Le bureau des objets trouvés: Doudous, extincteur et scies circulaires cherchent propriétaires désespérément

Chaque année, 10 000 à 12000 objets tombés d’une poche ou simplement oubliés par quelque étourdi transitent par un bureau moins conventionnel qu’il n’y paraît. Visite aux objets trouvés, un lieu aussi cocasse qu’indispensable, où défile chaque jour la vie des Toulousains.

Au fin fond d’une ruelle camouflée derrière la place du Salin, un bâtiment municipal abrite un bureau des plus étranges. Là, entassés telles des milliers de reliques : clefs, portefeuilles en pagaille, kyrielle de parapluies et autres sac à main délaissés par des esprits rêveurs. Loin de n’être qu’un endroit de stockage, c’est là que se rendent les éternels distraits pour réclamer leur dû. Quand ils parviennent à localiser le lieu, qui -c’est un comble- semble victime d’une curieuse malédiction : « On a toujours eu du mal à nous trouver. A notre ancienne adresse un sens interdit trompait les gens qui pensaient se rendre dans une impasse et n’arrivaient jamais jusqu’à nous. Depuis mai 2013, nous sommes au 7 rue du moulin du château… qui débouche sur la rue des moulins, ce qui pousse au quiproquo. On est maudits ! » plaisante le brigadier-chef Gérard Thédié, chef de service adjoint de police municipale. Chaque jour, ce sont des dizaines de Toulousains désemparés qui sollicitent l’un des quatre salariés du site se transformant parfois en bureau des pleurs. Mais attention ne repart pas qui veut avec la Rolex trouvée l’avant-veille square de Gaulle ! « On demande un descriptif de l’objet perdu avant de présenter le bac contenant nos trouvailles, il faut aussi être relativement précis sur la date et le lieu approximatif de la perte.» Vraisemblablement les voleurs ont autre chose à faire que de venir pleurer aux objets trouvé puisque « 99% des gens viennent chercher un objet qu’ils ont réellement perdu… mais on est prudents car le malhonnête du coin traîne toujours ! »

Une place pour chaque chose, chaque chose à sa place

Aujourd’hui ce service municipal est le seul site toulousain où retrouver ses trésors perdus : « il y a quelques années, Tisséo gérait ses objets trouvés, mais aujourd’hui la société livre chaque matin le lot d’oubliés dans le tram, le métro ou le bus. » Et les transports en commun semblent bouleverser les Toulousains puisque Tisséo reste le plus gros fournisseur du bureau ! « Les commissariats, mairies, la cité de l’Espace ou encore l’hôpital Purpan et certains grands magasins nous livrent aussi quelques colis. » Quant à la saisonnalité des pertes toulousaines, elle n’est que légende : « l’été les natifs désertent, les entreprises ferment, il n’y a donc pas plus d’oublis que pendant l’année. » Gérard Thédié évoque les vacances scolaires cependant qui font largement chuter le nombre de cartables abandonnés… « Les écoliers sont sur le podium de l’inattention, on ramasse des sacs d’école en pagaille et personne ne vient les chercher. Mais je vais vous faire une confidence : les enfants les oublient dans le métro et ont tellement peur de se faire houspiller qu’ils avancent se l’être fait voler, et les parents ne viennent jamais nous voir ! » Accompagnant les têtes blondes sur le podium, les personnes âgées, les étrangers souvent moins attentifs, les simples étourdis… ou encore les bébés ! Car un « bac à doudou » tient preuve du malheur probablement rencontré par plusieurs familles suite à la perte dudit doudou tant adulé…

La majorité des objets retrouve son propriétaire

Outre le problème des cartables, le système est plutôt efficace : « Pas une journée sans visite», lance le brigadier en chef en faisant son calcul : « ces trois derniers jours, 61 objets ont été redistribués, et c’est sans compter les 20 à 25% de visiteurs supplémentaires qui sont rentrés bredouilles. » Car les malheureux qui se rendent compte de leur étourderie viennent souvent trop tôt : « il faut laisser passer une bonne semaine après la perte de l’objet, le temps qu’il soit rapatrié sur le site, classé, etc. » Car le quotidien des agents de police municipale n’est pas aussi rigolo que les objets parfois dénichés : trier, étiqueter, classer voilà le lourd tribut nécessaire à la traçabilité des trésors en tous genres qui emplissent ce bureau. « Lorsque le nom et l’adresse sont visibles -comme sur les papiers d’identité- nous envoyons un courrier aux personnes afin de leur apprendre qu’ils peuvent venir chercher leur bien. » Une procédure que les agents mettent un point d’honneur à exécuter : « On accueille des gens en position de détresse, quand vous avez perdu tous vos papiers, vous êtes désorientés. »

Une paire de ciseaux géants devenue mascotte

Quant au temps de garde imposé par la loi, il est d’un an et un jour mais le maire peut prendre des arrêtés restrictifs : « ceci afin d’éviter d’avoir 550 vélos à la fin de l’année… Les objets précieux sont supposés être gardés 1 mois mais nous les gardons trois mois, tout comme les vêtements, sacs, téléphones portables, parapluies etc. Les documents administratifs restent au moins un mois et demi au lieu de quinze jours car c’est trop juste pour se retourner. » Tout ce qui est alimentaire ou hydrocarbure est systématiquement détruit. « Quand le délai est passé, on procède à l’épuration : les papiers sont renvoyés vers la préfecture d’origine, les objets précieux sont mis aux enchères, les objets en bon état sont donnés à Emmaüs, l’argent est envoyé au Trésor Public (à raison d’environ 3000 euros par an, ndlr) Les clefs et objets en mauvais état sont détruits. Quant aux lunettes, elles retournent aux opticiens qui les renvoient vers des œuvres caritatives adaptées. » Certains objets restent au bureau tels des trésors devenus mascotte, ainsi une paire de ciseaux de drapier d’une cinquantaine de centimètres… qui force l’admiration parmi les paires de ski, les scies circulaires effrayantes et les béquilles oubliées on ne sait pas bien comment… « On n’a malheureusement pas toujours les tenants et les aboutissants pour comprendre l’histoire de ces objets… »

 

A savoir

Boîte à bijoux, montres et autres colliers de perles… passé un délai d’un an et un jour, l’objet peut être remis à son inventeur (celui qui l’a trouvé, ndlr) mais il n’en devient pas pour autant propriétaire : si le réel propriétaire ressurgit  il faudra rendre le bien ! En cas de vente, l’affaire peut parfois être portée au tribunal.



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