Le Château de Merville ou le Château des Merveilles

Le jardin du Chateau de Merville

Dans le vaste territoire du château de Merville qu’on pourrait appeler par assonance «Le château des merveilles» on s’étonne de l’aspect si imposant de l’édifice, qu’il est rare de voir en plein midi toulousain, d’une telle majesté, à la façade d’entrée qu’inaugure une grille haute et ouvragée, précédée par une cour intérieure ; que la disposition de deux ailes latérales au corps central du bâtiment impose d’une façon magnifique. Le château de Merville est véritablement une œuvre du grand siècle, à quelques tours de carrosse de Toulouse.

Le Château aux trois cent mille briques

Son fondateur et celui qui l’a inspiré, François-Auguste de Chalvet-Rochemonteix, grand sénéchal, a dans l’idée d’en faire un haut lieu tel qu’on les aime en ce début du XVIIIe siècle où Versailles inspire les cours d’Europe ainsi que les fortunes qui, sans rivaliser avec les folies de Vaux le Vicomte, font état de leur prestige.

François-Auguste de Chalvet-Rochemonteix veut sur ses terres de Merville héritée dela Renaissancepar un sien ancêtre, une demeure de grande dimension et au-delà, un parc qui se perd au loin ; comme un horizon marin.

Il en fait la demande à l’architecte Maduron et les deux s’y emploient et devisent sur des plans conçus par l’un et commentés par l’autre.

On y décide de la forme en U et de la hauteur à étages de l’édifice. On dispose les pièces d’apparat face au parc pour celles du rez-de-chaussée, chacune s’ouvrant en larges portes vitrées. Ainsi, la salle à manger puis les chambres, ensuite le salon chinois et d’autres pièces qui se suivent. Une même disposition est arrêtée pour les pièces du haut, par autant croisées, se voit le parc où plongent ses étendues.

L’étude prend longtemps et François-Auguste de Chalvet- Rochemonteix en semble satisfait. L’architecte est à pied d’œuvre. On fait venir par caravanes de charrettes autant de matériaux qu’il faut. Des chemins sont tracés et par voie fluviale, viennent des nuées de gabarres chargées de sable et de gravier. Quant aux briques, il en faut une quantité phénoménale, au moins trois cent mille qui épuise les chauffes des tuileries locales. Et ce n’est que bien plus tard, après les fondations, vers le milieu du siècle que le château s’achève et que se trace son parc qui, d’ailleurs, a attendu notre siècle pour que ses plans en soient parachevés.

Comme un air de Chine

Des merveilles du temps s’installent à l’intérieur, médaillons de portraits de femmes aux joues roses, tapisseries des Flandres datant du roi François et le salon chinois couvert par Gilles de Pins de fresques àla Boucher, dans le goût des salons de l’époque, autant à Vaux le Vicomte qu’au château de Champs. Rien n’est laissé au hasard d’une fantaisie qui suit ce qu’on aimait tant figurer en ce grand siècle, sur les tentures, les éventails ; où se brodait, se dessinait, se tissait un air de Chine. De même la vaisselle où excellaient les manufactures, dont Sèvres puis, celles plus locales, dont Martres-Tolosane ; avec assiettes et tasses au chinois.

A l’étage, la galerie d’ancêtres se suit comme un diaporama et   une pièce voisine est comblée d’une bibliothèque intégrale, je veux dire enrichie par les siècles puisque, à ce qu’on sait, la révolution a épargné ses spasmes, au somptueux château.

Dans les pas du grand Le Nôtre

Allant avec la demeure, comme en prolongement, le parc couvre l’hectare par dizaines, dans un ordre parfait, avec ses futaies au bon endroit, ses bassins entourés de verdure, et ses allées de buis, graves, solennelles qui ombrent les allées, un parc à la française tracé de la main du grand Le Nôtre aux espaces agencés de telle façon, qu’à aucun endroit l’arbre ou la haie empêche la visée. C’est-à-dire qu’on y navigue avec toujours devant soi, un nouvel horizon.

Ce qui est plus remarquable encore à Merville, d’ailleurs classé «Jardin Remarquable», c’est le labyrinthe lui aussi imaginé par Le Nôtre, dont les allées de buis s’étendent sur près de quatre hectares et courent l’une dans l’autre, jusqu’à près de six kilomètres.

Il est d’ailleurs l’un des plus vastes et des plus célèbres d’Europe. Il faut savoir s’y perdre, ce qui ne manque pas d’arriver même si vous avez un sens inné de l’orientation. Quand on y pénètre, on se retrouve vite devant des portes fermées qui demande l’interprétation d’un code pour qu’elle s’ouvre. Ce qui fait qu’au bout d’un moment, après avoir cru que c’était la bonne direction, on passe par les mêmes endroits ; sans toutefois avancer. C’est un peu comme une chasse au trésor pleine de formules, dont il faut à chaque fois résoudre l’énigme.

Des chênes séculaires dépassent des haies toutes semblables et  des lattis de bois longent les sentiers qui balisent la marche. Il s’agit bel et bien d’un endroit où il faut se perdre même si parfois la formule est trouvée et si, par un sésame, une porte s’ouvre.

Là tout est ténébreux et le jeu s’intensifie pendant qu’on imagine la formule et qu’un autre sentier vous invite à aller plus loin ; sachant que des hauts arbres qui dominent les buis tassés, ont été mis à bas par dizaine en 2009 ; par la tempête «Klaus», comme des baguettes de Mikado.

Sinon, on s’y amuse à Pâques, au château de Merville, dans le parc où sont nichés pour les enfants, des oeufs par dizaines de milliers ; ce qui, comme on peut l’imaginer, ne manque pas de créer l’événement.

 

J.R.G.



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