L’audience de la semaine: Le cas troublant de Christian Raquidel.

Lundi 2 septembre, au Tribunal de Grande Instance de Toulouse, a été jugé Christian Raquidel. L’homme, qui purge actuellement une peine de 15 ans pour une autre cause au centre de détention de Muret, comparait aujourd’hui pour des faits graves de mœurs qui se sont déroulés à Muret, essentiellement entre avril et novembre 2011 alors qu’il était en liberté conditionnelle. L’audience est ouverte.

« Oui, il a un passé de pédophile, ça lui fait mal de l’entendre. Mais on ne peut pas le condamner à défaut de fait (…) on ne condamne pas pour une rumeur », plaide l’avocat du prévenu Christian Raquidel, Me Pierre-Marie Bonneau. L’affaire est perturbante, troublante. Le prévenu qui comparait aujourd’hui a un passé judiciaire et deux condamnations à son actif, une en 1996 pour corruption de mineure (18 mois) et une seconde en 2004 pour viol et corruption de mineure (15 ans). Il est au tribunal aujourd’hui pour une nouvelle affaire de mœurs, toujours liée à des mineurs, qu’il est accusé d’avoir commis entre avril et novembre 2011 à Muret. Suite à l’enquête menée par le juge d’instruction, la justice retient cinq chefs d’accusation : non déclaration de son changement d’adresse par une personne enregistrée dans le fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (FIJAIS) entre octobre 2010 et novembre 2011, corruption de mineur de plus de 15 ans  entre avril et novembre 2011, diffusion de message violent, pornographique ou contraire à la dignité accessible à un mineur entre avril et novembre 2011, détention de l’image d’un mineur présentant un caractère pornographique entre avril et novembre 2011 et provocation directe de mineur de 15 ans à la consommation habituelle et excessive d’alcool. Christian Raquidel aura 60 ans à la fin de l’année, il est malingre, n’a pas l’air dangereux, en somme un « monsieur tout le monde ». La gendarme lui enlève les menottes et il s’installe à la barre, face au juge Roussel. Au moment des faits qui lui sont reprochés à cette audience, le prévenu était alors en semi-liberté, celle-ci a été « révoquée au vue des faits que la cours examine », explique en préambule le juge Roussel.

 

Une vision minimaliste de faits graves

« Monsieur Raquidel, nous allons essayer de comprendre, aujourd’hui, qui vous êtes », entame le juge Roussel avant de poursuivre : « Il vous est reproché d’avoir réuni des adolescents chez vous, que vous avez incité à parler de sexe, alcoolisé et auxquels vous auriez montré des images pédopornographiques (…) On s’étonne qu’après un tel passé on vous retrouve à nouveau emmuré. Dans votre discours vous êtes à chaque fois en décalé de la réalité. » Le juge évoque alors les différentes évaluations psychologique et psychiatrique auxquelles le prévenu a été soumis qui lui prêtent une tendance à banaliser les faits. « Parlons de votre comportement, vous avez une vision minimaliste de choses qui sont particulièrement graves, l’accusation de corruption de mineur s’alimente avec les comportements du passé », entame le juge. Et le prévenu de répondre : « Oui les enfants venaient chez moi, je fréquentais leur mère, je n’ai rien à me reprocher Monsieur le juge », pour ce qui est des faits antérieurs il les reconnait mais les qualifie de dérapages. Le haut magistrat retrace alors les grandes lignes de l’histoire, des voisins de Mr Raquidel qui s’inquiètent que leurs enfants passent du temps au domicile de ce dernier, des bruits qui courent et enflent dans la cour de l’établissement où sont scolarisés les enfants… Le juge relate des éléments du dossier ; « On dit que Mr Raquidel offre des cadeaux aux enfants,  que des petits garçons dorment à son domicile, qu’ils viennent aussi chez lui boire de l’alcool, fumer, feuilleter des mangas avec des femmes nues, des images à caractère pornographique et ont accès à internet. Un des enfants raconte que le prévenu aurait proposé d’offrir un scooter ou 500€ contre des séances photos … » Huit enfants ont été entendus par le juge pour enfant qui siège d’ailleurs aujourd’hui comme assesseur aux côtés du juge Roussel.

 

« Il nie et réitère, le tribunal doit lui donner un signal fort »

Dans le dossier, déjà bien fourni par les éléments de l’instruction exposée aujourd’hui  mais aussi des précédentes, figure le témoignage d’un ancien co-détenu du prévenu, lui-même incarcéré pour des faits à connotation sexuelles. Il explique que l’accusé lui a raconté qu’il recevait des enfants chez lui et leur faisait des cadeaux mais qu’il ne leur donnait pas d’alcool, juste des cigarettes. Le juge stipule que cette personne a précisé que le comportement de Christian envers les enfants était « anormal »

S’en suit une discussion entre le juge et l’accusé :

Le juge: « Votre comportement, globalement, il n’est pas normal… »

L’accusé : « Les enfants n’étaient pas en permanence chez moi »

Le juge : « Avec ces deux condamnations, pourquoi cette prise de risque M. Raquidel ? »

L’accusé : « D’abord c’étaient des garçons, ils ne m’intéressent pas sexuellement les garçons… »

Le juge : « Des adolescents… »

L’accusé : « Je n’y vois pas de mal monsieur le juge »

La parole est maintenant au procureur Michel pour qui « il s’agit là du dossier le plus grave de l’après-midi. D’une affaire désagréable car le prévenu a été déjà condamné pour ce type de faits mais aussi parce que cela touche à l’enfance, la préadolescence. C’est inquiétant car le prévenu n’a rien compris, les messages précédents n’ont pas eu de prise. » Pour le ministère public le comportement du prévenu reste identique à celui qu’il a eu lors de ses précédentes comparutions, « il nie et réitère, le tribunal doit lui donner un signal fort. Le prévenu le savait, il a dit lui-même qu’il devait mettre une barrière. L’affaire est grave, ce qui se passe est inacceptable », appuie le procureur.

 

« Je n’ai rien fait Monsieur le juge »

Christian Raquidel est toujours debout à la barre. Maitre Pierre-Marie Bonneau, son avocat, s’avance à son tour devant le juge et ses assesseurs pour prendre la parole. En introduction, Maître Bonneau invite la cour à se rappeler l’adage « il ne faut pas fouler au pied la liberté au motif de faits passés » et stipule que son client « a bénéficié d’une remise de peine et ce n’est pas par hasard » exprimant à ce moment précis sa confiance en la justice. L’avocat relate aussi que l’accusé, par le passé, a eu aussi plusieurs non-lieu, que l’on ne lui a pas accordé de confrontation avec les jeunes accusateurs, demande où sont les preuves et argue que « c’est au ministère public de démontrer que Mr Raquidel est coupable ». Maitre Bonneau conclue en clamant : « Nous devons condamner quand il y a matière à condamner. On n’envoie pas, en France, les gens en prison pour des appétences ou des imprudences ». Il demande la relaxe de son client. Avant que la cour se retire, le juge Roussel donne une nouvelle fois la parole à l’accusé qui lâche : « Je n’ai rien fait Monsieur le juge, je n’ai rien à me reprocher ». L’audience est suspendue. Au terme de presque deux heures d’audition, la cour délibère sur le sort du prévenu et après moins d’une demi-heure, le juge énonce la sanction. M. Raquidel voit son temps d’enfermement se prolonger.

 

La décision

2 ans

Pour le chef d’accusation de détention de l’image d’un mineur présentant un caractère pornographique : la relaxe. Pour les autres accusations Christian Raquidel est jugé coupable et se voit sanctionné par le Tribunal de deux ans d’emprisonnement dont six mois fermes, suivi de vingt-quatre mois de mise à l’épreuve, avec obligation d’inscription au fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (FIJAIS) et d’une amende de 30 000 euros. L’homme est également soumis à diverses obligations comme ne pas approcher d’écoles, ou exercer d’activité en lien avec des enfants (entre autre). Il ne recevra pas d’injonction de soin car cela a déjà été fait sans aucun résultat.

Marie-Agnès Espa

 



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