L’après-Fillon ?

À peine les universités d’été des uns et des autres terminées avec une relance de Martine Aubry sur fond de nouvelle agitation de Ségolène Royal, une tentative de mise au point de François Bayrou en proie à une incompréhension de ses militants centristes dans le rapprochement avec la gauche institutionnelle, une présence forte de Frédéric Mitterrand et de Jean-Louis Borloo dans les Landes de l’UMP ; à peine donc ces universités closes que certains médias, soucieux d’insolite, prennent un peu d’avance sur l’histoire en nous annonçant “l’après-Fillon” avec en embuscade le radical Jean-Louis Borloo et la hiératique Christine Lagarde qui s’est imposée sur le plan international.

 
Voilà donc hypothèses, suppositions, conjectures et pronostics au rendez-vous des scenarii pour demain très dépendants non seulement du moment de la sortie de crise (mi-2010 ; mi-2011 ou après), de la survenance ou non d’une pandémie grippale qui pourrait avoir des conséquences économiques et sociales mais aussi politiques imprévues (réponse à partir de novembre-décembre), mais aussi des prochaines élections régionales, test en vrai venant ou non confirmer la percée des verts aux Européennes, l’échec de François Bayrou et la réussite de l’UMP démontrant à l’envi que «le sarkozysme est un pragmatisme» et que le Président, à l’instar de ses prédécesseurs gaullistes en est la clef de voûte : oui au gaullisme majoritaire a succédé presque naturellement un sarkozysme majoritaire !
Mais aucune hypothèse politique ne peut faire fi de l’avenir économique, social et financier au moment où le chômage poursuit son ascension, où la reprise reste un espoir et non une évidence, où le bourbier de la dette englue les États, France comme États-Unis. Une seule certitude venant de nos économistes – et c’est tant mieux et même inespéré – «la crise de 1929 n’aura pas lieu». En effet, comme le souligne P.A. Delhommais «avec la remontée des ventes de logements et de voitures aux États-Unis, le rebond des exportations en Asie, la diminution des primes de risque sur les marchés obligataires, la hausse du PIB en France et en Allemagne, le scénario d’un remake de la Grande dépression s’est éloigné». Il est des signes qui ne trompent pas : les grandes banques de marché sont en mesure de verser des dizaines de milliards de dollars à leurs traders ; le Real Madrid est capable de débourser 94 millions d’euros pour s’offrir Ronaldo sans provoquer d’émeute dans une Espagne ravagée par le chômage ; Jean-Claude Trichet, gouverneur de la Banque Centrale Européenne, lance dans un journal italien que «la culture et l’argent, la poésie et la monnaie appartiennent aux hommes» (poétique de l’économie autant qu’économie du poétique).
À la veille de Pittsburgh on peut se réconforter un peu en constatant qu’à chaque nouvelle crise on a tendance à faire un peu moins de bêtises que la fois précédente dans la façon de gérer. C’est insuffisant pour se réconforter complètement mais suffisant pour se convaincre que le pire, en finances comme en politique, n’est jamais sûr !

Stéphane Baumont


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