de sa situation pénale et des opportunités du marché du travail. «Nous apportons tous les savoir-faire du Pôle Emploi dans une prison et agissons de la même façon qu’avec un demandeur d’emploi “classique”. La sortie se fait sur l’emploi direct mais aussi sur une formation spécifique par rapport à un projet validé en amont» précise-t-il.

 
Face à lui, des profils très diversifiés, avec d’un côté des détenus sans formation, de l’autre, au contraire, des Bac+5 : «Personne n’est à l’abri du délit» ajoute Saïd Amarouche. Puis, des courtes ou des longues peine et une prise en charge qui n’est pas la même : «Une personne qui a perdu son emploi et qui est incarcérée deux mois, peut sortir avec un emploi direct grâce à une redynamisation en milieu fermé et une refonte du projet d’emploi. Mais pour un détenu en longue peine, l’approche est différente : il a perdu tout repère en milieu ouvert. A nous de lui remettre le pied à l’étrier : réapprendre à se lever, à respecter les règles, les consignes, l’esprit de travail.»
Selon ce Conseiller Pôle Emploi, le regard de l’entreprise sur la personne incarcérée a changé : «Il y a quinze ans, si une personne était passée par la prison, dans l’esprit des gens, c’était parce qu’elle avait forcément tué quelqu’un. Aujourd’hui, quelque soit la catégorie de détenus, les entreprises ont envie de s’ouvrir à l’aide sociale. Ce n’est pas la prison qui va empêcher la personne de travailler à sa sortie.» Avec l’aval du magistrat, Pôle emploi peut également mettre en place une évaluation en milieu de travail afin que le détenu puisse sortir une semaine avec un retour de l’employeur sur le comportement du candidat à l’embauche : «L’objectif revient aussi à négocier un contrat à plus ou moins long terme» ajoute Saïd Amarouche, «et adéquat pour que l’employeur puisse bénéficier d’aides à la réinsertion du détenu.»
Chauffeur poids lourd, magasinier, caristes, préparateur de commandeur, employé au nettoyage de locaux, aux espaces verts… Les débouchés, eux, ne nécessitent «malheureusement pas une très grosse formation, même si nous essayons de ne pas “jeter” les bagages que les détenus ont pu acquérir en amont» constate Saïd Amarouche pour qui cet engagement en milieu carcéral est un véritable «challenge» : «Il n’y a pas de routine» explique-t-il, «mais ce travail peut-être lourd parce que certains détenus n’ont pas goûté à la vie dehors depuis pas mal de temps. Nous sommes un peu leur billet de sortie mais on n’a rien sans rien, c’est un combat quotidien.»
Sur ce seul mois d’avril, Saïd Amarouche a pris en charge 73 détenus : 16 sont sortis sur des actions spécifiques, avec à la clé des contrats de travail.


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