Le Canal du Midi est en danger : Bougeons-nous !

Canal-une
Photo : Franck Alix

Alerte. Les arbres sont malades, les ragondins prolifèrent et l’argent manque pour faire de ce patrimoine une belle vitrine pour notre territoire. État des lieux.

Par Julien Davenne

 

Au rayon des belles saloperies, le chancre est tête de gondole. Déjà chancre, ça craint. Qu’il soit mou ou syphilitique ne rassure pas ; du coup, on se dit que coloré, c’est plus gai, moins moche. Faut voir.

Quand il est génital, le chancre est entièrement dédié à l’homme, le vrai. Heureusement, pénicilline et antibiotiques en viennent le plus souvent à bout, sauf en cas de complication gangréneuse pouvant alors nécessiter  l’amputation, oui, l’amputation.

Probable que si une pandémie venait menacer ainsi  l’organe central de la virilité, la recherche ne faiblirait pas. Des chercheurs en combinaisons blanches, façon Ebola, lutteraient sans relâche. Des fonds seraient débloqués, parce que c’est comme ça, quand on ne sait plus quoi faire, on débloque.

Le Canal du Midi et ses belles érections platanières ont du mouron à se faire. Le chancre coloré croît et seule, l’amputation semble en mesure de freiner l’inexorable propagation de la saloperie. Alors, les dents des tronçonneuses mordent le bois malade, et l’un après l’autre, les platanes tombent et sont brûlés sur place, ne laissant au bout du compte qu’une rigole désolante.

«  Le chancre n’est pas le seul responsable de la menace »

Le Canal est en péril mais le chancre n’est pas le seul responsable de la menace. L’érosion, l’incivilité et les atteintes parasitaires en remettent une couche. Entre autres ennemis du canal, ragondins et blaireaux sont en première ligne.

Le ragondin prolifère de façon exponentielle. À raison de trois portées de 5 à 6 rejetons par an, les parents ragondins assurent leur descendance et la dégradation des berges. Les terriers creusés fragilisent les rives, menacent la stabilité et provoquent des fuites d’eau conséquentes. Les tentatives d’éradications menées ici ou là sont restées infructueuses. Tenace et vivace, le ragondin va bien.

Le blaireau est plus inquiétant. Polymorphe, il prend le canal pour une poubelle, une aire de jeu, une station de lavage ou de pompage. Alors, il jette, souille, capte, se débarrasse et régulièrement, Voies navigables de France fait appel aux pompiers qui récoltent canapés, caddies, scooters et autres objets improbables.

Voies navigables de France est un organisme public dépendant du ministère de l’écologie. Malgré la baisse de ses dotations, l’organisme doit gérer, entretenir etexploiter 6 700 km de fleuves, canaux et rivières, près de 3 000 ouvrages d’art et de 40 000 hectares de domaine public.

Pour alléger sa barque, VNF a établi une convention avec la ville de Toulouse. À VNF les questions relatives à l’eau, à la municipalité les alentours. Alors, la Ville lance des appels à projets. À Matabiau, la maison éclusière abrite la Maison du Vélo, celle du Quai Saint Pierre, un temps envisagée pour devenir la Maison Nougaro, pourrait accueillir un espace culturel de  restauration. On verra.

Pour le chancre, c’est tout vu. La recherche ne tient qu’à l’initiative d’un groupe de jeunes chercheurs toulousains de l’INSA, actuellement à Boston pour présenter un projet de trithérapie susceptible de vaincre le chancre coloré.

Rives fatiguées, berges ravagées, eaux troublées, ouvrages délabrés, les canaux toulousains sont menacés. Le chancre se propage et focalise l’attention. Comme l’arbre, qui cache la forêt.

 

 

 

 

 

 



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