L’après Izard se prépare

Pierre Izard est une figure de la vie politique locale. « Un monstre d’autorité » pour un proche, « un hussard de la république qu’on se doit de respecter même quand il y a des divergences de fond et de forme » pour l’écologiste Patrick Jimena, « un président qui nous en met parfois plein la poire » pour l’élu de l’opposition départementale Jean-Marc Dumoulin… Mais l’homme n’a jamais laissé indifférent. Aujourd’hui sa succession semble clairement à l’ordre du jour du fait du redécoupage annoncé des cantons, mais pas que… Ses amis socialistes favoriseraient en coulisses son départ. Enquête de Thomas Simonian et Séverine Sarrat.

En 1988, le pédiatre Pierre Izard succédait à Léon Eeckhoutte à la tête du Conseil général de la Haute-Garonne. Depuis l’homme de Villefranche-de-Lauragais a largement personnalisé l’institution : « Tout passe encore par lui, c’est un bosseur hors-pair », nous confie même un proche. Si l’homme a su imposer sa marque au fil des années, les détracteurs ne manquent pas, y compris désormais dans les rangs socialistes : « Il est temps qu’une page se tourne, l’image n’est plus bonne », n’hésite pas à dire un cadre local du Parti Socialiste. Pour les élus d’opposition, le système Izard reste pour le moins autoritaire voire plus : « Avec lui, nous n’existons pas. L’opposition est diabolisée et n’est pas respectée. Pour l’anecdote, nous ne mangeons même pas dans la salle de restaurant commune aux élus. Les représentants de la minorité départementale sont priés de manger à part. Pierre Izard a une posture très autoritariste », lâche Jean-Marc Dumoulin, conseiller général centriste de Villemur-sur-Tarn. Patrick Jimena, seul élu écologiste de l’assemblée, a lui aussi souvent fait les frais des attaques du président Izard : « Je n’ai jamais plié car ma parole est libre », souligne l’intéressé. C’est d’ailleurs contre toute attente que Patrick Jimena a été élu en février dernier à la commission permanente du Conseil général au détriment du maire de Blagnac, Bernard Keller. A la faveur de ce scrutin, l’élu d’EELV avait délivré un discours qui a fait date : « Un conseiller général ose se présenter et passer outre une désignation proposée par le Président. Mais ma démarche n’a pas d’autre vocation que d’user d’un droit fondamental (…) Un droit qui bouscule certes l’ordre établi, mais qui entend revivifier notre nécessaire démocratie interne. » Une véritable charge contre le président en place, et pour laquelle en coulisses Patrick Jimena avait alors reçu des satisfecit de tous les bords. La preuve de failles dans le système.

Izard vs Cohen

Conciliabule entre Christophe Borgel, Pierre Cohen et Kader Arif. Ont-ils comploté contre Pierre Izard ?

Le coup de grâce pour Pierre Izard sera finalement venu de son propre camp avec la réforme engagée par le gouvernement Ayrault des collectivités territoriales. Celle-ci en perspective des futures échéances départementales de mars 2015, prévoit un redécoupage des cantons. Or ce dernier a pour conséquence une diminution drastique du nombre de cantons et favorise l’urbain au détriment du rural. De fait cette situation place Pierre Izard, élu du Lauragais, dans une situation électoralement défavorable. Certaines langues socialistes nous expliquent volontiers en off « que ce sont Pierre Cohen et Christophe Borgel (député et secrétaire national du PS en charge des élections) qui ont pris les ciseaux. » Comme si le Capitole était à la manœuvre pour déstabiliser Pierre Izard. Pas forcément une surprise quand on connaît les rapports tendus qui existent entre le maire de Toulouse et l’homme du boulevard de la Marquette, et leurs visions opposées sur le rôle que devra tenir la Métropole dans les années à venir. C’est d’ailleurs aujourd’hui un élu du Capitole qui est souvent donné en favori par nos différents interlocuteurs pour succéder à Pierre Izard. Il s’agit du vétérinaire Jean-Michel Fabre, par ailleurs actuellement conseiller général du canton 4, qui pourrait donc profiter d’une réforme qui fera la part belle à la représentativité toulousaine. « La ruralité va être totalement sacrifiée. Quant au découpage haut-garonnais, il me surprend » attaque Jean-Marc Dumoulin avant d’ajouter, « les conseillers généraux vont perdre la nature de leur fonction. » Un redécoupage qui peut paraître parfois surprenant, et qui laisse à penser que rien n’a été fait pour conforter Pierre Izard, bien au contraire. Même son canton a été rattaché à celui de Revel, comme le signe d’une provocation… Ou de représailles socialistes. Dans les couloirs du Conseil général, on évoque même une vengeance de l’état-major envers le président du Conseil Général, qui aurait favorisé des candidatures dissidentes aux dernières législatives face à Kader Arif sur le territoire du Lauragais. On pense à celles de Gilbert Hébrard et de Daniel Ruffat.

Une guerre froide dont personne ne parle

Si la guerre de succession est bien lancée dans la majorité, « tout reste cependant très secret » pour Jean-Marc Dumoulin. « Rien ne transparaît. Tout se passe en coulisses, il y avait même une ambiance bon enfant à la dernière commission permanente », remarque Patrick Jimena. Pourtant les luttes d’influence sont bien réelles, et les scrutins qui vont précéder les élections départementales seront cruciaux. Si la gauche perdait Toulouse, Claude Raynal, également maire de Tournefeuille, pourrait alors envisager de briguer la présidence de la communauté urbaine. Cela l’éloignerait du Conseil général. Les mauvaises langues s’amusent à dire en off que Pierre Izard ne verrait pas d’un mauvais œil une victoire de Jean-Luc Moudenc dans la ville centre… Nous surveillerons également si Bertrand Auban, un fidèle de Pierre Izard, sera investi pour être en position éligible sur la liste socialiste des prochaines sénatoriales. Etant acquis que Jean-Jacques Mirassou et Françoise Laborde (PRG) seront aux deux premières places de cette liste, reste à savoir si Bertrand Auban sera bien le troisième homme… Si aujourd’hui les feux semblent au vert, rien n’est encore finalisé.

La fin du Conseil général ?

La réforme en cours, qui impose également des binômes homme-femmes par canton, remet de toute façon clairement en cause à moyen terme l’existence même des Conseils généraux : « Avec des transferts de compétences et une diminution des recettes, l’avenir de l’institution là où il y a des métropoles, est en questionnement. La preuve à Lyon où métropole et département ont fusionné. Le Conseil général d’aujourd’hui ne sera plus celui de demain », explique l’écologiste Patrick Jimena. Jean-Marc Dumoulin est lui surpris de l’attitude passive du camp Izard face à la réforme engagée : « On est en train d’enterrer le Conseil général, et ils sont simplement en train de choisir la nature de bois dans lequel on va faire le cercueil. » Un avis partagé par Patrick Jimena : « Les élus de la majorité sont timorés sur la question. Ils ne peuvent pas tirer à boulets rouges sur le gouvernement. »

Dans son bureau du boulevard de la Marquette, Pierre Izard est donc le seul à savoir ce qu’il compte faire dans l’avenir, d’autant que les élections cantonales pourraient être repoussées de six mois à un an. Soutiendra-t-il un dauphin ? Est-il résolu à laisser sa place ? Connaissant l’intéressé, pas sûr.

 

Le Bal des prétendants

Georges Méric: « J’ai quelques cartes dans mon jeu »

 

Militant socialiste de la première heure, c’est en mai 1968 que Georges Méric noue ses premiers liens avec l’engagement politique. Etudiant en médecine, il s’installe, une fois son diplôme en poche, sur la commune de Nailloux et figure sur les listes municipales dès 1977. Il s’investit alors de plus en plus pour sa commune, jusqu’à en devenir maire en 1983. Son mandat sera renouvelé jusqu’en 2008, date à laquelle il choisit de ne pas se représenter pour respecter le non-cumul des mandats puisqu’il est également Conseiller général, élu depuis 1988. Président de la 6e commission « équilibre, solidarité et développement des territoires », il mène la réflexion départementale sur la métropolisation nouvelle et ses conséquences.

Sa présence de longue date le positionne parmi les potentiels successeurs de Pierre Izard. « Mon indépendance et mon expérience pourraient me permettre de jouer un rôle de médiateur, avec ou sans titre », confie-t-il, avant de faire l’énumération des qualités qui le placeraient en bonne position pour le trône départemental : « je suis un élu péri-urbain qui connaît les problématiques de la ville et des zones rurales, je peux justifier d’une expérience sérieuse en matière de gestion des territoires et je suis président de SCOT. »

 

 

 

 

Jean-Michel Fabre:  : « Je veux être présent pour défendre mon département »

 

Vétérinaire de formation, Jean-Michel Fabre a créé une entreprise de conseil en matière de sécurité alimentaire qu’il gère à temps partiel, pour pouvoir s’adonner à son autre activité qu’est la politique. Engagé depuis les années 1980, c’est en 2002, lors de la défaite de Lionel Jospin aux présidentielles qu’il décide de « passer à l’action » et de se présenter, deux ans plus tard, sur le canton 4 de Toulouse. Il intègre ainsi le Conseil général pour lequel il s’occupe du logement social. Et si en 2008, il fait partie de la liste municipale de Pierre Cohen (chargé de la démocratie locale et du secteur Nord de Toulouse), il vient d’annoncer qu’il ne se représentera pas pour se consacrer pleinement à sa mission départementale. Pour lui, la transformation du Conseil général en Conseil départemental constitue « une révolution. Les compétences y seront redéfinies, des transferts seront indispensables et l’Assemblée départementale subira un renouvellement important. »

Quant à une possible succession à Pierre Izard à la tête du département, Jean-Michel Fabre dit ne pas y penser. Pour l’instant, il préfère se tourner vers les municipales car « même si je ne suis pas candidat, ces élections seront déterminantes. » Notamment pour envisager une position départementale par la suite. Quoi qu’il en soit, « je serai candidat aux élections cantonales, c’est certain, mais je souhaite avancer étape par étape… Pour le reste, nous verrons plus tard… En temps voulu. »

 

 

 

 

 

Claude Raynal: « Ma priorité, la mairie de Tournefeuille et la Communauté urbaine »

 

Arrivé à Tournefeuille dans les années 1980, Claude Raynal en occupe aujourd’hui les plus hautes fonctions. Elu maire socialiste de la commune depuis 1997, l’énarque et magistrat administratif s’investit également pour la communauté urbaine dont il est le co-fondateur avec Pierre Cohen, Bernard Sicard et Bernard Keller. Actuellement vice-président de Toulouse Métropole, et ce depuis plus de vingt ans, il souhaite y « pousser le débat intercommunal, c’est là qu’est ma légitimité », explique-t-il. Cette « passion », comme il la nomme lui-même, se retrouve également dans son mandat de Conseiller général du canton de Tournefeuille. La troisième ville de Haute-Garonne lui colle donc à la peau, et c’est d’ailleurs pour elle qu’il se replace en campagne pour briguer son quatrième mandat consécutif.

Pourtant au Conseil général, certains lui prêtent des intentions, celles de succéder à Pierre Izard, mais lui s’en défend : « Je fais le choix de repartir en campagne pour la mairie de Tournefeuille, ce qui ne serait pas le cas si j’avais d’autres ambitions ! » Et de rajouter : « je souhaite également rester auprès de Pierre Cohen, président délégué de Toulouse Métropole. »

 

 

 

L’œil de notre politologue

Stéphane Baumont analyse la forteresse Izard

« Pierre Izard est un républicain de province, un acteur de la décentralisation mitterrandienne. Il a personnalisé et personnifié le pouvoir départemental, sans doute au point de devenir un imperator local. Il force un certain respect car il s’est limité à ce mandat du Conseil général sans se chercher un destin national. Il a tenu l’institution, les hommes et même le PS local durant de longues années… C’est un notable qui a su faire jouer la féodalité, et qui a su conserver à gauche le Conseil général quelques soient les contextes nationaux. Il a d’ailleurs su gérer avec intelligence l’effet Baudis à Toulouse… Même quand la Région et le Capitole étaient au centre, le Conseil général n’a lui jamais tangué. »

 

 



4 COMMENTAIRES SUR L’après Izard se prépare

  1. grialou dit :

    Bien malin celui qui affirmerait à ce jour en savoir davantage. Seule la “reine“ de la ruche du Boulevard de la Marquette sait ce qu’elle décidera en temps et en heure. Tout le reste n’est que rumeurs et cela ne fait que commencer. Mais nombreux sont ceux qui ont des prétentions pour remplacer la “reine“ vieillissante mais toujours d’attaque. Et n’oublions pas la fable de La grenouille qui veut se …………Des grenouilles, ça ne manque pas.

  2. AllisterToulouse dit :

    Le Roi Izard est en effet un suzerain qui ne s’ignore pas ! Certes travailleur, mais très autocratique. Dans les réunions publiques où on l’entend, ses propos ressemblent à une fin de règne, à la succession de phrases re-répétées.
    Sa vision de l’entreprise est pathétique. Il n’écoute pas les questions posées et se lance dans un monologue fatiguant.
    Encore plus énervant que Cohen, c’est dire !
    Contrairement à Malvy qui continue de porter beau et à se renouveller (quelque peu), Izard doit admettre qu’il faut laisser à de nouveaux talents. On ne peut pas toujours être et avoir été…

  3. izard dit :

    Je peux vous affirmer sa passion sincère tout comme son oncle , mon père

  4. AllisterToulouse dit :

    Etre passionné et sincère, personne ne peut le lui enlever. Mais cela ne suffit pas ou ne peut tout simplement pas justifier de vouloir continuer.
    Chacun d’entre nous entend jouer un rôle dans la Cité ou dans les entreprises. Il faut savoir partager le pouvoir (même si ce n’est pas facile..) et savoir se retirer à temps. Pour entreprendre de nouveaux projets et laisser naturellement la place à de nouveaux talents.
    La politique française souffre d’un mal chronique :
    – trop de “professionnels”, auto-proclamés politiciens à vie et qui n’ont jamais connu autre chose que des mandats. La vraie vie, c’est aussi le travail dans une entreprise ou un commerce ou une administration publique.
    – trop de cumulards, en nombre de mandats et dans la durée.
    Et c’est vrai dans toutes les sensibilités politiques….

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